« Accès-Cible », pour une campagne électorale accessible aux sourds

En réponse aux trop nombreux manquements et autres cafouillages en matière d’accessibilité de ce début de campagne pour l’élection présidentielle, un collectif (en lien avec l’Association française des interprètes en langue des signes, AFILS) s’est constitué dans le but d’alerter les candidats, les partis politiques et plus généralement nous les citoyens, sourds et entendants.
L’idée est d’organiser une mobilisation des interprètes et traducteurs en LSF ainsi que de la communauté sourde autour d’actions ciblées afin de créer le buzz dans les médias et sur les réseaux sociaux et d’attirer l’attention des différents candidats à la présidence sur les enjeux de l’accessibilité.
Cette action a été ingénieusement baptisée : « Accès-Cible »

Si vous êtes intéressés par « Accès-Cible » vous pouvez
– aimer la page Facebook : https://www.facebook.com/acces_cible
– suivre le compte Twitter : @acces_cible  

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Et ça marche !
La preuve, ma collègue Claire Bernadat a déjà été interviewée par une journaliste de Libération : elle y explique le comment du pourquoi d’ « Accès-Cible ».

  • Pourquoi avoir lancé le mouvement Accès-cible ?

Tous les cinq ans, c’est le même constat. Les meetings et les réunions publiques des politiques ne sont que trop rarement traduits pour les sourds et malentendants. Sans ces outils leur permettant de se renseigner sur les programmes électoraux, ils ne peuvent pas correctement exercer leur droit de vote. Après avoir envoyé des courriers aux candidats, en vain, on a décidé de passer à l’action. Notre but est de leur faire prendre conscience de cette situation. Nous voulons que tous les meetings, toutes les réunions publiques mais aussi la communication diffusée sur Internet soient systématiquement accessibles. Les sourds ne doivent plus être considérés comme des citoyens de seconde zone.

  • La traduction des vœux de Jean-Luc Mélenchon a été faite par un amateur. Elle était incompréhensible. Qu’est-ce que cette séquence vous évoque ?

C’est un exemple parmi tant d’autres. Après cet épisode, plusieurs politiques nous ont contactés pour faire traduire leurs meetings. Malheureusement cette démarche paraît plus motivée par la crainte de faire la même bourde. Dernièrement j’ai traduit un meeting. C’était absurde car la traduction était retransmise sur les réseaux sociaux mais pas dans la salle où avait lieu le discours. On a l’impression de ne pas être pris au sérieux par les politiques. Pour justifier l’absence d’interprètes, l’argument qu’on nous ressort souvent c’est le coût. Mais pour un meeting, trois interprètes coûtent grand maximum 2 500 euros, c’est peu comparé au coût d’un hologramme (entre 50 000 et 100 000 euros selon Sébastien Mizermont, directeur de création d’Adrénaline Studio, cité par le Huffington Post). Aux Etats-Unis, la traduction des meetings est systématique.

  • Quelles mesures proposez-vous pour faciliter l’accès à l’information pour les sourds et les malentendants ?

L’accessibilité totale et systématique aux réunions publiques, aux meetings et aussi aux vidéos retransmises sur Internet. Nous considérons qu’une accessibilité complète comprend le sous-titrage (vidéo montée) ou la vélotypie (vidéo et événements en direct) mais aussi la présence d’interprètes professionnels et diplômés. Mais les sous-titres ne peuvent pas se substituer à une traduction. Il ne faut pas oublier que la langue maternelle des sourds est la langue des signes et non la langue française. La loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées le dit clairement : la langue des signes est une langue à part entière. Nous espérons pouvoir rappeler aux futurs ou actuels décideurs leurs devoirs et obligations quant au droit à l’égalité face à l’accès à l’information, particulièrement lorsqu’il s’agit de citoyenneté.

Propos recueillis par : Héléna Berkaoui © Libération 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Mélenchon et son « fake interpreter »

Ma vie professionnelle ne me laisse que peu de temps pour alimenter ce blog qui risque de sommeiller jusqu’en septembre 2017 et les conférences Efsli à Toulouse.

Cependant, j’essayerais de l’alimenter avec des articles de presse selon l’actualité.

Actuellement la grande affaire qui agite le monde merveilleux des interprètes en langue des signes est la campagne présidentielles avec ses nombreux ratés.

