( i ) LSF , agence d’interprètes en langue des signes

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Avec mon collègue et ami Alexandre Bernard, nous avons créé ( i ) LSF , une agence d’interprètes en langue des signes française, réunissant des professionnels diplômés et expérimentés.

Nos langues de travail sont la langue des signes française (LSF) le français et l’anglais. Situés en région parisienne, nous nous déplaçons sur toute la France ainsi qu’à l’étranger.

Membres de l’AFILS, nous respectons les trois règles du Code déontologique : secret professionnel, fidélité aux messages, neutralité.

Si vous voulez nous, contacter une seule adresse, notre site internet : http://ilsf.fr 

( i ) LSF from Stéphan Barrère on Vimeo.

La langue des signes, une « langue de la République » qui peine à trouver sa place

Avec plusieurs professionnels qui travaillent en lien avec les langues des signes (interprète, historien, linguiste) nous avons récemment été interviewés par Anne Meyer, journaliste à l’AFP.

Je vous mets ci-après son l’article qui illustre bien les difficultés pour la LSF à se faire une place au sein de notre société.

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La langue des signes, mise en lumière par le film « La Famille Bélier », est reconnue depuis 2008 comme « langue de la République » au même titre que le français, mais elle peine à trouver sa place, malgré sa richesse.

« Beaucoup de gens considèrent encore que la langue des signes n’est pas une vraie langue, qu’il s’agit de français » traduit en gestes, incapable d’exprimer l’abstraction, regrette Florence Encrevé, historienne de la langue des signes française (LSF).

La LSF, utilisée par quelque 100.000 à 300.000 personnes, est longtemps restée proscrite de l’enseignement. Aujourd’hui, Mme Encrevé se félicite que « La Famille Bélier », nommée aux Césars qui seront remis vendredi, « aide à faire comprendre qu’elle peut tout dire ».

Les langues des signes reposent sur une syntaxe et une grammaire « très spécifiques », insiste Brigitte Garcia, linguiste à Paris VIII. « L’écart de structure entre la langue des signes française et le français est plus important » qu’entre le français et le chinois, souligne-t-elle.

Loin du « sujet-verbe-complément », cette langue visuelle crée « comme un décor de cinéma dans lequel on va faire interagir les différents éléments. D’abord le temps, puis le décor et ensuite les personnages », résume l’interprète Stéphan Barrère. Mains, avant-bras, regard, visage, « tout le corps est mobilisé, fait sens et communique », explique-t-il.

« Les mouvements sont très subtils: quand on se tient droit, c’est le présent, quand on s’avance légèrement, c’est le futur et quand on recule, c’est le passé », précise un autre interprète, Pascal di Piazza, ex-ambulancier « tombé amoureux » de cette langue.

Mais pour les profanes, la partition est complexe. L’actrice Karin Viard, qui joue en langue des signes dans « La famille Bélier », raconte dans une interview à Allociné qu’on a dû « changer des mots parce qu’il y a des signes que je ne parvenais pas à faire, qui étaient trop difficiles pour mon poignet ».

Autre usage spécifique de la langue, les noms propres, qui reprennent – sur le mode de la caricature mais sans intention péjorative – un trait saillant: les trous dans les paumes pour Jésus, le nez bosselé de Gérard Depardieu, les sourcils en pointe de Sarkozy, les doigts en « V » de Chirac, les taches sur le costume de Borloo. « Ca peut être cash », reconnaît Stéphan Barrère. Par exemple, « Mitterrand, c’est les dents de vampire à cause des deux incisives qu’il s’était fait limer »…

Preuve de sa vitalité, la LSF invente régulièrement des « néosignes », pour désigner les nouvelles technologies ou des événements forts. « Je suis Charlie », c’est « le corps qui devient une sorte de stylo » associé au signe « libre », explique Stéphan Barrère.

La langue des signes a été reconnue comme langue à part entière en 2005 et langue de la République dans une circulaire de 2008. Mais elle reste « totalement niée par les élites », estime l’interprète.

« Aucune des interventions télévisées de François Hollande n’est traduite en LSF, sauf ses voeux, une fois par an », déplore-t-il.

« Lors de la tempête à New York, toutes les interventions du maire étaient traduites. Il y a un mois, ça tire dans tous les sens à Paris et pas une fois le président n’a été traduit » à la télévision, constate l’interprète

Il raconte que des enfants de l’institut des jeunes sourds étaient « paniqués » le lundi suivant les attentats, à la vue d’images rediffusées à la télévision: « Ils pensaient qu’on était encore attaqués ».

