Kit de survie de l’interprète en langue des signes

Tout ce dont à besoin un interprète en langue des signes pour affronter décemment une journée de travail

Kit de survie de l'interprète en langue des signes

L’interprète en langue des signes, un tiers impartial

Début Février, Direction[s]Emploi a publié une fiche métier sur – ça tombe bien – le métier d’interprète en langue des signes.

Je vous la mets en copie ci-dessous.
Une précision : curieusement la journaliste me fait parler au nom de l’AFILS (l’association française des interprètes en langue des signes) alors que je m’exprimais à titre personnel.

ILS Tiers impatial 1

ILS Tiers impatial 2

Le lien vers l’article : http://emploi.directions.fr/article_fm/2030724W/l-interprete-en-langue-des-signes-un-tiers-impartial et merci à Sophie de m’avoir signalé son existence.

© Stéphan – ( i ) LSF

Comment dire ?

Être interprète ou traducteur ne signifie pas seulement intervenir lors de conférences internationales, de grandes conventions d’entreprises ou pour traduire le dernier prix Pulitzer ou Goncourt.

Être interprète ou traducteur, et particulièrement être interprète ou traducteur en langue des signes, c’est aussi pénétrer dans l’intimité d’une vie. Nous sommes présents pour des instants de bonheur et de fêtes (naissance, mariage, achat d’une maison…), mais aussi lors de l’annonce d’une maladie incurable, d’un décès, d’un divorce conflictuel, d’un interrogatoire de police sur des suspicions de pédophilie, lors d’un entretien de licenciement…
Difficile dans ces instants de garder la neutralité attachée à notre métier, difficile aussi d’avoir le courage de tout traduire sans rien omettre ou tenter d’adoucir le propos tout en sachant que cela fera souffrir la ou les personnes présentes.

Ce long préambule pour introduire cette étonnante expérience via une caméra cachée

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L’histoire : des personnes sont convoquées pour un casting. Elles ne sont ni interprètes ni traducteurs.
Un homme, déjà présent, leur demande de traduire un message qu’il vient de recevoir via Facebook, mais écrit en lituanien, langue qu’il ne parle pas.
Même si on ne comprend pas l’anglais ou qu’on ne lit pas le lituanien (langue du sous-titrage), il suffit de regarder le visage de ces gens pour comprendre l’ambivalence de leur sentiments, entre le désir d’aider et la réticence à traduire ces mots de haine. Et on comprend que devoir tout traduire, d’une langue vers une autre, le plus fidèlement possible est infiniment difficile.


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Être interprète ou traducteur implique parfois de devoir transmettre un message qui n’est pas facile à partager et face à de telles situations de détresse si les années de formation universitaires que nous avons suivies ne nous apportent sans doute pas la solution miracle, il est certain en revanche qu’elles nous y préparent.
Grâce à notre rigueur mais aussi à nos expériences professionnelles passées et à notre humanité nous permettons une communication ouverte même dans les situations émotionnellement difficiles.

Mise à jour (18/04/15) :
Merci à Marion qui me signale que la vidéo avec sous-titrages en français est visible en suivant ce lien

https://www.facebook.com/sofiane.soso75/videos/10206465120136173

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Cette vidéo est réalisée par l’agence www.svetimageda.lt basée en Lituanie.
Son site web (en lituanien) a pour objectif de délivrer des conseils pour savoir réagir face des insultes raciales ou homophobes.

© Stéphan – ( i ) LSF

Journal AFILS n°90

Un nouveau numéro du Journal AFILS de vient de paraitre.

Il s’intéresse notamment à la place des interprètes et de la langue des signes sur nos grands écrans après la sortie de deux films qui ont marqué 2014, Marie Heurtin et La Famille Bélier dans un dossier intitulé : Les interprètes font leur cinéma.
L’équipe du Journal a notamment interviewé Sandrine Schwartz interprète et conseillère sur le film Marie Heurtin et Jennifer Tederri (interprète F/LSF) qui a travaillé sur le film La Famille Bélier.

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Vous souhaitez recevoir ce numéro ou en commander un ancien ?
Rendez-vous sur le site de notre association : http://www.afils.fr

© Stéphan – ( i ) LSF

« Je bouge les mains mais ça n’a aucun sens » avoue un interprète en langue des signes

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Ce sont des révélations qui risquent d’ébranler le petit monde de l’interprétation en langue des signes. En effet, un célèbre interprète F/LSF, Lucas Billaud, diplômé en 1989, a décidé de se confier au magazine « Double-Face, le mensuel des Interfaces » dans le numéro d’Avril 2015 que j’ai pu consulter en avant-première.