Un premier exemple avec Mélenchon qui, pour ne pas payer des professionnels compétents, a fait appel à un pseudo-interprète militant qui a traduit n’importe comment.

Cela nous est raconté par Paul Aveline de Buzzfeed :
https://www.buzzfeed.com/paulaveline/la-tres-etrange-traduction-en-langue-des-signes-des-voeux-de

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Jeudi 5 janvier, Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle, exprimait en direct sur sa chaîne Youtube ses voeux aux Français. Pendant plus de 30 minutes, le candidat de gauche a évoqué divers sujets de politique française et internationale, le tout traduit en direct par un interprète en langue des signes, en bas à droite de l’écran.

Pour voir la vidéo : youtube.com

Problème: il est rapidement apparu que l’interprète n’était pas très précis dans sa traduction des propos de Jean-Luc Mélenchon. C’est Stéphan Barrère qui l’a fait remarquer sur Twitter dans une série de tweets assassins pour celui qui traduit les mots du candidat à l’écran, Antoine Bonnet.

Contacté par BuzzFeed News, Stéphan Barrère, interprète diplômé en langue des signes, précise son propos:

«C’est n’importe quoi et ça se voit tout de suite. La langue des signes, c’est une langue avec une grammaire. Là, il entend les mots et les traduit, mais sans aucun lien entre eux. C’est comme si vous aviez quelqu’un qui parlait français mais en inversant tous les mots dans la phrase.»

Dans quelle proportion cette traduction est-elle erronée? Nous avons demandé à Stéphan Barrère de nous retranscrire, tels qu’il les comprenait, les signes donnés à l’écran par Antoine Bonnet. Le résultat est pour le moins surprenant.

Pour chaque paragraphe, la traduction en langue des signes est placée après la retranscription des propos de Jean-Luc Mélenchon:

Après avoir introduit ses voeux, Jean-Luc Mélenchon critique… la tradition des voeux.

Le candidat de gauche annonce finalement plusieurs déplacements autour de différents sujets, dont un au Mans pour parler de la sécurité sociale.

Les passages retranscrits représentent les deux premières minutes (sur les 32 au total) du discours de Jean-Luc Mélenchon. Difficile, dans ces conditions, de comprendre clairement de quoi parle le candidat tant les phrases sont hachées et décousues. L’interprète visible dans la vidéo est Antoine Bonnet, militant de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et interprète en langue des signes «amateur», comme il le dit lui même.

Auprès de BuzzFeed News, Antoine Bonnet reconnaît qu’il n’a aucun diplôme en langue des signes, et qu’il participe aux discours de Jean-Luc Mélenchon totalement bénévolement et explique les difficultés qu’il a eues à traduire les propos de son candidat:

«Je ne suis pas interprète diplômé. Je suis militant. Je connais bien Jean-Luc Mélenchon, et il faut savoir que dans cette campagne tout le monde est bénévole. Je l’ai fait pour remplacer. Mais les conditions n’étaient pas faciles.Les sujets étaient très compliqués, on n’entendait pas bien. C’était très difficile.»

Pourquoi l’équipe de Jean-Luc Mélenchon n’a-t-elle pas choisi d’engager un ou plusieurs traducteurs professionnels pour assurer la retranscription du discours du candidat? Selon Stéphan Barrère, la raison est pécuniaire:

«L’équipe de Mélenchon a demandé des devis. Pour un meeting, on met toujours deux interprètes pour qu’ils se relaient toutes les 15 minutes. Là ils ont dû trouver ça trop cher.»

Même son de cloche chez Antoine Bonnet qui confirme que le staff du candidat a effectivement demandé des devis à des interprètes reconnus, mais que les finances du parti ne permettaient pas de les engager:

« Au départ, la direction de la campagne voulait des vrais traducteurs, et donc ils ont demandé des devis. Les tarifs étaient exorbitants. On leur a demandé 600 euros pour 30 minutes de traduction. C’est deux fois plus cher que les tarifs normaux. »

Si le tarif annoncé par Antoine Bonnet est exact, il est en effet en complet décalage avec celui présenté par Stéphan Barrère qui explique à BuzzFeed News qu’il faut compter «230 euros en général pour un meeting, plus éventuellement une majoration en soirée».

