Jack Jason, l’interprète de Marlee Matlin

Continuons notre tour du monde, franchissons la frontière, descendons la côte ouest et voici Hollywood. C’est là qu’on peut rencontrer Jack Jason, l’interprète en langue des signes américaine (ASL) depuis plus de 20 ans, de la célèbre actrice sourde, Matlee Martin.

Récemment, le Los Angeles Times proposait un portrait de Jack Jason. En voici la traduction (effectuée par moi-même).

Jack Jason prête sa voix mais ne vole pas la vedette à Marlee Matlin

Interprète en langue des signes travaillant depuis plus de 20 ans avec l’actrice Matlee Martin, Jack Jason a été très visible récemment lors de l’émission de télévision  « Celebrity Apprentice ». Pourtant il préfère insister sur le fait que l’attention devrait plutôt être portée sur l’actrice sourde.

Son nom ne vous est pas familier. Mais si vous connaissez l’actrice Marlee Matlin qui a reçu un Oscar, qui a joué dans un épisode d’ « Ellen » et qui a participé dernièrement à l’émission télévisée « Celebrity Apprentice », vous devriez reconnaître Jack Jason : c’est le petit homme aux cheveux courts qui prête sa voix aux paroles de Marlee.

Lors des premières au cinéma, il se tient à ses côtés, comme sur les plateaux de télévision durant les talk-shows. Lorsque Marlee Matlin a remporté l’Oscar en 1987 pour son rôle dans « Les Enfants du Silence », c’était sa voix émue qui donnait du sens aux signes de la jeune actrice sourde. Et Marlee Matlin étant à présent l’une des deux derniers candidats de « Celebrity Apprentice », il a dû scrupuleusement traduire les plaisanteries sarcastiques de NeNe Leakes ou les divagations de Gary Busey (avant que ces deux là soient éliminés).

Bien qu’il soit souvent caché sur le coté de l’écran lors des apparitions de l’actrice à la télévision, Jason a joué un rôle crucial dans la carrière de Marlee. Il n’est pas qu’un simple interprète qu’on loue. Il est aussi un confident, un conseiller en affaires et il sert de  voix à la comédienne qu’il considère comme la « personne sourde la plus visible dans le monde« .

Pour un artiste, il est habituel d’avoir quantité de fans ou d’intrigants continuellement à ses cotés. Mais le rôle de Jason, lui, est unique ce qui est logique car Marlee Matlin elle-même est unique. Il y a peut être d’autres acteurs sourds dans le show business, mais aucun n’a son profil ni son Oscar.

Depuis plus de 20 ans, Jason accompagne l’actrice dans ce monde culturel et vers un public  qui parfois ne comprend pas ce qu’est une actrice sourde. Ainsi, dans les coulisses, il n’hésite pas à la mettre en avant face aux directeurs de casting, à l’aider à adapter les rôles prévus au départ pour des acteurs entendants afin qu’elle puisse réellement participer à la sélection.

Jason se souvient du jour où l’équilibre entre simple interprète et conseillé a basculé. Il assistait à une réunion avec les producteurs quand il a suggéré d’adapter le film « Wait Until Dark » afin qu’il y ait un personnage sourd. A ce moment, dit Jason, « j’ai brisé la carapace, je suis sorti de mon rôle d’interprète ».

Lors de l’émission de télévision « Celebrity Apprentice », « il était là non seulement comme interprète, mais aussi pour indiquer aux producteurs comment accueillir Marlee durant le spectacle, en particulier dans salle de conférence de Donald Trump », explique Page Feldman, un des producteurs exécutifs.

Comme il était constamment à ses cotés durant le show télévisé, il a parfois attiré l’attention sur lui : sur Twitter, des téléspectateurs ont posté des commentaires sur son « beau » look et ont commenté « l’étonnante » équipe qu’il formait avec l’actrice sourde.

Certains ont même été jusqu’à dire que Jack Jason à ses cotés avait été un avantage pour la comédienne. Avoir deux mains ou une paire d’yeux supplémentaire durant ce spectacle où tous les coups sont permis lui aurait permis de faire la différence avec les autres concurrents et ainsi gagner.

Mais Marlee Matlin n’est pas d’accord. « Un interprète n’est pas un avantage, un interprète me garantit simplement une bonne accessibilité. Ce n’est pas comme un matelas qui m’assurerait un bon confort. J’ai besoin de lui pour travailler ».

Dès ses débuts à elle dans le monde du spectacle, il l’a rejoint comme interprète. En effet, Jack Jason a été embauché quand la comédienne a terminé le tournage du film « Les Enfants du Silence », son premier long métrage en 1986. William Hurt, son partenaire et petit ami à l’époque, répondait à de nombreuses interviews dans son appartement de New York. Il voulait Marlee sorte, s’amuse mais la jeune actrice ne connaissait pas la ville. Elle avait besoin d’un guide autant que d’un interprète.

Hurt a appelé l’Université de New York à la recherche d’un interprète ASL. Jack Jason, étudiant en cinéma qui cherchait à gagner un peu d’argent s’est proposé. Enfant de parents sourds, il considère la langue des signes comme sa langue maternelle.

Au début, il ne pensait pas qu’une si longue association puisse durer entre l’actrice débutante et l’étudiant en doctorant aspirant à devenir  maître de conférence. Mais leur même sens de l’humour a fait tilt : tous les deux ont un humour étrange, parfois méchants, parfois enfantin, parfois scatologique, qui renvoie à leurs racines juives. Jack explique qu’entre eux il y a beaucoup de Oy ! et  de longs gémissements plaintifs.

« Ils ont presque leur propre langue », dit Feldman. « Ils sont connectés de bien des façons en raison de leur long passé en commun ».

Pour Jack Jason, il est clair que c’est Matlin qui est « le patron » et celle sur qui les projecteurs doivent converger. Instinctivement dès que crépitent les flashs des photographes il plonge la tête vers le bas. Plusieurs fois durant une conversation autour d’un cappuccino et d’un croissant, il répétait « il s’agit de Marlee », mais sans jamais définir ce qu’il entendait par là.

A un mois de son 55ème anniversaire, Jack Jason est toujours célibataire et sans enfant. Mais il semble ravi d’avoir sa vie toujours si étroitement liée à celle de Marlee Matlin.

« Enfant j’étais considéré comme un enfant petit, gros et juif. Je n’ai donc jamais cherché à attirer l’attention sur moi ».

Il explique qu’il a appris à parler en regardant la télévision et c’est ainsi qu’il a été fasciné par le milieu du show-business. Il se souvient même qu’il avait écrit, dans son journal, qu’il espérait qu’un jour que sa voix serait entendue par des millions de personnes.

Ainsi Marlee Matlin lui a permis  de réaliser son rêve en lui offrant un accès (indirect) sous la lumière des projecteurs.

« C’est une drôle de vie« , dit-il, en plaisantant. « Je ne pense pas qu’il y a d’autres personnes dans ma position, mais j’ai la chance d’y être aux cotés d’une femme exceptionnelle.

rick.rojas@latimes.com

A quand, en France, un reportage sur Corinne Gache, l’interprète LSF attitrée d’Emmanuelle Laborit qui a joué dans l’adaptation française des « Enfants du Silence » et reçue un Molière pour son rôle en 1993 ?
Ou sur Béatrice Blondeau qui fréquemment sert d’interprète à Sophie Vouzelaud, dauphine de Miss France en 2007 et qui s’engage à présent dans une carrière d’actrice.

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