Quoi de neuf, Docteur ?

C’est sous ce titre que se déroulera les 9 et 10 septembre 2017 à Toulouse, un cycle de conférences organisé par l’Association française des interprètes et traducteurs en langue des signes (AFILS) et le Forum européen des interprètes en langue des signes (Efsli).

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Durant 2 jours, plus de 250 participants venant de toute l’Europe sont attendus à Toulouse : sourds, entendants, interprètes et traducteurs en langue des signes ou en langue vocale, linguistes, spécialistes de l’accessibilité, intermédiateurs, représentants de la communauté sourde, professionnels du monde médical, universitaires, etc.

L’objectif de ce colloque est d’offrir un lieu d’échanges à toutes les personnes œuvrant dans ce domaine, ou intéressées de près ou de loin par le sujet : « Interpréter le soin (médical, mental et autres domaines de santé) ».

En effet, l’accès aux soins pour les personnes sourdes communiquant en langue des signes est compliqué par la barrière linguistique.
De la prise de rendez-vous à la consultation médicale (généraliste ou spécialisée, psychiatrique, dentaire…) de la création du dossier administratif à la demande de remboursements (selon les différents systèmes nationaux de santé), de la lecture de l’ordonnance au séjour dans un centre de rééducation… la présence d’un interprète en langue des signes est souvent indispensable.

A travers le thème de l’interprétation en milieu médical, il s’agira de réfléchir et d’échanger  sur la place de ces professionnels au milieu des blouses blanches (faut-il qu’ils en portent une d’ailleurs ? ).
Les interprètes en langue des signes doivent-ils suivre une formation spécifique ?
Quel est le rôle de « Medisigns » ?
Existe-t-il des stratégies d’interprétations particulières ?
Quid de la terminologie médicale ?
Quel binôme forment-ils avec les professionnels sourds (intermédiateurs, interprètes…) ?
Comment gèrent-ils leur propre stress ?
Quel regard porte le patient sur les interprètes en langue des signes (et réciproquement) ?

Plus largement, comment d’autres champs de recherche (traductologie, linguistique, sociologie, ethnologie) envisagent-ils la présence des interprètes ?

D’autres thèmes pourront être abordés comme l’interprétation des formations pour les professionnels médico-sociaux sourds, comment les interprètes en langue des signes ont pu intégrer les dispositifs d’alerte lors d’épidémies (sida, grippe aviaire…) et lors de campagnes d’information menées par les pouvoirs publics.

Plus d’infos sur le programme et l’organisation de ces rencontres :
– en aimant la Page Facebook : https://www.facebook.com/efsli2017 
– en s’abonnant au fil Twitter : @efsli2017

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L’art de la traduction par Aurélia et Vivien

Il devient urgent de réveiller ce blog qui somnole depuis la fin de l’été.

Mais comme je n’ai pour le moment pas beaucoup de temps à lui consacrer, je vais vous renvoyer chez ma collègue Aurélia Nana Gassa Gonga qui, elle aussi, tient un blog : La Tête Froide.

Son dernier article est sensationnel. Aurélia en plus d’être une interprète en langue des signe française est une thésarde. Autrement dit, c’est une doctorante qui rédige actuellement une thèse sur la traduction (hé oui, nous avons quelques têtes parmi les interprètes en langue des signes). Elle y parle de la magie de la  langue, de sens, de grande iconicité, etc. Tout ce que les linguistes adorent !

Pour notre plus grand plaisir elle s’est amusée à présenter le sujet de sa thèse en 180 secondes (c’est très à la mode).
Là où c’est soudain beaucoup plus original est qu’elle a fait traduire sa présentation. Attention, j’ai bien dit traduire et non interpréter, ce qui est logique car sa thèse est sur la traduction, pas sur l’interprétation.
Pour cela elle a pris Vivien Fontvieille qui est traducteur diplômé de l’université de Toulouse. Comme tout traducteur, il part d’un texte pour le traduire dans une autre langue (la LSF dans le cas présent) vers un autre support (vidéo en l’occurence). Il faut cependant préciser que la LSF, pour Vivien c’est sa langue première. En effet, il est sourd. Bref, il n’a pas entendu la présentation, il l’a lue.
Pourtant à l’écran, Aurélia parle et Vivien est en bas à droite dans son rectangle, comme n’importe quel interprète en langue des signes ; il suit le rythme et le débit endiablé d’Aurélia.

Et vous, vous suivez toujours ?