Contacté par BuzzFeed News, un des porte-parole de Jean-Luc Mélenchon confirme que l’équipe de campagne a cherché à faire au moins cher: «pour ces voeux, on a essayé comme toujours de faire sur la base du volontariat pour éviter des dépenses somptuaires». Ce porte-parole confirme en effet que des devis ont été réalisés mais «un militant s’est proposé pour le faire, or on marche presque toujours sur la base du volontariat parce qu’on n’a pas beaucoup d’argent, il faut bien le dire».

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© Stéphan – ( i ) LSF

Interprètes en LSF, « petites mains de la présidentielle »

7 apprentis journalistes animent un réjouissant site internet, “Les Petites Mains de la présidentielle”.
La ligne éditoriale est claire. Il s’agit de mettre en lumière le temps d’un article ou d’un reportage vidéo ceux qui participent à la campagne présidentielle mais qui évoluent dans l’ombre, ceux comme ils écrivent « sans qui un meeting serait sans chaise, sans boisson, sans musique et un candidat sans allure« .

Parmi ces petites mains il y a parfois les interprètes en langue des signes qui sont appelés pour traduire les discours lors des meetings politiques.

Après nous avoir vus traduire le meeting de François Fillon au Cirque d’Hiver en septembre dernier, Héloïse Fayet m’avait interviewé sur comment on se prépare avant ce type d’intervention, sur la neutralité de l’interprète… En voici un extrait :

« Si vous ne rencontrez pas le candidat, comment préparez-vous un meeting de campagne ?

On ne reçoit jamais le discours avant : la paranoïa est très forte dans ce genre de milieu, c’est très confidentiel. Mais, vu que ce sont toujours les mêmes discours, avec seulement l’ordre des paragraphes qui change, il suffit d’avoir fait le premier meeting pour être plus à l’aise lors des suivants. On regarde aussi beaucoup de vidéos, on étudie le site internet, la profession de foi… pour récupérer des éléments de langage et réfléchir à leur traduction. Et c’est parfois difficile : un interprète traduit du sens, pas des mots parfois creux qui reviennent en boucle. Il faut être inventif pour traduire de différentes façons, et faire comprendre des expressions : par exemple, “roman national”, c’est galère à traduire ! En LSF, cela devient “histoire de France que l’on raconte comme une histoire”… Il vaut mieux l’avoir préparée avant.

Sarkozy, Fillon, Le Maire… Vous ne traduisez que des politiques de droite ? Est-ce une sensibilité personnelle ?

Non, pas du tout. Si nous traduisons surtout des politiques de droite, c’est parce que ce sont eux qui organisent des meetings en ce moment, mais pour les élections régionales de 2015, j’ai travaillé avec Claude Bartolone. Comme tous les interprètes, nous suivons trois règles : le secret professionnel, la fidélité au discours et la neutralité. Notre boulot, c’est de rendre accessible un discours : on n’y adhère pas. Je ne suis pas toujours fan de Nicolas Sarkozy ! Mais on est quand même sur scène, physiquement associé à la personne qui parle : du coup, cela me poserait un problème personnel de traduire un discours de Marine Le Pen. »

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Lien vers l’article curieusement titré : Stéphan Barrère, interprète en langue des signes française : “J’ai fait toute la campagne de Sarkozy sans jamais lui serrer la main”

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La semaine dernière, c’est Alexandra Viera, toujours du site “Les Petites Mains de la présidentielle” qui a suivi mes collègues basées à Lyon qui traduisaient elles aussi un meeting de François Fillon. Voici son reportage vidéo :

« Emilie Dert et Sophie Issartial sont interprètes en langue des signes française (LSF). Elles travaillent à Lyon. Pour venir au meeting de François Fillon le 22 novembre, elles ont été appelées du jour au lendemain. C’est toujours à deux qu’elles couvrent un meeting, pour pouvoir se relayer. Avant l’événement, elles préparent leurs gestes à l’aide du script des précédents discours du candidat. Il faut, autant que possible, essayer de tout traduire. Quitte à faire de longues périphrases. »

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Verrons-nous beaucoup d’interprètes en LSF dans la campagne présidentielle ?