A l’origine de ce manque de visibilité, selon lui, la « désastreuse » filière de l’enseignement, alors que les signes constituent pour les sourds « leur bien le plus cher », autour duquel se construit leur identité personnelle, sociale et culturelle, à travers des poèmes, des pièces de théâtre, des festivals.

Pour Brigitte Garcia, « on est loin d’une reconnaissance effective ». « Pour l’éducation, c’est une catastrophe », pointe-t-elle. La loi donne le choix aux parents de scolariser leurs enfants en structure bilingue « mais pas les moyens » et « les parents n’ont pas accès à l’information ». Selon elle, seuls 3% des 14.000 enfants sourds scolarisés le sont en classe bilingue.

Quant au certificat d’aptitude au professorat du second degré (Capes) de LSF, créé en 2010, « c’est un Capes de langue », calqué sur celui de l’anglais, non sur celui de lettres, note la linguiste: la langue des signes « reste considérée comme une langue étrangère, pas comme l’une des deux langues de la République ».

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18/02/2015 12:04:50 – Rennes (AFP) – Par Anne MEYER – © 2015 AFP

Lien vers l’article publié sur le site du Point

Une charte pour améliorer la présence des interprètes F/LSF à la télévision

Ce début d’année surchargé ne m’a pas permis d’écrire autant que je le voudrais sur ce blog.
Néanmoins cela ne signifie pas que rien ne se passe dans le monde merveilleux de l’interprétation en langue des signes.
Et les nouvelles, récemment, sont plutôt bonnes.

Ainsi, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et plusieurs patrons de chaînes de télévision ont signé au CSA à la mi-janvier une charte pour améliorer la qualité de l’usage de la langue des signes française (LSF) dans les programmes. L’AFILS (Association des Interprètes en Langue des Signes) était également présente et signataire au coté d’autres associations comme la FNSF, l’UNISDA, Planète Langue des Signes…

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Ce document stipule que les signataires doivent porter une attention particulière au respect du sens du discours lors de l’interprétation en LSF ou encore au respect de la langue française, quel que soit la langue cible (français oral, sous-titré ou LSF).

Surtout, la Charte insiste sur la bonne visibilité de l’interprète, dont l’incrustation doit idéalement représenter 1/3 de l’écran de télévision est-il écrit. Le cadrage doit quant à lui être si possible en « plan américain », c’est-à-dire à mi-cuisse, pour une bonne visibilité de tous les signes. Les interprètes doivent être des professionnels diplômés, demande également la Charte. Les signataires s’engagent aussi à explorer de « nouvelles solutions » : proposer par exemple l’accès à un portail LSF avec une bibliothèque de contenus ou d’instruments à travers les solutions de TV connectée ou la possibilité d’une incrustation optionnelle, superposée à l’image vidéo.

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« La fenêtre de l’interprète LSF n’est pas une tâche à l’écran mais un facteur d’inclusion », a souligné la secrétaire d’État Ségolène Neuville lors de son discours, encourageant également à une meilleure représentativité des journalistes sourds dans les écoles de journalisme et à la télévision.
« Cette charte est une image forte car il y a encore un certain nombre de réticences, a-t-elle encore estimé. « Certaines chaînes peuvent avoir peur de perdre en attractivité. »

Malheureusement cela reste une « Charte » et sa mise en oeuvre repose uniquement sur le principe du volontariat ; il n’y aucune obligation légale dans ce domaine. Espérons seulement que les nombreux signataires n’étaient pas là juste pour se donner bonne conscience mais pour réellement s’engager vers une meilleure accessibilité de leurs programmes télévisés.

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Lien vers le texte de la Charte de qualité pour l’usage de la Langue des Signes Française dans les programmes télévisés 

Ecoutez voir, c’est la radio !

Des interprètes en langue des signes à la radio, à priori, cela n’a rien d’original.

Je me souviens qu’à de nombreuses reprises Emmanuelle Laborit s’est faite interviewée et pour permettre aux auditeurs de suivre ses réponses (et à elle-même de comprendre les questions) une interprète F/LSF était présente, Corinne Gache par exemple lors de son interview sur France-Culture en Avril 2013 pour l’émission « Pas La Peine de Crier ».