La Tête Froide, le blog d’Aurélia Nana Gassa Gonga 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Signes extérieurs – Mexique : des interprètes en manque de reconnaissance

Profitons de cet été pour voyager, visiter des pays, des régions, des villes et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Troisième escale : Le Mexique où les interprètes en langue des signes mexicaine doivent se battre pour faire reconnaitre leur métier à sa juste valeur. 

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Les personnes sourdes au Mexique sont doublement lésés quand ils souhaitent bénéficier de la présence d’un interprète en langue des signes.

D’une part il y a une pénurie d’interprètes certifiés et qualifiés et, d’autre part, les compétences de ces interprètes sont peu reconnues ce qui, par ricochet, accroit un peu plus les discriminations subies par les personnes sourdes ou malentendantes qui n’ont pas toujours en face d’elles des professionnels compétents.

« Les personnes sourdes ou malentendantes ne sont pas considérées comme une minorité linguistique. À cela s’ajoute la carence en matière de formation professionnelle pour les interprètes en langue des signes, vu qu’il n’existe pas de cours officiel. Il est difficile pour nous d’être considérés comme des professionnels », dénonce Erika Ordoñez, présidente de l’Association des interprètes en langue des signes du Distrito Federal (AILSDF).

Dans ce pays d’Amérique latine de 122 millions d’habitants, 15% de la population souffrirait de troubles auditifs et entre 300.000 et 500.000 mexicains s’exprimeraient par le biais de la langue des signes mexicaine , LSM (langue de seras mexicana). 

Or le pays ne compte que 42 interprètes en langue des signes officiellement certifiés. A ce chiffre il faut ajouter 350 personnes non diplômées qui « font office » d’interprètes avec des niveau très disparates. 

Conséquence première : des centaines de milliers de Mexicains devant avoir recours à un interprète E-LSM sont exclus, à des degrés divers, de la société, car il ne peuvent pas avoir accès à des services essentiels comme l’éducation, la santé, la justice… 

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En 2008, le Conseil national de normalisation et certification des compétences professionnelles (Consejo Nacional de Normalización y Certificación de Competencias Laborales, Conocer) du gouvernement mexicain a créé la norme NUIPD001.01 relative à la « prestation de services d’interprétation de la langue des signes mexicaine à l’espagnol », qui énonce les conditions devant être réunies par un interprète qualifié. Malheureusement l’instauration de cette norme n’a eu que peu d’effet et la reconnaissance du métier d’interprète en langue des signes se fait encore attendre. D’ailleurs cette norme n’a jamais été mise à jour (alors que la date butoir pour sa révision était en juin 2013). 

A cause de ce manque d’interprètes certifiés, le Mexique est en infraction à la Convention sur les droits des personnes handicapées de l’ONU en vigueur depuis 2008, ainsi qu’à la Ley General para la Inclusion de las Personas con Discapacidad (Loi générale pour l’inclusion des personnes handicapées) de 2011.
La Convention prévoit notamment que les États garantissent aux personnes handicapées l’accès à la justice à des conditions égales au reste de la population dans le cadre de toute la procédure judiciaire, y compris aux stades préliminaires de l’enquête.
Quant à l
a loi mexicaine, elle stipule que les personnes handicapées auront droit de bénéficier d’un traitement digne et approprié dans le cadre des procédures administratives et judiciaires dans lesquelles elles seraient engagées, ainsi que de conseils et d’une représentation juridique gratuite. 

Des négociations sont en cours entre l’AILSDF et le Tribunal de grande instance du District Fédéral sur la rédaction d’une convention qui permettrait la participation des interprètes aux nouvelles audiences orales des tribunaux, ce qui permettra aux juges d’entendre les arguments présentés oralement grâce à la présence d’interprètes en langue des signes au lieu de devoir recourir à des déclarations écrites ce qui rallonge les procédures et augmente les couts.  

Malheureusement la rémunération proposée pour de telles prestations d’interprétation équivaut à cinq jours de salaire minimum, soit un niveau considérablement inférieur à la rémunération des interprètes de conférence (le salaire minimum au Mexique se situant aux alentours de 5 USD par jour). Par ailleurs, la magistrature du District Fédéral, qui englobe Mexico, veut que les experts soient payés à partir du début de l’audience et non pas à leur arrivée aux tribunaux, comme dans le cas d’autres professionnels du secteur. Enfin, ce texte ne fait aucunement référence aux conditions de travail des interprètes, notamment le paiement en cas d’annulation d’une prestation pour un motif qui n’est pas du ressort de ces derniers. 

