« Fuck you !  » traduisit l’interprète en langue des signes

L’événement se passe au parlement sud-africain.

Le Président Jacob Zuma s’est adressé aux députés. Le chef de l’opposition lui répond et l’accuse après avoir « cassé l’Afrique du Sud » de « casser le Parlement ». La réaction est vive, les insultes fusent et soudain dans ce brouhaha on entend distinctement un « fuck you » crié au chef de l’opposition, John Steenhuisen.

On remarque que l’interprète hésite quelques mili-secondes à traduire l’insulte (00:50″ sur la vidéo). On le comprend car  le signe « fuck you » est non seulement universel mais aussi visuellement facilement compréhensible par tous, sourds ou entendants, petits ou grands. Surtout il sait qu’il est retransmis en direct à la télévision.
Cependant, sans se démonter et en professionnel aguerri il se reprend et redresse fièrement son majeur.

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C’est un bel exemple pour illustrer deux règles essentielles que respectent tous les interprètes professionnels et diplômés, qu’ils travaillent avec des langues vocales ou gestuelles (selon le code déontologique de l’AFILS ou de l’AIIC) :

  • la neutralité : les interlocuteurs sont seuls responsables de leur propos. L’interprète n’intervient pas pour corriger, changer, juger expliquer ou conseiller, il traduit ce qu’il entend ou voit ;
  • la fidélité au discours :  l’interprète se doit de restituer le plus fidèlement le message en présence des parties concernées.

C’est aussi l’occasion de rappeler qu’en Afrique du Sud il y a beaucoup d’interprètes en SASL dûment qualifiés et ultra-compétents (et qu’ils ont été les premiers meurtris et scandalisés par l’épisode du « fake-interpreter » aux obsèques de Mandela).
Pour avoir travailler avec eux à Johannesburg en septembre dernier je peux en témoigner.

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Le défi quotidien de la neutralité

L’un des trois piliers du code déontologique des interprètes (en langue des signes ou en langue vocale) est la neutralité – en plus du secret professionnel et de la fidélité.

Selon le code éthique de l’AFILS, « L’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut être pris à partie dans la discussion. Ses opinions ne doivent pas transparaître dans son interprétation ». La neutralité est un principe fondamental dans l’exercice du métier d’interprète. Les interlocuteurs sont seuls responsables de leur propos. L’interprète n’intervient pas pour corriger, changer, juger expliquer ou conseiller les usagers, sourds ou entendants comme s’ils étaient des enfants irresponsables.
Voici pour la théorie.

Interprète HCR

Mais en pratique ?
Sur le terrain il est parfois difficile de ne pas être tenté d’aider ou de conseiller telle ou telle personne dont on imagine que ses réponses la déservent. Ces dernières semaines, avec l’afflux des réfugiés, les interprètes de toutes langues ont été largement sollicités. Comment face à une telle détresse ne pas être tenté de proposer une solution à leur place, d’orienter vers une réponse qui nous semble plus juste, de traduire sans intervenir ?
C’est sous cet angle (la difficile mais nécessaire neutralité de l’interprète) que le journal Le Monde a récemment publié un reportage très juste intitulé « Pour les interprètes à l’Ofpra, le défi quotidien de la neutralité ».
La journaliste, Clara Wright, a suivi des interprètes dans la salle d’audience de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).

france-asylum-reform

En voici de larges extraits :

L’entretien dont dépend la vie d’Ahmet est une partie à trois, avec l’interprète au centre. « Je me place toujours à égale distance de l’OP et du requérant », explique Jean Hascout, sa chaise située au bout du bureau où Ahmet et Julie se font face. Une astuce acquise au bout de cinq ans d’expérience à l’Ofpra pour signifier aux deux autres sa neutralité, explique Jean qui « préfère rester dans [ses] bottes d’interprète » : ni collègue enquêteur de l’officier de protection, ni avocat du demandeur.