La semaine dernière, pour la première fois à ma connaissance, un potentiel candidat à l’élection présidentielle, Bruno Le Maire, s’inquiétait de l’accessibilité de la campagne et de ses débats pour les personnes sourdes et malentendantes. Il demandait notamment « une retranscription en langue des signes (sic) […] afin que les personnes sourdes et malentendantes puissent participer pleinement à cette échéance démocratique ».

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Proposition opportuniste pour rallier quelques suffrages supplémentaires ou réelle conviction politique peu importe.

Cette déclaration nous permet de nous rappeler qu’on avait lu en 2012 un article paru dans Ouest-France dans lequel, un journaliste écrivait : « tout le monde vote, y compris les handicapés. Mais tout le monde ne peut pas participer aux meetings. Les réunions de quartier, conférences thématiques ou séminaires qui ponctuent une campagne électorale sont rarement accessibles à tous : sourds, aveugles, personnes se déplaçant difficilement ou souffrant d’un handicap psychique (la claustrophobie, par exemple). La loi de 2005 relative au handicap fait pourtant de cette accessibilité un objectif ».

Notre démocratie s’anime intensément tous les cinq ans, au moment des élections présidentielles puis législatives. À la veille de ces échéances électorales, il est essentiel de souligner l’importance de rendre pleinement accessibles les campagnes des candidats à tous les électeurs. Ainsi que le stipule la Loi du 11 février 2005 pour l’Égalité des Droits et des Chances, la participation et la citoyenneté ainsi que le principe de l’accès de tous à tout s’imposent à nous tous.
Il est donc de la responsabilité de chacun des candidats et mouvements politiques de s’engager à mener une campagne la plus accessible possible. Accessible c’est par exemple, l’accès aux meetings pour les fauteuils roulants, des programmes édités en braille, des professions de foi rédigées en français facile, etc, et bien sur des interprètes F-LSF lors des prises de paroles (à la télé, sous un chapiteau, sur la place du village…).

Pour l’interprétation F-LSF, certains rétorquent parfois que le coût serait obstacle : il faut payer 2 ou 3 interprètes (avec un prix majoré car souvent les meetings ont lieu le soir ou le week-end).
Personne ne nie que la démocratie a un coût financier mais c’est pour cela que l’État français verse des subventions aux partis politiques et rembourse une partie des dépenses pour chaque candidat obtenant plus de 5% des suffrages exprimés (on a vu nos impôts plus mal utilisés).
De plus, si ces exigences sont prises en compte en amont de l’organisation de la campagne, elles entraînent des dépenses limitées par rapport au budget global d’un candidat – même si l’interprète est embauché par Bygmalion. Pour mémoire le fameux meeting de Sarkozy à Villepinte en 2012 fut estimé à 3 millions d’euros, celui de Mélenchon à la Bastille à 80 000€, Hollande et Sarkozy ont chacun dépensé (officiellement) 21 millions d’euros.

Il est aussi essentiel que cet engagement sur l’accessibilité soit partagé par l’ensemble des acteurs de la vie politique française. Sans doute au cours de cette campagne devrons nous traduire de LO au FN, des LR à EELV. Car si nous militons pour la totale accessibilité des débats en contre partie, cela signifie que nous devrons accepter de traduire des discours à l’opposé de nos convictions, que nous devrons nous retrouver sur scène à côté d’hommes ou de femmes politique dont les idées nous effraient.
Ce sera à chaque interprète d’accepter d’y aller ou pas, de se positionner en fonction de sa conscience et de ses propres limites.

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Pour 2016 (en attendant 2017), et même si cette campagne pour l’élection présidentielle ne fait que commencer, on peut dresser un premier bilan.

A la télévision le décompte est simple : zéro. Jusqu’à présent aucun débat télévisé n’a été traduit en langue des signes, aucun meeting retransmis n’a bénéficié de la présence d’interprètes F-LSF.
Pendant ce temps aux Etats-Unis tous les débats ont été traduits en ASL avec un système assez original, un interprète par candidat ou journaliste.

