L’interprète, lien culturel

Article paru dans La Voix du Nord (30/11/2010) :

En partenariat avec l’association Trèfles et le Centre d’éducation pour jeunes sourds, le Théâtre d’Arras propose, depuis quatre ans, des spectacles interprétés en langue des signes ou, s’ils ne sont pas traduits, accessibles à des personnes sourdes. À l’origine de cette initiative, il y a David Lobry, un des deux seuls interprètes de la langue des signes du département. Son objectif : faciliter l’accès à la culture de ce public souvent isolé.

Le Théâtre d’Arras, David Lobry le connaît comme sa poche. Il n’est pas acteur, mais c’est tout comme. Interprète de langue des signes, il traduit régulièrement des spectacles pour les sourds et les malentendants, travaille en collaboration avec les programmateurs, et évolue avec les acteurs pour trouver sa place près de la scène. « Tous les ans, je fais le point avec les responsables de la programmation du théâtre. Nous sélectionnons des pièces et des spectacles que je peux interpréter. Ensuite, je dois collaborer avec les troupes pour interpréter sans gêner le déroulement du spectacle », explique David Lobry.

Danse, théâtre, magie, chaque année, la programmation de spectacles directement accessibles aux sourds ou traduits en langue des signes est diffusée auprès du public concerné. Et certains viennent d’autres régions pour y assister. « Les sourds ne sont pas malades. En revanche, ils font beaucoup d’efforts au quotidien pour s’intégrer aux entendants et ils méritent qu’on en fasse nous aussi de temps en temps pour les sortir de leur isolement », explique David Lobry.

S’il voit dans ces sorties des occasions d’amener le public malentendant à une forme de culture dont il est encore souvent exclu, David Lobry compte aussi sur ces sorties pour permettre aux publics sourd et entendant de se rencontrer. « Les sourds se plaignent souvent d’être dans un ghetto. En se côtoyant régulièrement, je crois vraiment que ces deux communautés auront moins peur d’aller l’une vers l’autre ».

Arrageois d’origine, lui-même a découvert ce handicap au lycée Gambetta où il était scolarisé dans la même classe que trois jeunes sourds. Les adolescents se sont retrouvés ensemble en fac et le désir du jeune homme de pratiquer la langue des signes s’est développé.

Interprète à l’école des sourds d’Arras, membre de l’association Trèfles, où il dispense des cours, David Lobry a créé son propre service d’interprétariat.

Et depuis, il court. D’un bout à l’autre de la région, et largement au-delà. « Nous ne sommes que trois cents interprètes de langue des signes en France, et vu la demande, nous pourrions largement être dix fois plus nombreux. Je ne parle même pas du Pas-de-Calais où nous ne sommes que deux. J’ai été le premier à exercer dans le coin », assure David Lobry Cette traduction simultanée de spectacles vivants, mise en place en 2006 au Théâtre d’Arras, est une sorte d’opération de funambule que l’interprète a appris à maîtriser. Et avec laquelle certaines troupes se sont si bien familiarisées qu’elles font désormais appel spontanément aux services de David Lobry. Une petite victoire, mais le chemin à parcourir en matière d’accessibilité de la culture et des loisirs aux sourds et malentendants reste long.

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