Mais cette rigueur déontologique constitue un combat intérieur pour les traducteurs, régulièrement sollicités par les deux parties. « Il y avait cette dame qui se disait guinéenne, se souvient Mamadou Ba, interprète dans six langues d’Afrique de l’Ouest depuis quinze ans à l’Ofpra. Son dossier indiquait qu’elle parlait le malinké, mais lors de l’entretien, elle s’exprimait mieux en bambara, la langue du Mali. » Alors Mamadou poursuit en bambara, l’air de rien. « A la fin, l’OP m’a confié avoir des doutes sur son origine. Je lui ai dit que, depuis le début, la femme ne parlait qu’en bambara. Il s’est offusqué, m’a dit que j’aurais dû lui dire plus tôt… Ce n’est pas mon rôle ! »

Le rôle de ces interprètes, c’est plutôt de tout faire « pour que deux personnes qui ne parlent pas la même langue se comprennent ». Et de répéter, inlassablement. « Ce n’est pas facile parfois, lorsque le requérant a parfaitement compris mais fait mine du contraire », témoigne Charles- Guillaume Demaret, qui traduit le macédonien depuis quinze mois à l’Ofpra. « C’est arrivé qu’un OP me demande : “Vous en pensez quoi ?” J’ai rien répondu. Ce n’est pas à moi de lui dire que le demandeur a compris et qu’il ne veut pas répondre. »

Dans le box d’entretien, Ahmet, lui, désire répondre mais bute sur les mots. Il était entré le sourire aux lèvres, mais depuis que l’officier a évoqué les conditions de son arrivée en France, une douleur l’agite. Il croise, décroise ses jambes. Parle avec les mains, rougit, serre la mâchoire. « Ça va, monsieur ? » s’inquiète Julie. Jean Hascout se tourne vers Ahmet, reprend d’une voix plus douce. Sa manière de lui tendre la main.

Mais le désarroi des requérants pèse sur les interprètes. « Il y en a qui disent « Aide-moi », qui veulent qu’on leur souffle les noms des présidents », témoigne Leena, une quarantenaire qui travaille pour l’Ofpra en portugais. « C’est peut-être parce que je suis vieux mais certains m’appellent papa, me tendent les papiers administratifs plutôt qu’à l’OP », raconte Juan, traducteur depuis plus de trente ans. Mais Juan s’efforce de garder une distance, même s’il comprend – il a lui-même été exilé.

Souvent, les interprètes se reconnaissent dans les récits de vie qu’ils transmettent. « Les gens qui quittent mon pays, c’est un peu mon histoire », livre Souham Ghenim, sexagénaire qui a fui la guerre civile d’Algérie, aujourd’hui interprète en arabe.

« Une fois, une femme ne comprenait pas le mot « ethnie », se souvient Leena. Alors j’ai commencé à citer les ethnies de son pays, mais l’OP m’a sévèrement remise à ma place. » Pourtant, du fait de l’absence de certains mots dans une langue ou du niveau d’éducation des requérants, les interprètes « passent leur temps à expliquer les concepts » (comme celui d’hymne national), explique M. Ba.

Les interprètes ignorent la décision de l’officier. « Pour continuer à vivre », confie Jean Hascout, il faut vite s’affranchir. Dès la fin de l’audition, lui fume une cigarette « pour éviter de croiser le requérant dans les transports en commun ». Mais il lui est déjà arrivé de retrouver une demandeuse d’asile sur le quai du métro. « Qui suis-je alors : le moulin à paroles sans sentiment ou le citoyen ? Bien sûr, elle m’a demandé mon ressenti. Mais dans nos langues, on sait tous dire : Je ne suis qu’un pauvre interprète. »

Se souviendra-t-il d’Ahmet ? « Après l’entretien, j’ai dû vaquer à des préoccupations personnelles immédiates », répond Jean Hascout, comme soulagé. Le lendemain, il sera de retour à l’Ofpra, entre l’officier de protection et le futur visage qu’il s’efforcera d’oublier. C’est ce qu’il appelle son « pacte avec le diable ».

© Clara Wright in Le Monde

entretien 2

© Stéphan – ( i ) LSF

Coupable, forcément coupable…

On savait la justice aveugle car impartiale.
Malheureusement on constate aussi, via un fait divers récent, qu’elle a parfois des problèmes d’audition surtout quand il s’agit d’interroger des personnes sourdes ou malentendantes s’exprimant en langue des signes.

Comme je l’ai souvent signalé (notamment dans cet article d’octobre 2011 ou dans celui là de décembre 2011), aussi bien l’institution policière que judiciaire prête peu attention aux besoins spécifiques des sourds en matière de communication et notamment à la nécessaire présence d’interprètes en langue des signes pour assurer des auditions transparentes et sans malentendu de part et d’autre.

