Une justice difficile d’accès pour les sourds

Début mai, l’émission de France-Inter « Dans le prétoire » proposait un reportage de Violette Artaud sur les sourds et la justice.
Comme on y parle aussi des interprètes en langue des signes, en voici la retranscription.
Pour écouter l’émission, c’est par ici : « dans le prétoire ».

 

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La justice ne sert pas toujours au mieux les intérêts des sourds-muets.
Pourtant, la Convention européenne des droits de l’homme stipule que toute personne a le droit de faire entendre sa cause de manière équitable mais dans les faits, c’est beaucoup plus délicat qu’il n’y paraît.

Il y a quelques années, Anne-Sarah Kertudo perd l’audition. A l’époque, elle fait des études de droit. En apprenant la langue des signes, elle découvre le monde du silence. Dans ce monde, le mot justice est très confus. Aujourd’hui Anne-Sarah Kertudo peut de nouveau entendre. Elle a créé la première permanence juridique en langue des signes.

– Anne-Sarah Kertudo : « On se retrouve avec 80% environ de personnes sourdes qui ne savent ni lire, ni écrire. Pour eux, connaître leurs droits, quand on ne peut pas avoir l’information à l’oral, quand on ne peut pas la lire, quand on ne l’entend pas à la radio ni à la télévision, c’est extrêmement compliqué. Donc ils ne savent pas par exemple si la peine de mort existe ou pas en France, ils ne savent pas si l’avortement est légal ou pas, ils ne savent pas forcément faire la différence entre un avocat, un policier ou un juge. »

Anne-Sarah Kertudo se démène pour ceux que l’on oublie ou que l’on discrimine. Certains souvenirs d’injustice sont gravés dans sa mémoire.

– Anne-Sarah Kertudo : « Une des dernières affaires que j’avais suivie, c’était une gamine qui avait été abusée sexuellement par son beau-père et à la fin la présidente a demandé à l’accusé : « est-ce que vous avez quelque chose à dire à votre belle fille ? ». L’accusé a dit quelque chose effectivement à sa belle-fille mais à cet instant-là, la personne qui traduisait était en pause. Donc la gamine n’a jamais su ce que lui avait dit son beau-père. »

Situation d’injustice ou situation absurde ? Catherine Scotto est présidente de la commission handicap du barreau de Seine-Saint-Denis. Elle s’exaspère du manque d’interprètes en langue des signes.

– Catherine Scotto : « Nous avons eu dans une audience un mineur qui parlait la langue des signes, qui ne parlait pas le français, qui parlait la langue arabe. L’interprète en langue arabe faisait la traduction français-arabe au papa et le papa faisait la traduction en langue des signes à son fils. Ce qui complique un peu les choses. »

Il faut dire que le métier d’interprète est très fatiguant. A cause de problèmes de dos, Marie Brigand a dû arrêter de l’exercer, elle était sollicitée tous les deux jours.

– Marie Brigand : « À une époque, en Ile-de-France, sur la cour d’appel de Paris, j’étais la seule inscrite. Après nous étions deux. Globalement, il y a très peu d’interprètes en langue des signes française diplômés qui interviennent pour la justice. Il y a également le problème de la rémunération, on est payé au mieux six mois après et souvent un an, deux après. »

Sans compter que les interprètes sont payés deux fois moins dans la justice que dans le privé.

Mais le manque d’interprètes n’est pas le seul problème.
Si les sourds ne connaissent pas leurs droits, la justice, elle, ne connaît pas les sourds. Plus pour longtemps, dit Anne-Sarah Kertudo. Elle travaille sur une formation au handicap dans le cursus des juristes.