« C’est un droit qui n’est pas respecté. Des services d’interprétation ne sont pas assurés même pour des questions fondamentales comme la santé et l’éducation. Une telle carence ne devrait pas exister en vertu de la législation, mais celle-ci n’est pas respectée », signale Xochitl Rodriguez, directrice adjointe des « cours d’inclusion » pour personnes handicapées à l’Universidad Tecnológica Santa Catarina, université de l’État située dans la ville de Monterrey, à environ 900 kilomètres au nord de Mexico. Cette institution fondée en 2005 compte quelque 2200 étudiants, dont 250 présentent un handicap et a recours aux services d’une équipe de 17 interprètes pour couvrir les besoins des élèves de niveau primaire, secondaire, baccalauréat et universitaire. Dans ce même État de Nuevo Leon, dont Monterrey est la capitale, on ne compte que trois interprètes certifiés, dont le salaire moyen tourne autour de 13$ de l’heure.

Si les plaintes pour discrimination déposées par les personnes sourdes ont été en progression constante depuis 2013, cette statistique n’est qu’une estimation basse car les cas de discrimination ne donnent pas toujours lieu à des plaintes formelles. En 2013, le Conseil national pour la prévention de la discrimination (Conapred) a déposé 12 plaintes. L’année suivante, 16 cas ont été examinés par le même organisme.

« Il y a très peu de personnel qualifié pour contrôler évaluer les interprètes qui assistent aux audiences dans les tribunaux ; ils devraient pourtant être certifiés en tant qu’experts judiciaires. Le Conseil national pour le développement et l’inclusion des personnes handicapées (Connais) devrait s’occuper de leur certification mais il ne le fait pas ». remarque Erika Ordonnez, elle-même fille de parents sourds qui a appris la langue des signes mexicaine quand elle était encore enfant et qui est aujourd’hui une interprète certifiée. 

L’une des priorités d’action du Programme national pour le développement et l’inclusion des personnes handicapées 2014-2018 fait précisément référence au nécessaire développement de la LSM sur tout le territoire. Il prévoit aussi de mettre en œuvre des mesures afin que l’administration judiciaire dispose d’experts spécialisés dans le domaine du handicap et de la langue des signes. Il est prévu d’actualiser les normes sur les compétences professionnelles et d’organiser des programmes de formation et de certification pour de futurs interprètes en langue des signes.

« Il est urgent de normaliser les critères pour l’exercice de la profession d’interprète E-LSM et d’informer la population sur le rôle important joué par ces interprètes, afin qu’ils soient enfin reconnus à leur juste valeur et ne soient plus vus comme des personnes qui exercent un métier non qualifié » souligne Xochitl Rodriguez.

© Equal Times : Mexican sign language interpreters navigate disability discrimination 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Signes extérieurs : la Belgique en manque d’interprètes

Profitons de cet été pour voyager, visiter des pays, des régions, des villes et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Troisième escale : La Belgique où, en raison d’une pénurie d’interprètes en langue des signes belge francophone (LSBF) – il existe aussi une langue des signes belge flamande, en néerlandais : Vlaamse Gebarentaal (VGT) – de nombreux sourds ne peuvent bénéficier de la présence de ce professionnel diplômé pour leurs besoins quotidiens, privés ou professionnels.

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Le métier d’interprète en langue des signes est essentiel pour garantir l’indépendance de ceux qui sont atteints de surdité. Ces professionnels ont pour but de les accompagner dans leurs activités quotidiennes et professionnelles (comme une visite chez le médecin, le notaire, ou tout simplement commander une pizza). Mais la Fédération Wallonie-Bruxelles ne compte qu’une vingtaine d’interprètes (qui n’exercent pas tous de façon régulière). Un nombre largement insuffisant pour répondre à la demande de la part des sourds.

« Pour pouvoir bénéficier d’un interprète, les sourds s’adressent ou à l’Aviq (Wallonie) ou au Phare (Bruxelles), mais très souvent, les délais sont longs et les refus nombreux. Le plus surprenant, c’est qu’il ne s’agit pas tant d’un problème de financement, il y a juste un vrai manque de professionnels », explique Pascaline Brillant, interprète en langue des signes depuis 10 ans.