Hélas, on voit trop souvent la police ou la justice faire appel à un voisin, un ami, un collègue connaissant quelques signes et disponible immédiatement pour faire office d’interprète en LSF.
C’est ainsi qu’on verra un soi-disant interprète qui, pour ne pas trop se fatiguer durant un procès attendra la fin des plaidoiries les mains dans les poches puis en fera un résumé en langue des signes à la victime ou à l’accusé sourd, ou d’autres qui interviennent durant les interrogatoires au commissariat pour “aider” la personne sourde à répondre voire répondant à leur place ou les conseillant sur la meilleure stratégie à adopter.
Bref des intervenants qui n’ont ni le niveau technique ni la connaissance du Code déontologique des interprètes en langue des signes qui leur assureraient une bonne pratique de ce métier.

Après ce long prologue, voici l’histoire du jour : elle se passe à New-York mais elle aurait aussi bien pu se dérouler en France ou le retard en matière d’accessibilité judiciaire est donc considérable.

En 2010, grâce à un tuyau recueilli par les agents du département de police « Cold Case » (comme à la télé mais sans Lilly Rush) les enquêteurs ont arrêté Gabriel Thompson, 48 ans. Rapidement ils l’accusent d’avoir poignardé et tué, 25 ans auparavant, un homme qui aurait eu une liaison avec sa petite amie du moment.

Selon le bureau du procureur de l’Etat de New-York, les enregistrements vidéos de l’interrogatoire prouvent que Thompson a avoué le meurtre. A contrario, Thompson affirme que ces vidéos n’ont aucune valeur car il n’a pas compris qu’il avait en face de lui un policier, il pensait que c’était un interprète en langue des signes, bref, qu’il s’est fait piéger.
Car, vous l’aurez deviné, Gabriel Thompson est sourd et le NYPD a tout simplement demandé à un policier présent qui connaissait un peu l’ASL (American Sign Language) de servir temporairement d’interprète afin de traduire les questions du procureur et les réponses du suspect. Ce qui effectivement entache quelque peu la supposée neutralité de l’interprète, sans parler des réelles compétences de l’officier de police en langue des signes américaine.
D’ailleurs Thompson affirme (et c’est de bonne guerre) que le policier qui a traduit en anglais ses réponses lors de l’interrogatoire a commis de nombreuses erreurs d’interprétation et que sa langue des signes était confuse.
Thompson ajoute qu’il n’avait pas non plus compris que la personne qui lui posait des questions était un procureur qui cherchait à rassembler des preuves prouvant sa culpabilité dans l’assassinat de Miguel Lopez.

C’est pourquoi il veut que la vidéo de ses « soi-disant » aveux enregistrés soit déclarée irrecevable lors du procès (pour vice de procédure), ce qui de facto réduirait à néant les charges pesant contre lui selon son avocat, Arnold Kronick.

D’après la traduction de l’officier de police Julio Vasquez, qui a fait office d’interprète durant l’interrogatoire, Thompson a admis avoir rencontré Miguel Lopez en Août 1985, après avoir appris que ce dernier avait transmis une maladie sexuellement transmissible à sa petite amie, qui donc le trompait avec Lopez (déjà en français c’est compliqué alors imaginez en langue des signes ! )

Toujours d’après la traduction du policier, Lopez l’aurait frappé dans le dos. « J’ai cru qu’il m’avait tiré dessus alors je me suis défendu. Je l’ai poignardé une fois, une seule fois, c’est tout. Et il était encore vivant quand je suis parti. »

Pour ajouter à la confusion, l’officier Vasquez (en tant qu’interprète) a admis quelques jours plus tard qu’il avait omis de traduire au procureur que Thompson réclamait un avocat (ce qui est contraire au célèbre Miranda Warning : you have the right to an attorney) et il a reconnu (en tant que policier) qu’il n’avait pas informé Thompson que le procureur Holtzman était ici pour le questionner afin de constituer un dossier à charge. Sans commentaire.

Depuis les deux parties ont fait examiner la vidéo par leur propre interprète (sortis d’on ne sait où) en langue des signes. Bien sur les transcriptions qu’ils ont fournies au tribunal ne coïncident pas (sinon cela aurait été trop simple…). Et aucun interprète-expert auprès de la Cour n’a encore été désigné.