Je me souviens également que des interprètes F/LSF ont été interviewés pour présenter leur métier, parler de leur rôle, de ce lien qu’ils créent entre les sourds et les entendants. En novembre 2013, sur Radio-Libertaire, Florence Encrevé, Vincent Bexiga et Christine Quipourt participaient à une émission intitulée « La langue des signes, ses locuteurs, ses interprètes ».

Par contre je ne me souviens pas que des interprètes ont été présents à la radio pour permettre à des « auditeurs sourds » de suivre l’émission.
C’est pourtant cette expérience originale que va tenter RTL lundi 5 Janvier à 15h.

rtl

Animée par Flavie Flament, cette émission judicieusement baptisée « On est fait pour s’entendre » (hahaha ! ) recevra lundi 5 janvier à 15h00, Ronit Leven (vice-présidente de la Fédération Nationale des Sourds de France- FNSF) et Yves Delaporte, ethnologue qui se consacre depuis des années à l’exploration du monde sourd et auteur, en autres, du « Dictionnaire étymologique et historique de la langue des signes française » et de « Les Sourds c’est comme ça ! ».
Grâce à eux, on nous promet de découvrir « la vision que les personnes privées de l’ouïe portent sur notre société ».

Au delà de cet ambitieux objectif, c’est le dispositif mis en place qui retiendra notre attention : l’émission sera diffusée simultanément en langue des signes, grâce à la présence de deux interprètes F/LSF qui seront filmés et retransmis en direct, sur le site de la radio pour permettre au public sourd de suivre l’intégralité des débats. En espérant que l’émission sera visible en replay je la regarderais avec curiosité.

Par chance pour mes collègues ils s’arrêteront à 16h et n’auront donc pas la pénible tâche de devoir ensuite traduire Les Grosses Têtes, animée par Laurent Ruquier, et leurs avalanches de blagues potaches, de jeux de mots navrants car comme je vous l’expliquais récemment, traduire l’humour (qu’il soit bon ou mauvais) est une épreuve quasi insurmontable.

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Mise à jour : 
L’émission a eu lieu, je l’ai regardée, je l’ai trouvée vraiment interessante, non seulement pour la mise en avant de l’interprétation F/LSF via le service Tandem mais aussi grâce aux propos de Ronit Leven.

Pour vous faire une idée voici le Replay :

2014 une année de signes et de mots

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog :

En voici un extrait :

Le Musée du Louvre accueille chaque année 8.500.000 visiteurs. Ce blog a été vu 76 000 fois en 2014. S’il était une exposition au Louvre, il faudrait à peu près 3 ans pour que chacun puisse la voir.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

L’atelier de traduction : « bonne année, bonne santé ! » en LSF

Dans quelques jours vous serez sous le gui à embrasser vos amis, votre famille, vos voisins, des inconnus… vous exclamant une coupe de champagne à la main « bonne année, bonne santé ! ».
Pour apporter une touche d’originalité à votre réveillon, pourquoi ne pas le dire en langue des signes française ?

bonne année 1

Pour cela, posez votre coupe de champagne et suivez pas à pas (ou plutôt main à main) cet atelier de traduction :

Première étape : « Bonne année ! »

[BONNE] : la main configurée en « bec de canard » s’éloigne de la bouche.
C’est le même geste naturel que vous faites à table pour signifier que le plat vous plait

[ANNÉE] : les 2 mains sont configurées en « poing ». La main gauche (pour les droitiers, les gauchers inverseront) est fixe au niveau du buste et la main droite  effectue un tour autour d’elle (comme la terre fait une révolution autour du soleil en 365 jours), le mouvement commençant et finissant sur le sommet du poing gauche

Bonne année LSF

Deuxième étape : « bonne santé ! »

Inutile de revenir sur « bonne  » vous connaissez le signe à présent.

[SANTÉ] : la main droite pour les droitiers vient toucher avec le majeur le sein gauche puis le sein droit (pour les gauchers ce sera la main gauche dont le majeur touchera d’abord le sein droit puis le gauche).

Mais comme en langue des signes une vidéo vaut mieux qu’un long texte écrit, voici « bonne année, bonne santé » signée par « La Main des Sourds » :

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Et n’oubliez pas d’avoir une mine réjouie car c’est un moment de fête et de bonheur !!!