– Anne-Sarah Kertudo : « Est-ce qu’on va parler du handicap, comment on en parle, quel mot on utilise, est-ce que je dis à l’autre, est-ce que je vais le blesser si je lui en parle ? On aborde toutes les questions de comportement aussi. Est-ce qu’une personne sourde, je lui parle en parlant plus fort, comment je m’y prends ? On donne des réponses sur tout ça par des mises en situation. »

Au XVIIIè siècle, les sourds étaient considérés comme hors-la-loi. Aujourd’hui les choses ont changé, mais il reste encore un long chemin à parcourir avant de rétablir l’équité.

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Anne-Sarah Kertudo a publié sa biographie dans laquelle elle revient sur la création de la permanence juridique : « Est-ce qu’on entend la mer à Paris » sous-titrée « Histoire de la permanence juridique pour les sourds » (2010).

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© Stéphan – ( i ) LSF

Un gant n’est pas un interprète (et inversement)

Si j’avais le talent de Jean de Lafontaine, j’écrirais ce billet sous forme d’une fable qui raconterait l’histoire de ce gant, qui se prit pour un interprète pouvant traduire des langues des signes et qui à la fin se dégonfla comme une baudruche, les créateurs de ce gant « traducteur » s’apercevant (et les journalistes avec eux) qu’ils s’étaient fourrés encore une fois le doigt (ganté) dans l’oeil.

En effet, depuis quelques jours réapparait l’invention qui doit bouleverser le monde de l’interprétation en langue des signes et celui de la communication entre sourds et entendants : deux étudiants de l’université de Washington, Thomas Pryor et Navid Azodi, ont inventé SignAloud, des gants capables de traduire la langue des signes américaine (ASL) en un discours oral, dixit de nombreux sites d’informations grand public ou technologiques.
Chaque gant comporte des capteurs sur les doigts et les poignets qui enregistrent la position des mains et les mouvements qui correspondent aux mots et phrases dans la langue des signes américaine. Ces données sont envoyées en Bluetooth à un ordinateur qui les étudie à l’aide d’un algorithme séquentiel qui fonctionne à la manière d’un réseau neuronal (je dois admettre que j’ai fait un copié-collé de ce passage car je n’ai pas tout compris).
Si les données correspondent à un geste, le mot associé (ou la phrase) est énoncé en anglais via le haut-parleur.

Bien qu’à l’état de prototype, ces gants permettraient d’exprimer des messages simple en une langue ultra simple qui ressemble cependant plus à de « l’américain signé » (les signes sont plaqués sur la syntaxe la langue anglaise orale) qu’à l’ASL (American Sign Language).

Sans juger de la réelle qualité de ces gants, on peut néanmoins affirmer que la communication autour de ce projet a été très efficace car un peu partout dans le monde, des journalistes relayés par les réseaux sociaux, ont proclamé : « ils ont inventés des gants qui traduisent la langue des signes » (BFMTV par exemple).

Une remarque d’abord. Ce n’est pas le premier essai et cette « invention » n’a rien de révolutionnaire. En 2012 déjà, des ukrainiens avaient été récompensés pour une invention semblable comme le racontait le site SooCurious avec déjà la même accroche : « Des étudiants inventent des gants capable d’opaliser le langage des signes » (inutile de revenir sur l’appellation erronée de langage des signes à la place de langue des signes).

Ensuite on notera que ce sont toujours des étudiants ingénieurs (en informatique, en génie mécanique…) qui sont à l’origine de ces créations. Jamais dans leurs équipes il n’y a de linguistes, de sourds ou d’interprètes capables leur expliquer la structure, le fonctionnement bref le génie de ces langues gestuelles (qui ne sont pas des langages tel que le langage informatique mais bien des langues) et pourquoi nous somme loin d’une solution gantée permettant de « traduire » d’une langue des signes vers une langue orale.
Les journalistes non plus ne sont pas très curieux : jamais ils n’interrogent ces mêmes linguistes, sourds ou interprètes sur la validité de ces projets.