Il y raconte avoir pris lui même la décision de parler, expliquant que sa conscience l’obligeait, après plus de 20 années de mensonges, à un témoignage « nécessaire mais douloureux »  sur son métier, qu’il qualifie lui-même « d’incroyable escroquerie qui ferait passer Madoff pour Mère Teresa ». 

« J’ai bientôt 50 ans. Cela fait déjà plus de 20 ans que je suis complice de cette mascarade généralisée. Aujourd’hui je ne peux plus rester muet comme une carpe, je veux briser l’omerta car je sais qu’un jour le public sourd et/ou entendant réalisera qu’on bouge les mains sans savoir ce qu’on fait » explique-t-il.

« Tout cela n’a aucun sens, les gens pense qu’on est bon, qu’on traduit mais en réalité nous en sommes incapables. Je le dis haut et fort, aucun interprète en langue des signes ne traduit réellement. Nous bougeons nos mains, nos bras, notre corps, nous faisons des grimaces, mais on invente au fur et à mesure, cela n’a aucun sens.
Et les sourds ou les entendants qui connaissent la LSF n’osent pas dire qu’ils ne nous comprennent pas (car bien sur personne ne comprend rien à ce que nous signons) ils ont trop peur qu’on les prenne pour des idiots. Tout le monde se fait berner.

Une fois le pot aux roses a failli être découvert et un scandale éclater. C’était pendant les obsèques de Mandela retransmises mondialement par la télévision. Quelques personnes se sont posées des questions sur l’interprète à coté d’Obama, ils ont pensé qu’il y avait anguille sous roche. Mais rapidement notre association professionnel des interprètes en langue des signes, qui travaille dans l’ombre telle une Mafia, l’a fait passer pour un imposteur, un schizophrène (ce qu’il n’était pas bien sur) et, après l’avoir engueulé comme du poisson pourri pour sa bévue, l’a fait interner en hôpital psychiatrique. On a sacrifié un des nôtres pour sauver notre profession, pour étouffer le scandale de notre incompétence qui aurait pu nous faire disparaitre. On est des requins ». 

Et Lucas Billaud d’ajouter : « Quand j’ai commencé mes études pour devenir interprète en langue des signes dans une université parisienne, je pensais qu’il s’agissait d’un vrai métier, que l’interprète traduisait réellement les échanges entre des sourds et des entendants, j’était bien naïf. En réalité on est juste là à bouger comme des cons, à faire des gestes qui n’ont pas de sens, à faire des yeux de merlan-frit comme si on avait des TOC… Quand j’y repense… J’agite les bras en toute impunité depuis tant d’années », admet-il. « Et ça marche ! Pire, on me paye pour ça ! Réfléchissez une minute : comment pourrait-on dire avec des gestes la même chose qu’avec la voix ? C’est impossible ! »

Mon futur ex-collègue revient ensuite sur ses jeunes années : « À la fac, juste après mon admission, on m’a emmené dans une pièce et 5 membres du Conseil d’administration de l’association des interprètes m’ont expliqué que notre métier relevait de l’emploi fictif mais que cela permettait de créer du travail, que ça donnait bonne conscience à ceux qui nous embauchaient et qui pensaient lutter ainsi contre les discriminations liées à la surdité. Surtout cela permettait à un petit groupe de privilégiés de vivre grassement en toute impunité ; on se sentait important, indispensable même, en faisant 3 signes qu’il suffisait d’inventer et qui ne voulaient rien dire. »

Comme il l’admet, malgré cette désillusion, Lucas Billaud, petit à petit se laissera entraîner dans ce mensonge devenu institution au fil des siècles, depuis l’époque de l’Abbé de l’Epée en 1760 qui fut le 1er à imaginer cette mystification.
Pourquoi ? Par faiblesse selon lui : « Je n’avais pas de solution de repli et, peut-être pour me convaincre moi-même, je me suis rappelé que c’était d’abord la gestuelle qui m’avait plu chez les interprètes en langues des signes, que le reste était accessoire dans le fond », raconte l’homme, désenchanté.

A la fin de l’entretien, il explique vouloir changer de métier, quitter ce monde hypocrite du silence pour aller vers le bruit, le son, la musique : « J’aimerais devenir chef d’orchestre pour diriger tous ces instruments de musique. Je cherche un poste avec des mouvements de bras vraiment utiles. Alors chef d’orchestre, oui je sens que c’est pour moi, je m’y sentirais comme un poisson dans l’eau. »

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© Stéphan – ( i ) LSF

Devenir interprète F/LSF ? Un Master 2 sinon rien !