Comme le rappelle Ralph Reiser, avocat new-yorkais spécialisé dans la défense des personnes handicapées « les policiers et les procureurs sont tenus de faire appel à des interprètes impartiaux. Dans cette histoire il y a un mélange des genres et un conflit d’intérêts évident et moralement répréhensible. »
En effet comment imaginer que l’officier new-yorkais soit parfaitement neutre lorsqu’il pose sa casquette d’interprète sur celle de policier durant cette procédure ?
Notez d’ailleurs que le suspect sait s’en servir puisqu’il affirme ne pas avoir compris toutes les questions traduites en ASL arguant du fait que ce n’était pas un professionnel. Que cette affirmation soit vraie ou fausse (il a peut-être parfaitement compris les questions et fait exprès de répondre à coté de la plaque pour éviter d’avoir à avouer sa culpabilité) importe peu. Mais c’est la preuve évidente que de ne pas prendre un interprète certifié et respectant le code déontologique de sa profession (secret professionnel, neutralité, fidélité) entache forcément la procédure avec des suspicions de fraudes, de mensonges ou de malentendus. Et c’est toujours au détriment de la vérité.

Cette histoire du suspect sourd et du policier interprète pourrait nous faire sourire mais, comme souvent à la fin, c’est le sourd qui perd. En effet, la semaine dernière un juge du Bronx a refusé que la vidéo soit retirée de la procédure. Elle demeure donc comme pièce à conviction pour le procès à venir. Car de son coté, Thompson a refusé l’offre du procureur de plaider coupable pour homicide involontaire en échange de 4 à 12 ans derrière les barreaux. Il doit donc à présent se défendre et il encourt une peine de prison allant de 25 ans à la perpétuité pour meurtre au second degré.

Si vous connaissez l’anglais et que vous pratiquez l’ASL, cliquez sur l’image ci-dessous. Vous verrez la vidéo de l’interrogatoire et pourrez peut-être vous forger votre intime conviction. Manipulé ou manipulateur ? Coupable ou innocent ?

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo

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In vino veritas

Je publie ci-dessous un communiqué rédigé par une association bordelaise, auquel je souscris à 100% même si je n’ai pas participé à sa rédaction.
Je vous donne quelques explications complémentaires après ce texte.

Des précisions :

À l’occasion de l’évènement « Bordeaux fête le vin », le Musée du Vin et du Négoce a décidé d’organiser une dégustation pour les sourds et malentendants. Avec cette action fort louable, le Musée du Vin et du Négoce « souhaitait partager son expérience et transmettre son savoir avec la communauté des personnes sourdes ».
Là où le bât blesse c’est que cette animation a été co-organisée par Patrice Carillo qui se présente comme spécialiste de la langue des signes française, interprète et formateur depuis plus de 20 ans. Il est aussi le fondateur du Centre d’Apprentissage à la LSF et c’est via cette Société qu’il organise des événements lui permettant de « s’auto-employer » comme interprète ce qui génère des conflits d’intérêt évidents.

Certes son niveau en langue des signes est bon (même s’il tombe parfois dans le français signé) mais, vous l’aurez compris, il n’a aucun des diplômes requis pour exercer cette profession et surtout il ne connaît pas le sens du mot déontologie. Ainsi pour l’avoir vu traduire une interview de Sophie Vouzelaud par un journaliste de France 2 il y a quelques années je me souviens qu’il se permettait parfois de reformuler les questions, il répondait à sa place, faisait des apartés avec le journaliste…
Tout ce qu’on vous apprend à ne pas faire en cours de déontologie en Master 2 d’interprétation français/langue des signes françaises, mais cela il l’ignore.

Un extrait de cette dégustation organisée ET animée ET « interprétée » ET facturée par Patrice Carillo :

Jeu des 7 erreurs

Pour ces élections législatives, de nombreux candidats ont décidé de réaliser de courtes vidéos afin de se présenter, d’expliquer en détail leur programme…
Et certains d’entre eux, « pour que nos amis sourds et malentendants en situation de handicap » (selon la terminologie habituelle) puissent accéder au contenu, ont eu l’idée de les faire traduire en langue des signes française, espérant ainsi recueillir des voix supplémentaires.

C’est le cas de Christiane Brunet, candidate divers droite pour la 4ème circonscription de Savoie qui nous a offert un clip étonnant où l’on voit un jeune homme essayant maladroitement d’endosser le rôle d’interprète en langue des signes et massacrant allègrement le discours de la candidate.
Aussi, je vous propose non pas de se moquer de sa prestation (quoique je dois admettre avoir beaucoup ri en la voyant la première fois) mais de jouer au jeu des 7 erreurs.