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A la télé française l’accessibilité des débats s’est limitée à des sous-titrages (souvent de piètre qualité et très décalé en raison du rythme soutenu et des fréquentes interruptions, relances…). D’ailleurs, un peu partout sur les réseaux sociaux on pouvait lire les critiques habituelles : « fautes d’orthographe ; ajouts de lettres qui n’ont rien à faire là, ; phrases non terminées ; propos non sous-titrés ; plus de 10 secondes de retard ; les équipes de sous-titrage sont dépassées et n’arrivent pas à suivre le direct ». De plus, il faut rappeler que la majorité des sourds de naissance ont parfois un accès difficile au français écrit en raison d’un système scolaire inadapté et ils ont dû mal à lire les sous-titres qui défilent trop vite (et admettons que c’est lassant de toujours devoir faire l’effort de lire alors que vous pourriez avoir à l’écran une personne s’exprimant dans votre langue maternelle, la LSF).

[À noter le lancement d’une nouvelle appli pour smartphone, Avametrie qui est une plateforme  collaborative d’évaluation de l’accessibilité audiovisuelle. Cette application smartphone permet à chaque téléspectateur de remonter les problèmes de sous-titrage rencontrés lors du visionnage d’un programme télévisé. Cela fera peut-être bouger les choses].

Bref, « le risque de frustration est important. Les handicapés finissent par se désintéresser des enjeux politiques alors qu’ils sont concernés » a déjà averti Jérémie Boroy, de l’Association Aditus, qui a pour objet la promotion de l’accessibilité et qui a comparé l’accessibilité des campagnes électorales précédentes à un « parcours du combattant ».
Il précise d’ailleurs : « on pense parfois à installer des ascenseurs et des rampes pour les fauteuils roulants, mais on veille rarement à ce que chacun puisse comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la salle ».

Justement, les meetings politiques, de droite à gauche en passant par le centre.

  • A l’extrême droite, c’est vite vu, le FN n’a jamais mis d’interprète en LSF, ni sous l’ère Jean-Marie Le Pen ni sous celle de sa fille (comme à Brachay en Haute-Marne où elle lançait sa campagne en septembre dernier).
  • Chez Les Républicains depuis le début de la campagne pour la primaire, on a aperçu des interprètes aux meetings de Fillon (à Paris et Sablé-sur-Sarthe), quelques fois à ceux de Bruno Le Maire (aux Docks de Paris), aucun à ceux de Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

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  • A gauche hélas, pas grand chose. Mélenchon, pour son rassemblement à Bastille avait bien fait appel à des interprètes mais curieusement à seulement deux, le troisième étant un bénévole nullissime (et incompréhensible). On imagine que cela a permis de faire diminuer les coûts. Mais pas assez cependant car lors du meeting de Lille où était officiellement lancée sa campagne électorale plus rien, ni bénévole nullissime, ni interprète diplômé.
  • A la primaire du PS (qui n’en est qu’à ses débuts) aucun interprète n’a été vu chez Montebourg, Hamon, Lienemann, de Rugy, Filoche…
  • On murmure que Macron qui marche entre la gauche et la droite aurait enfin sollicité des interprètes en langue des signes pour ses derniers discours (à Strasbourg par exemple).
  • EELV, qui marche de moins en moins, a mis les interprètes au vert et aucun des discours n’a été traduit en LSF.
  • Le PCF n’a pas encore trouvé de candidat alors des interprètes…

Quant à Hollande et Valls qui – bien que non candidats (pour le moment) – participent pleinement à la vie démocratique de notre nation, toujours pas d’interprète pour traduire en langue des signes leurs propos. C’est malheureusement une triste habitude pour ce quinquennat qui a été plus que médiocre en matière d’accessibilité « politique » pour les sourds et malentendants (souvenons-nous qu’aucune déclaration d’Hollande lors des attentats de 2015 et 2016 n’a jamais été traduite en LSF). Pour apercevoir un interprète en direct à côté de Hollande il faudra sans doute attendre ses traditionnels voeux du 31 décembre sur France 3.

Autrefois en matière de politique les sourds, par manque d’information, étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Permettre que  les meetings, les débats politiques soient interprétés en LSF, représente donc un réel progrès. Donc oui, espérons que dans cette campagne pour l’élection présidentielle (puis législatives) nous verrons beaucoup d’interprètes en langue des signes, passerelle entre deux communautés, car ils sont la clé pour que chaque sourd soit un citoyen à part entière, responsable et autonome, libre de ses choix et de son vote.