La mise en lumière de la communauté sourde et de la langue des signes française grâce aux films « Marie Heurtin » et « La Famille Bélier » a sans doute éveillé de nouvelles vocations auprès de jeunes et de moins jeunes qui espèrent devenir interprète F/LSF et c’est tant mieux.

Mais quelque soit le degré de motivation, quelque soit l’envie de rejoindre ce corps de métier qui compte environ 450 professionnels il faut suivre un cursus universitaire qui, a l’issue d’un examen réussi, vous délivrera un diplôme (Master 2) reconnu par l’AFILS.

En effet, avoir un bon niveau en langue des signes est une condition nécessaire mais pas suffisante pour devenir interprète.
Par exemple, une personne entendante enfant de parents sourds signeurs a pour langue naturelle la LSF (on appelle ces personnes CODA pour Children of Deaf Adults). Mais sa seule filiation, son héritage linguistique ne lui permet pas de s’auto-proclamer interprète F/LSF sinon je serais moi-même interprète Français/Anglais (ma mère étant anglaise), ou un fils de plombier serait naturellement un as de la robinetterie, la fille d’un chirurgien émérite pourrait opérer sans avoir suivi des études de médecine et le fils du voisin qui est pilote de ligne serait embauché par Air France après avoir eu son baccalauréat.

Comme pour chaque métier il faut faire l’effort d’apprendre la théorie (le code déontologique par exemple), la pratique (les stratégies d’interprétation) en plus de parfaire votre expression en LSF et en français (voire une 3ème langue).
De plus, de longues périodes de stages pratiques auprès d’interprètes diplômés vous permettront d’acquérir les bases de ce métier passionnant.
C’est la seule et unique voie pour embrasser cette profession, il n’y en a pas d’autres. Alors oubliez les pseudo formations d’interfaces ou de médiateurs qui ne mènent à rien, et surtout pas à un diplôme reconnu par l’Education Nationale.
Si vous êtes motivés pour devenir interprète F/LSF, tant mieux, relevez vos manches et rejoignez une des 5 formations universitaires décrite ci-dessous, consultez les sites internet de ces universités et n’hésitez pas à les contacter pour d’autres informations, nous entrons dans la période des pré-inscriptions. 

Généralement pour postuler à l’examen d’entrée, on vous demande en plus de solides compétences en français et LSF, de posséder une licence, quelque soit sa spécialité (sciences du langage, mathématiques, droit, histoire, biologie moléculaire…).

Bon courage !

carte formations

Université Paris 3 (ESIT) :
Centre Universitaire Dauphine (2ème étage)
Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 75016 PARIS
Tel : 01 44 05 42 14
Lien vers le site Internet

Université Vincennes Saint-Denis (Paris 8) : 
2 rue de la Liberté 93526 SAINT-DENIS
Bât A, salle 144
Tel : 01 49 40 64 18
Lien vers le site Internet

Université de Toulouse Le Mirail (CETIM) :
Bâtiment 31- bureau LA 16
5 allées Antonio Machado 31058 TOULOUSE Cedex 9
Tel : 05 61 50 37 63
Lien vers le site Internet

Université Charles de Gaulle (Lille 3) :
UMR STL–bâtiment B
B.P. 60149 59653 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX
Tel : 03 20 41 68 87 ou 03 20 41 69 36
Lien vers le site Internet

Université de Rouen : 
rue Lavoisier
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tel : 0235146000
Lien vers le site Internet

 

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Merci Antony Pereira pour cette jolie carte de France !

© Stéphan – ( i ) LSF

( i ) LSF , agence d’interprètes en langue des signes

LOGO RVB

Avec mon collègue et ami Alexandre Bernard, nous avons créé ( i ) LSF , une agence d’interprètes en langue des signes française, réunissant des professionnels diplômés et expérimentés.

Nos langues de travail sont la langue des signes française (LSF) le français et l’anglais. Situés en région parisienne, nous nous déplaçons sur toute la France ainsi qu’à l’étranger.

Membres de l’AFILS, nous respectons les trois règles du Code déontologique : secret professionnel, fidélité aux messages, neutralité.

Si vous voulez nous, contacter une seule adresse, notre site internet : http://ilsf.fr 

( i ) LSF from Stéphan Barrère on Vimeo.