Personnellement, je doute que prochainement ce système pourra traduire fidèlement et agréablement un long discours.
En effet les langues des signes sont vivantes, complexes. Elles ne sont pas qu’une succession de signes. Elles possèdent leur propre syntaxe qui est intimement liée à la perception visuelle, puisque cette langue répond à une logique visuelle et non auditive. Ainsi la grammaire de la langue des signes française (LSF) n’est pas identique à celle du français (par exemple la place des mots dans la phrase n’est pas la même). Elle se construit comme un plan au cinéma. D’abord le temps (passé-présent-futur), ensuite le lieu (où cela se passe-t-il ? ), puis les acteurs (qui ? ) et enfin l’action (le verbe).

Les discours énoncés sont basés sur l’utilisation des signes donc des mains mais aussi du regard et de l’espace, des expressions du visage (il est admis que les langues des signes sont composées de 5 paramètres) : les configurations des mains, leurs emplacements, leurs orientations et leurs mouvements forment des signes équivalents à des mots disposés devant soi comme sur une scène de théâtre.
(Ces paramètres peuvent même monter jusqu’à 8 selon les dernières théories linguistiques en y incluant la labialisation, les postures… ).
Les emplacements de ces signes, ainsi que la direction du regard, permettent de visualiser les relations (actif ou passif), le temps (signes tournés vers l’arrière pour le passé, vers l’avant pour le futur). Le visage et le mouvement des épaules servent aussi à exprimer les nuances du discours, les émotions par exemple l’ironie, le doute, la colère…

Ces gants et leurs capteurs auront-ils la précision et la finesse nécessaires pour détecter tous ces paramètres ? Les algorithmes seront-ils assez élaborés pour déterminer avec exactitude l’intention du locuteur ? Aujourd’hui non, demain pas sur, un jour… sans doute.
Au mieux, actuellement, ce système pourrait traduire quelques signes simples en mots, quelques phrases basiques (sujet/verbe/complément).
De là à proclamer que des gants peuvent traduire la ou les langues des signes il y a un gouffre (car bien sur comme chaque pays ou région possède sa propre langue des signes, il faudra aussi multiplier les programmes informatiques et autres algorithmes pour prendre en compte cette diversité).

Enfin qui voudrait porter ces vilains gants pour se rendre chez son boulanger et acheter une baguette en langue des signes avec traduction par une voix synthétique (je ne parle même pas d’aller boire un dernier verre dans un bar). 
Sans être un adepte du « c’était mieux avant » et refuser toute idée de progrès on peut remarquer que la technique habituelle de la phrase écrite sur un bout de papier reste très efficace et que le mime ou le pointage conservent leur charme. Bref, les sourds n’ont pas attendu ces gants pour être autonomes et communiquer dans des situations simples de la vie de tous les jours. 

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Ces gants ne sont qu’un exemple parmi les nombreuse tentatives pour accéder à la compréhension de la langue des signes sans passer par l’effort de l’apprendre.
D’autres systèmes sont censés traduire comme celui utilisant Kinect (de Microsoft) avec une caméra de reconnaissance interactive branchée sur la console Xbox 360 et qui reconnait puis traduit les signes.
En enregistrant puis en normalisant les mouvements de la langue des signes, le système utilise un algorithme pour déterminer l’alignement du mouvement de la trajectoire 3D. Une fois que la machine a assimilé les données visuelles, elle essaye de les faire correspondre aux mots qu’elle connaît par ordre de pertinence via son dictionnaire interne. A l’inverse, le système peut aussi traduire les textes sous la forme d’avatars signeurs qui apparaissent à l’écran. Cette invention date de juillet 2013 mais depuis la parution de quelques articles, plus de nouvelle. 

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Face à ces nombreuses tentatives toujours infructueuses, il est bon cependant de rappeler qu’il existe aujourd’hui dans le monde un système de traduction qui fonctionne bien et qui s’appelle « interprète en langue des signes ». Malheureusement – en France notamment – cette profession peine à se développer, faute de budget nécessaire d’abord pour la formation de ces futurs professionnels puis pour leur assurer une rémunération décente.  