* Dans cette vidéo, sauras-tu trouver les 7 erreurs qui te permettront d’affirmer que cette personne n’est pas un interprète en langue des signes ?
Si tu es entendant et que tu éprouves quelques difficultés à toutes les repérer, voici mon conseil : coupe le son.


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Erreur 1 : Charabia


Même en faisant des pauses, des retours en arrière, des gros plans… le constat est sans appel : ce garçon est incompréhensible. Il connaît 3 signes (montrer, je, idée) un peu de dactylologie et il tente péniblement (surtout pour nous) de traduire en lsf le discours de la candidate.
S’il le faisait avec des moufles et une cagoule, le résultat serait identique : on ne comprend rien.
Je vous traduis les signes que j’ai aperçus (devinés) durant la première séquence : « maintenant je suis conseiller rare pas possible papier d’Albigny (avec le Y qu’il signe à la limite du cadre) je montre 4ème pourtour Savoie ».
Bien sur il n’a ni le temps, ni les moyens de tout traduire donc il sélectionne et on dit adieu à la fidélité.
Bonus « éclat de rire » : à 1:30 il traduit « dynamique » en faisant le gorille.

Erreur 2 : Le pull marin

On peut comprendre que ce jeune homme voue une passion à Jean-Paul Gautier ou qu’il adore son nouveau pull acheté chez Saint-James et qu’il a souhaité nous le montrer mais il faut le prévenir qu’hélas par respect pour les sourds, les interprètes en langue des signes évitent de porter des vêtements colorés avec des motifs criards ou des rayures. En effet les couleurs contrastées, les rayures fatiguent les yeux des spectateurs et peuvent gêner à la bonne compréhension du discours.
C’est pourquoi nous sommes habituellement vêtus de couleurs sombres et unies (j’ai dans mon placard une dizaine de chemises ou tee-shirts à manches longues noirs, bleu marine, gris foncés, bordeaux, vert bouteille…) et on garde ses chemises hawaïennes, ses tuniques aux imprimés flashy et ses pulls marins moulants pour les virées nocturnes.

Erreur 3 : Où est-il passé ?

Et tandis que Madame Brunet énumère patiemment les noms des cantons et autres charmants villages savoyards de sa circonscription, hop ! il disparait de l’écran ! J’ai beau le chercher dans ce paysage bucolique, soulever chaque motte de terre, impossible de le trouver. Peut-être est-ce un jeune homme taquin qui veut simplement jouer à cache-cache avec nous ? Ou bien a-t-il eu peur de devoir dactylologier la longue liste de noms propres ?
Quoi qu’il en soit, pour la personne sourde, il ne se passe plus rien elle doit se contenter d’admirer les pâturages alpestres sans savoir qu’en réalité le discours continue.

Erreur 4 : Qui parle ?

Il avait disparu (on s’inquiétait) et le voilà qui revient faisant des signes en plein écran.
Mais comme on ne voit pas Christiane Brunet on ne sait pas si c’est elle qui parle (pour les lecteurs distraits, je rappelle que les sourds n’entendent pas les voix) ou un autre intervenant, son mari, un voisin, un futur électeur. A moins que le jeune homme ait décidé de déclarer sa flamme à la candidate et il nous propose donc un petit commentaire personnel.

Erreur 5 : L’interprète furet

En visionnant cette vidéo je pensais à la chanson du furet « il est passé par ici, il repassera par là ».
Il est là, il n’est plus là, il est en haut à droite puis en bas à gauche puis à droite, il remonte à gauche, bref on ne sait jamais où il va surgir, il est épuisant à suivre.
Alors qu’il est si simple pour le réalisateur de nous laisser dans notre petit et confortable coin en bas à droite et de ne plus s’occuper de nous !

Erreur 6 :  Après l’effort, le réconfort

« Ouf ! C’est difficile de traduire ! » semble-t-il nous dire.
Sans doute ravi par sa prestation, mais un peu fatigué il s’accorde une pause. C’est l’instant « repos du guerrier » et relax, il met la main sur sa hanche et sourit fièrement (c’est ici que je devrais sortir mon laïus sur la nécessaire neutralité de l’interprète mais à quoi bon… ).
La prochaine fois il faudra lui prévoir une assistante qui viendra le féliciter et lui éponger le front.