Face à cette situation, les sourds se débrouillent comme ils peuvent. « Au bout de plusieurs refus, ils baissent les bras et demandent à quelqu’un de leur entourage de les accompagner. Mais ce peut être dérangeant car ils perdent une partie de leur autonomie et n’ont parfois pas envie que leurs proches soient au courant de leurs problèmes médicaux par exemple, alors qu’un interprète est tenu au secret professionnel », poursuit Mme Brillant.

Pour faire face à cette pénurie, des alternatives se développent. Parmi elles, le Relais Signes, qui permet aux personnes sourdes de communiquer par téléphone. Le fonctionnement est simple : la conversation se fait via un ordinateur et une webcam. L’interprète fait alors la traduction de la langue des signes en direct vers l’interlocuteur à l’autre bout du fil. Mais là aussi, le personnel manque : « Pour le moment, le service n’est disponible que le matin, et il est victime de son succès, il y donc des files d’attentes… », note Pascaline Brillant.

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Autre souci : il n’est, en théorie, pas possible de recruter des interprètes français pour venir exercer chez nous. La langue des signes n’est en effet pas universelle et de très nombreuses différences existent entre elles. Ceux formés à l’étranger doivent donc s’adapter avant de pouvoir travailler chez nous.

La formation belge, de son côté, n’en est encore qu’à ses débuts (voir ci-dessous). Les premiers professionnels francophones ne seront diplômés qu’en juin 2019. En attendant, les sourds devront continuer à se débrouiller par eux-mêmes, comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent.

Une vingtaine d’inscrits à la nouvelle formation

Depuis la rentrée 2015, la formation d’interprète en langue des signes est devenue universitaire. Organisée par l’Université Saint-Louis pour le bachelier et l’UCL pour le master, elle accueille 12 étudiants en deuxième année et 10 en première. Aucun élève n’a donc encore été diplômé. « Pour le moment, ceux qui font le travail d’interprète sont liés au monde de la surdité, mais ils n’ont, pour la plupart, pas reçu de formation particulière. Maintenant, ils peuvent bénéficier du même cursus que n’importe quel autre interprète », précise Anne-Sophie Lizin, coordinatrice de la cellule traduction-interpretation en langue des signes.

Elle ajoute : « Pour s’inscrire, il n’est pas nécessaire de connaître la langue des signes. Nous commençons à zéro. Autre point positif : compte tenu de la pénurie en Fédération Wallonie-Bruxelles, nos diplômés sont certains de trouver un travail directement à la fin de leurs études. » Un bel avantage quand on connaît la difficulté que peuvent avoir les jeunes diplômés à rentrer sur le marché de l’emploi.

DH.be – Langue des signes : grosse pénurie d’interprètes 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Signes extérieurs – le Costa Rica et la 1ère interprète officielle du Président Costaricain.

Profitons de cet été pour voyager, visiter des pays, des régions, des villes et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Deuxième escale : Le Costa Rica à la rencontre de Estefanía Carvajal, 1ère interprète officielle du Président Costaricain.

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C’est paradoxal : bien qu’elle traduise les déclarations du Président du Costa Rica, peu de télespectateurs connaissent sa voix. En effet, Estefanía Carvajal, 28 ans, est la premiere interprète officielle, en langue des signes pour la Casa Presidencial.

Chaque semaine, les Costaricains peuvent voir Estefanía Carvajal qui interprète en direct la conférence  de presse du Président Luis Guillermo Solis, signant les questions et les réponses.

Dans ce pays plusieurs lois lois exigent la présence d’interprètes en langue des signes à la télévision notamment lors des grands événements publics. L’administration Solís a été la première à se conformer à cette règle en mai 2014.

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En tant qu’interprète en langue des signes costaricienne, connue sous le nom LESCO, Estefanía Carvajal est naturellement une défenseur de la communauté sourde et elle espère que sa place à coté du Président pourra aider la population sourde à mieux s’intégrer dans la société en ayant une meilleure connaissance des informations et notamment des droits de l’homme.

« Mon métier d’interprète en langue des signes auprès du Président est une expérience incroyablement précieuse » a-t-elle déclaré au  journal Le Tico Times. « Cela me permet d’atteindre beaucoup plus de personnes sourdes. »

Elevée par ses parents sourds, Ronald Carvajal et Odilie Poveda, Estefanía Carvajal est une locutrice native de la LESCO en dépit du fait qu’elle ne soit pas sourde. Elle parle espagnol et anglais, et connait aussi la langue des signes américaine (ASL), brésilienne ainsi que les signes internationaux (SI).