Il ne faudrait pas que ces beaux projets high-tech nous fassent oublier que le Ministère de la Justice paye péniblement 30€ brut l’heure d’interprétation dans un tribunal, que la CAF dans certaines régions refuse de faire appel à des interprètes F-LSF pour des raisons budgétaires, qu’en mairie, pour se marier et comprendre les articles du Code civil (ardus à traduire), c’est le sourd qui devra souvent payer de sa poche la prestation d’interprétation. Et ces gants n’y changeront rien.

Aussi, avant de se pâmer devant de futurs et hypothétiques progrès technologiques (qui adviendront sans doute dans quelques années ou décennies) intéressons-nous davantage (et vous aussi les journalistes) aux carences de la société française en matière d’accessibilité et n’oublions pas le présent en encourageant la communication entre sourds et entendants grâce à la présence d’interprètes diplômés et justement payés c’est à dire un peu plus que les 1300€ que touchera en moyenne un interprète F-LSF débutant après 5 années d’études. 

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© Stéphan – ( i ) LSF

Soutenez la création d’un centre relais téléphonique

Cette semaine, au Sénat, sera présenté le projet de loi « Pour une République Numérique » et son fameux article 43 (dont je vous ai déjà parlé) qui doit permettre la création d’un centre relais téléphonique généraliste.

Ce système, déjà opérant aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans, consiste à intégrer dans la communication un dispositif intermédiaire assurant la transcription ou la traduction, depuis la langue parlée vers la langue écrite ou la langue des signes, et vice-versa.
Dans le cas de la langue des signes, l’usager sourd contacte le centre relais téléphonique via une webcam. Un interprète diplômé réceptionne son appel en LSF et le traduit en français oral à la personne entendante que le sourd voulait joindre (et inversement).
Ainsi sourds et entendants peuvent facilement communiquer par téléphone via des interprètes F-LSF.

Mettre en place ce système semble une évidence. Pourtant nombreuses sont les réticences pour des raisons financières et autres intérêts privés.

L’AFILS ainsi que de nombreuses associations – FNSF, UNISDA, MDF, AFIDEO, ANPEDA, ANPSA, FNAF, Aditus – ont, par leur action, permis que l’article 43 soit modifié en prenant en compte leurs préconisations.

Il faut à présent encourager les sénateurs puis les députés à voter cet article tel qu’il est rédigé aujourd’hui.

Pour cela je vous encourage, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait,à signer la pétition que nous avons mis en ligne :

Pétition pour que les personnes sourdes ou
handicapées de la communication puissent téléphoner 

En bonus une vidéo, réalisée par l’agence Aditus et très joliment interprétée en LSF par ma collègue Alexandra, dans laquelle je vous explique succinctement pourquoi l’AFILS soutient l’article 43 et la création d’un centre relais téléphonique universel, généraliste et de qualité.

« Bientôt les interprètes en langue des signes remplaceront les centrales nucléaires »

Face au réchauffement climatique, au danger que représentent les centrales nucléaires, les interprètes en langue des signes seront-ils la solution ? C’est possible.

Rassurez-vous, aucun Docteur Frankenstein n’a prévu de nous transformer en pile électrique. Néanmoins, un nouveau système, qui est encore à l’état de prototype, est en cours d’élaboration ; il devrait prochainement permettre aux interprètes qui traduisent vers une langue des signes de produire de l’électricité.

Les premières phases de test ont déjà eu lieu et les résultats récemment dévoilés sont encourageants.
C’est ce que j’ai pu constater lors d’une conférence, à laquelle j’ai été invitée et qui fut donnée en marge de la COP 21 par le fondateur et président franco-américain de la startup K-Bio, Jonas Whale.