Erreur 7 : Vivement les vacances

Cela fait déjà 2mn30 qu’il agite ses mains vainement. Mais jouer à faire l’interprète en langue des signes c’est exténuant il faut sans cesse remuer des bras, écouter et essayer de comprendre ce que raconte la candidate…
Heureusement c’est un garçon courageux et tenace alors, il remonte ses manches (ça lui donne un air cool en plus) et il se motive pour continuer !
Dommage que la vidéo ne dure pas 5mn il aurait fini en tee-shirt voire torse nu.

Peut-être à cet instant a-t-il enfin compris qu’être interprète français/LSF n’est pas un loisir, un passe-temps qu’on peut faire sans aucune compétence ou connaissance approfondie de la langue des signes mais un vrai métier qui demande de longues années d’études, d’apprentissages et que, promis-juré, on ne l’y reprendrait plus !!!

Trouverez-vous une 8ème erreur ?

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PS : alertée par l’une de mes collègues, Christiane Brunet a retiré la vidéo incriminée de son site mais pas de sa page Dailymotion.

Voici un extrait de son courrier d’excuses : « ce clip avait seulement pour but d’aller dans le sens d’une meilleure communication auprès des personnes malentendantes et n’avait aucune vocation à offenser qui que ce soit. Je vous prie donc de m’excuser pour le non professionnalisme de la traduction. Il se trouve que dans ma famille j’ai un beau frère et une belle soeur qui sont sourds, résidant à Poitiers. Leur fils  a bien voulu participer à mes côtés à l’élaboration de ce clip et a mis beaucoup de bonne volonté pour réaliser cette traduction, vous me voyez désolée du résultat. »

On peut saluer ses excuses rapides et regretter d’entendre les arguments habituels (qui avaient déjà été utilisés par Marianne Dubois massacrant le discours de Roselyne Bachelot et par tant d’autres) : pas rendu compte, bonne volonté, mieux que rien…

D’un monde à l’autre, le métier d’interprète en langue des signes (2)

Suite de notre découverte du reportage sur le métier d’interprète en langue des signes, diffusé le 21 janvier 2012, sur la Télévision Suisse Romane (TSR 1) via son émission Signes.

Après « La conquête de l’autonomie » voici le deuxième extrait.

2- L’interprète dans la vie des sourds (5’08) :

Les interprètes professionnels respectent des règles déontologiques strictes. Ils sont au service de leurs clients et sont tenus au secret professionnel. Par leur présence dans diverses occasions de la vie professionnelle et privée, ils permettent enfin aux personnes sourdes de devenir autonomes, d’accéder à l’information.
Aujourd’hui, ils peuvent franchir les portes des écoles et des universités pour s’intégrer dans la vie active. Néanmoins, pour certains sourds cela est parfois délicat : ils ont le sentiment que la présence d’un interprète est trop intrusive dans leur vie intime.

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo

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Si vous souhaitez voir la vidéo dans son intégralité (30’56), voici le lien :
http://bit.ly/dunmondealautre

D’un monde à l’autre, le métier d’interprète en langue des signes (1)

Récemment, la Télévision Suisse Romane (TSR 1) via son émission Signes, a proposé un reportage sur le métier des interprètes en langue des signes (pour info, la langue des signes suisse romane et la langue des signes française sont très proches, seuls quelques signes diffèrent).
Ce documentaire passionnant et très juste, consacré « aux passeurs des signes » nous offre l’occasion de se pencher sur les caractéristiques d’un métier encore mal connu, parfois stressant, souvent émotionnellement fatigant… aussi bien dans des situations d’interprétation de liaison (école, médecin, rendez-vous professionnels, cours de formation) que lors de conférences ou de grands congrès.

C’est pourquoi j’ai décidé, cette semaine, de vous proposer quelques extraits de cette émission.

1- La conquête de l’autonomie (7’33) :

Les langues des signes a refait surface en Europe au début des années 1980 après un siècle d’interdiction. Auparavant elles survivaient dans la clandestinité. Parallèlement à cette renaissance, un nouveau métier est alors apparu, celui d’interprète en langue des signes.
Avant les personnes sourdes dépendaient de leur famille et n’avaient aucune autonomie dans leur vie sociale. La présence des interprètes a profondément modifié leur existence et ils sont devenus des citoyens à part entière.

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo

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Si vous souhaitez voir la vidéo dans son intégralité (30’56), voici le lien :
http://bit.ly/dunmondealautre