« Je me sens plus à l’aise de raconter une histoire en LESCO qu’en espagnol oral » dit-elle. « J’aime plus cette langue. Je sens que je peux entrer dans plus de détails, je me sens plus à l’aise avec elle ». « Certes je parle espagnol toute la journée. Mais chez moi, avec ma famille, mes amis, je signe. »

Dans sa jeunesse et comme de nombreux enfants entendant de parents sourds connaissant l’espagnol et la LESCO, Estefanía Carvajal, a dû interpréter les rendez-vous de ses parents : visites chez le médecin, rendez-vous à la banque…
Sa première apparition à la télévision (du fait de l’absence d’interprètes professionnels à cette époque) fut en 1998, quand elle a interprété en LESCO le concours Miss Costa Rica Sorda (Miss Sourde Costa Rica) à l’âge de 12 ans.

Il faudra attendre les années 1990 pour que l’Université du Costa Rica et d’autres institutions proposent des certifications d’interprètes Espagnol-LESCO.

A présent diplômée et officiellement engagée par la Casa Presidencial, Estefanía Carvajal commence son travail à 8 heures sauf si l’actualité exige une prise de parole urgente.

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Bien qu’elle travaille au centre du pouvoir, elle ne reçoit aucune information sur les thèmes qui seront abordés ou la tonalité des discours. Elle doit donc par elle-même trouver des informations, préparer ses interventions… Puis, une fois son travail fini, elle oublie tout : « tout ce que je signe entre par une oreille et ressort par mes doigts. »

« Il y a des mots qui existent dans la LESCO qui n’existent pas en espagnol et vice versa, donc je dois donc beaucoup travailler en amont pour rendre les prises de paroles conviviales et compréhensibles » explique-t-elle.
« Le grand avantage de la langue des signes est qu’elle est très rapide et efficace. Vous pouvez dire/signer beaucoup d’informations en peu de temps. La langue orale est linéaire, de sorte qu’il faut plus de temps pour dire quelque chose, décrire une action ; je profite de ce temps gagné pour rendre mon interprétation en LESCO plus lisible ».

Par ailleurs, en plus de travailler comme interprète en LESCO, Estefanía Carvajal intervient également auprès de la vice-présidente Ana Helena Chacón comme défenseur des personnes invalides.

Sa présence au côté du Président n’est bien sur pas passée inaperçue au sein de la communauté sourde. Victor Hugo, président de l’Association Nationale des Sourds du Costa Rica (ANASOR) reconnait que la décision de l’administration d’avoir un interprète auprès du Président costaricain est une étape positive mais qu’il reste encore beaucoup à faire. Par exemple, il regrette que la communauté sourde ait qu’un accès limité aux émissions de divertissement  et à l’information. De plus, lors des discours du Président de la République, le cadrage sur l’interprète n’est pas parfait et parfois elle disparait de l’écran.

Cependant, comme le dit une femme sourde : « voir une interprète en langue des signes à coté du Président est un symbole fort. Grâce à Estefanía Carvajal il y a toujours une personne qui rappelle aux gens que nous existons. »

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The Tico Times News : Costa Rica’s first official sign language interpreter has long history of bridging the communication gap  

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[Comme la récente actualité française nous l’a montré, une fois encore la France est à la traine en matière d’accessibilité pour les sourds et cet article est aussi là pour nous le rappeler. La traditionnelle interview de François Hollande le 14 juillet ne fut pas interprétée en LSF tout comme les nombreuses déclarations des officiels suite à l’attentat de Nice]

© Stéphan – ( i ) LSF

 

Signes extérieurs – le Sultanat d’Oman et ses 6 interprètes

Profitons de cet été pour voyager, visiter des pays, des régions, des villes et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Première escale : le Sultanat d’Oman avec seulement 6 interprètes en langue des signes pour 15000 sourds.

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Oman, monarchie indépendante située au sud de la péninsule d’Arabie a le deuxième plus grand nombre de sourds et malentendants dans la région après l’Arabie Saoudite mais seulement six interprètes en langue des signes d’après une étude menée par l’Association des personnes sourdes et malentendantes d’Oman (OAHI).

« En Arabie Saoudite on dénombre 88000 personnes sourdes ou malentendantes et au moins 15000 à Oman d’autant que notre étude n’a pas atteint des villages et tribus éloignés » rapporte Yaya Al Barashdi, membre de l’OAHI.

Afin de développer l’usage de la langue des signes et permettre aux sourd de mieux s’intégrer à la société, l’OAHI a créé en 2013, un 1er centre pour l’apprentissage de la langue des signes.