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Des GayPride accessibles dans la joie et la LSF

On ne peut pas devenir interprète en langue des signes sans être persuadé que les Sourds sont des citoyens à part entière et autonomes ce que la société française en général et nos hommes politiques en particulier ont tendance à oublier.

Dans les années 80/90, à l’issue du mouvement des années 70 qu’on a appelé le Réveil Sourd, les interprètes F-LSF étaient très liés à la communauté sourde. Il s’agissait pour cette jeune profession de s’affirmer via un combat, un militantisme commun autour justement de cette reconnaissance de l’individu sourd en tant que citoyen autonome ; ils étaient avec les sourds pour traduire mais aussi pour soutenir leurs revendications autour de la reconnaissance de l’identité sourde, de la culture sourde, de leur langue, la LSF et bien sur de leurs besoins en interprétation.
Cela a d’ailleurs donné lieu à plusieurs recherches universitaires autour de ce thème : « Interpréter en langue des signes est-ce un acte militant ? » (Christine Quipourt et Patrick Gache ou Maud Thibault).

Aujourd’hui la professionnalisation de notre métier a sans doute entrainé un éloignement entre cette communauté et les interprètes, au profit d’une plus grande neutralité. On peut certes le regretter mais cela a aussi permis d’avoir une image plus légitime et crédible auprès des entendants et éviter l’amalgame interprète = communauté sourde.
En outre, nous restons, bien sur (et j’espère fièrement), des ambassadeurs de la langue des signes et de la culture sourde auprès de la société entendante.

Par ailleurs, ce gout commun pour le militantisme n’a pas entièrement disparu. Il a évolué vers de nouvelles revendications, également partagées, comme l’accessibilité pour tous, l’égalité des droits au sein de la société, le refus des discriminations, la protection de l’environnement…

Ce n’est donc pas un hasard si cette année encore, en ces jolis mois de juin et de juillet, les marches des fiertés (gay pride pour les plus anciens) sont l’occasion de voir un peu partout en France, des interprètes F-LSF traduire les discours en tête des cortèges : à Paris, bien sur et dans les grandes villes françaises comme Nantes, Montpellier, Lille, Lyon…
Par leur présence, les interprètes permettent aux sourds d’accéder aux débats, au discours, mais aussi de revendiquer, de manifester d’être vus et entendus par la société civile. C’est ainsi que nos deux communautés se rapprochent à nouveau auprès de valeurs communes.

Car interpréter c’est aussi s’engager à agir pour et avec les autres.

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Pétition pour la création d’un centre relais téléphonique généraliste

En France, 500 000 personnes sourdes, malentendantes ou handicapées de la communication (sourdes-aveugles, aphasiques…) ne peuvent pas téléphoner du fait de leur handicap auditif. Cet obstacle a des répercussions au quotidien dans leur vie personnelle, sociale et professionnelle.

Comme je vous l’expliquais dans un billet précédent, de nombreux pays ont fait le choix depuis plusieurs années de mettre en place des centres relais téléphoniques généralistes. Il s’agit d’une plate-forme en ligne, depuis laquelle des professionnels de la communication accessible (interprètes en langue des signes, transcripteurs…) mettent en relation deux interlocuteurs qui n’ont pas le même mode de communication, et assurent, en temps réel, l’accessibilité de leur échange téléphonique, quel que soit le motif de l’appel.

Le gouvernement comprenant enfin l’importance de ce dispositif a proposé un article dans son projet de loi pour une République numérique afin d’impulser et d’organiser le développement d’un centre relais téléphonique généraliste.
L’association française des interprètes en langue des signes (AFILS) s’était notamment mobilisée pour exiger que
les interprètes F-LSF travaillant dans ces centres relais téléphoniques possèdent un master 2 en interprétation.
Je vous exposais les arguments dans ce billet « Pour une République numérique accessible« .
D’autres amendements ont été proposés par la FNSF, l’UNISDA, le MDF, l’AFIDEO, l’ANPEDA, l’ANPSA, la FNAF, Aditus.

Aujourd’hui, l’article 43 sur les centres relais téléphoniques tel qu’il sera mis en débat au Parlement ne correspond pas aux attentes des associations concernées.

Aussi je vous encourage à signer cette pétition mise en ligne par les associations oeuvrant pour la création d’un centre-relais téléphonique généraliste afin qu’il soit réellement opérant et universel. Elle sera transmise au gouvernement et aux membres du Parlement (députés et sénateurs).

Petition pour que les personnes sourdes ou
handicapées de la communication puissent téléphoner 

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Projet de loi « Pour une République numérique » accessible

294_default_blockHeaderEn mai dernier, la phase d’expérimentation pour les centres-relais téléphoniques s’est achevée. En fonction des résultats, le gouvernement s’était engagé à inscrire dans la loi ce dispositif permettant aux personnes sourdes ou malentendantes de téléphoner (via de la vision-interprétation F-LSF) aux services publics, aux grandes entreprises…
C’est chose faite puisque dans le projet de loi récemment mis en ligne intitulé : « Pour une République numérique » il est fait mention de ce dispositif dans  l’article 28 du Titre III, chapitre III de l’accessibilité des services publics, des services client et des offres de communications électroniques aux personnes sourdes et malentendantes.

Le gouvernement propose (et c’est une première) à chaque citoyen de perfectionner et d’enrichir ce texte avant son examen par le Parlement. Cette consultation inédite d’une durée de 3 semaines (jusqu’au 18 octobre) doit permettre à chacun (vous, moi…) d’émettre des avis, de faire des propositions de modifications… qui seront elles-mêmes soumises à l’avis des internautes. Certaines contributions pourront être intégrées au projet de loi.

Cela tombe bien car cet article 28 est loin d’être parfait. En effet, si les interprètes en langue des signes sont mentionnés, (au même titre que les codeurs LPC et les vélotypistes) il n’est pas indiqué quels diplômes ces interprètes devront posséder (contrairement au texte de l’appel d’offres pour l’expérimentation des centres relais téléphoniques qui précisait les qualifications requises).

Or le métier d’interprète n’étant pas protégé, n’importe qui peut s’attribuer ce titre. Le risque est donc de voir des personnes non qualifiées être embauchées par des entreprises peu regardantes sur la qualité du service et voulant uniquement s’arroger les fonds qui seront distribués par l’Etat ou les entreprises.

Quel intérêt aurait alors une personne sourde à contacter un service public si l’intervenant (interprète non diplômé) ne le comprenait pas, commettait des contre-sens, ne traduisait pas l’ensemble du discours, etc. et surtout s’il n’était pas soumis au code déontologique des interprètes F-LSF à savoir le respect du secret professionnel, la neutralité et la fidélité au discours ? La personne sourde ou malentendante et son interlocuteur entendant n’auraient aucune confiance dans ce service et l’égalité entre chaque citoyen voulu par ce projet de loi ne serait pas atteinte, certains bénéficiant d’un service de qualité, d’autres non uniquement car les intervenants embauchés n’auraient pas les compétences et les diplômes requis pour exercer le métier d’interprète (se prétendre bilingue ne suffisant pas pour exercer cette profession).

L’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes (AFILS) a donc jugé qu’il était indispensable que dans cet article 28 soit fait mention que les interprètes F-LSF doivent être en possession d’un diplôme de formation supérieure ou d’un master 2 en interprétation et a proposé l’ajout de cette phrase : « Afin de garantir la qualité du service et les règles essentielles que sont le secret professionnel, la neutralité de l’intervenant et sa fidélité dans l’interprétation des discours, l’interprète doit pouvoir justifier de posséder l’un des diplômes suivants : un DFSSU (diplôme de formation supérieur spécialisé d’un niveau bac + 5) délivré par l’université de Paris VIII, un master d’interprétation F-LSF délivré à ce jour par les universités de Paris III, Paris VIII, Lille III, Rouen et Toulouse le Mirail, ou d’une attestation professionnelle de niveau 3 délivrée par l’association SERAC ».

Je vous encourage à aller avant le 18 octobre sur le site du projet de loi « Pour une République numérique » afin de voter en faveur de cet amendement et espérer qu’il soit pris en compte par le gouvernement.

Il vous suffit de cliquer sur ce lien : http://bit.ly/interpretesdiplomes 
de vous connecter puis de vous rendre en bas de la page pour voter en faveur de la modification et éventuellement de la commenter.

PS : sur ce même article 28 l’association de Jérémie Boroy, Aditus, a fait des remarques intéressantes et je vous encourage également à les soutenir en votant « d’accord ».

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