« Cet institut de formation permettra à tous, sourds et entendants, de se former à la langue des signes, y compris les employés de banque, les enseignants, les employés de plusieurs ministères et bien sur ceux qui voudraient devenir interprète en langue des signes » explique Hassan Ali, interprète en langue des signes et coordinateur du projet. « Il est indispensable que nous développions la formation d’interprètes en langue des signes car aujourd’hui nous n’avons que 6 professionnels certifiés ce qui ne suffit pas pour couvrir tous les besoins de la population sourde. »

« Il devrait être obligatoire de nommer au moins un interprète en langue des signes dans toutes les administrations et en particulier celles qui sont en contact avec le public »,  selon Al Amri, sourds et membre de l’OAHI.

Bonne élève, la Police Royal d’Oman (ROP) a choisi d’être le 1er service public dans le Sultanat à déployer des interprètes en langue des signes dans toutes ses unités.
Pour cela la ROP a proposé aux membres de son personnel de suivre la formation pour devenir interprètes en langue des signes ; ces agents seront ensuite placés dans les différents postes de police à travers le pays. « Notre objectif initial est de fournir au moins un agent formé dans chaque zone ou wilayats » déclare Al Badai reponsable du programme de formation pour les policiers.

« Il est temps pour les autres ministères de suivre les traces de la ROP » affirme Ahmad Al Amri. Il espère notamment qu’une telle décision facilitera l’embauche des personnes sourdes.

« Il est très difficile pour les sourds de trouver un emploi car les entendants ne pratiquent pas la langue des signes. Former des interprètes est donc indispensable » remarque Hassan Ali.
Pareil dans les écoles où « trop d’enfants sourds sont déscolarisés car ils ne peuvent pas suivre les cours. »

« En raison du manque d’interprètes nous nous sentons coupés du reste de la population » conclut  Al Barashdi de OAHI.

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Times of Oman – Oman has just six interpreters to help 15,000 hearing impaired 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Des GayPride accessibles dans la joie et la LSF

On ne peut pas devenir interprète en langue des signes sans être persuadé que les Sourds sont des citoyens à part entière et autonomes ce que la société française en général et nos hommes politiques en particulier ont tendance à oublier.

Dans les années 80/90, à l’issue du mouvement des années 70 qu’on a appelé le Réveil Sourd, les interprètes F-LSF étaient très liés à la communauté sourde. Il s’agissait pour cette jeune profession de s’affirmer via un combat, un militantisme commun autour justement de cette reconnaissance de l’individu sourd en tant que citoyen autonome ; ils étaient avec les sourds pour traduire mais aussi pour soutenir leurs revendications autour de la reconnaissance de l’identité sourde, de la culture sourde, de leur langue, la LSF et bien sur de leurs besoins en interprétation.
Cela a d’ailleurs donné lieu à plusieurs recherches universitaires autour de ce thème : « Interpréter en langue des signes est-ce un acte militant ? » (Christine Quipourt et Patrick Gache ou Maud Thibault).

Aujourd’hui la professionnalisation de notre métier a sans doute entrainé un éloignement entre cette communauté et les interprètes, au profit d’une plus grande neutralité. On peut certes le regretter mais cela a aussi permis d’avoir une image plus légitime et crédible auprès des entendants et éviter l’amalgame interprète = communauté sourde.
En outre, nous restons, bien sur (et j’espère fièrement), des ambassadeurs de la langue des signes et de la culture sourde auprès de la société entendante.

Par ailleurs, ce gout commun pour le militantisme n’a pas entièrement disparu. Il a évolué vers de nouvelles revendications, également partagées, comme l’accessibilité pour tous, l’égalité des droits au sein de la société, le refus des discriminations, la protection de l’environnement…

Ce n’est donc pas un hasard si cette année encore, en ces jolis mois de juin et de juillet, les marches des fiertés (gay pride pour les plus anciens) sont l’occasion de voir un peu partout en France, des interprètes F-LSF traduire les discours en tête des cortèges : à Paris, bien sur et dans les grandes villes françaises comme Nantes, Montpellier, Lille, Lyon…
Par leur présence, les interprètes permettent aux sourds d’accéder aux débats, au discours, mais aussi de revendiquer, de manifester d’être vus et entendus par la société civile. C’est ainsi que nos deux communautés se rapprochent à nouveau auprès de valeurs communes.

Car interpréter c’est aussi s’engager à agir pour et avec les autres.

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© Stéphan – ( i ) LSF