L’idée lui est venue tandis qu’il dansait à l’Aquarium, un nightclub à Amsterdam, aux Pays-Bas.
« Ce club est connu dans tout le pays pour avoir mis en place un sytème de récupération de l’énergie produite par les danseurs sur le dance-floor. Conçues par l’entreprise l’entreprise Sustainable Dance Club (SDC) , des dalles récoltent l’énergie cinétique produite par les danseurs ce qui permet à la boite de nuit d’alimenter l’éclairage grâce à l’énergie produite par les mouvements des danseurs », explique-t-il.

 

Mais pourquoi associer ce système à des interprètes en langue des signes ?
Simplement car la soeur de Jonas est sourde et qu’il a fréquenté de nombreuses interprètes qui traduisaient pour elle. « Je suis même sorti avec l’une d’elle, Gladys Mermaids une interprète en langue des signes américaine (ASL) durant 5 ans. Le soir, assis dans mon canapé, je la regardais traduire frénétiquement le journal télévisé ». C’est ainsi qu’il a eu le déclic.

« J’ai une formation d’ingénieur en génie électrique, dans ma tête mes neurones ne pensent qu’aux protons et aux électrons. En voyant l’énergie qu’elle déployait à bouger ses bras et ses mains dans tous les sens pour suivre le ryhtme du journaliste, j’ai pensé qu’il était idiot de gaspiller toute cette énergie produite et qu’on pourrait la transformer en électricité ».

C’est ainsi que l’idée de l’interprète produisant de l’électricité est née et qu’il a créé dans la foulée, en 2012, sa startup située à Paris, rue du Faubourg Poissonnière dans le 9ème arrondissement, K-Bio.

« Avec cette invention, mon but est que les interprètes en langue des signes soient auto-suffisants durant leur journée. Pour avoir vécu avec une interprète  je sais qu’ils sont toujours en déplacement et qu’ils n’ont pas forcement la possibilité de recharger comme ils le voudraient leur téléphone ou leur ordinateur portable. Avec mon système, ils seront totalement indépendants, ils pourront se passer des prises électriques. Aujourd’hui je travaille pour cette profession car il y a un marché de niche qui me permet de tester grandeur nature mon prototype mais demain j’espère bien le proposer à d’autres professionnels qui sollicitent leurs bras comme les caissières, les policiers réglant la circulation, les maitres-nageurs, les lanceurs de javelots, les peintres en bâtiment… ». 

Voici dispositif : au début de ses recherches, il a conçu un gant comme on peut le voir sur cette photo prise en 2013 lors d’une conférence destinée à trouver des fonds pour financer le développement de son entreprise.

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Ayant parfaitement conscience qu’aucun interprète ne pourrait traduire correctement avec cet engin autour des mains, il a axé ses recherches sur la miniaturisation des composants et autres bobines et il est arrivé à un résultat plutôt encourageant.

« Nos équipes de chercheurs et de techniciens sont parvenus à créer un gant qui épouse parfaitement les contours de la mains. Aujourd’hui il est bleu pour les besoins des démonstrations afin qu’il soit parfaitement visible comme aujourd’hui à la COP21 mais demain il nous sera aisé de le rendre soit transparent soit de couleur chair pour qu’il soit quasi-invisible. »

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Jonas Whales nous en détaille le fonctionnement : « l’énergie cinétique produite par les bras des interprètes en action est convertie en électricité grâce à un mini-transformateur que nous avons conçu au sein de K-Bio. Puis cette électricité est stockée dans une batterie spéciale fixée à l’arrière du pantalon. Il suffit ensuite à l’interprète d’insérer son téléphone à l’intérieur, et d’attendre que la LED verte s’allume, signifiant que la batterie est rechargée ».
Ou comment l’interprète F-LSF se transforme en véritable poisson électrique !

 

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D’après les calculs des ingénieurs de la startup K-Bio et comme on peut le constater sur les graphiques que l’entreprise a projetés durant la conférence, l’interprétation d’une réunion d’une douzaine de personnes pendant une heure produit de quoi recharger de +18% la batterie de son téléphone portable. Pour un entretien, il faut compter deux heures pour atteindre un pourcentage identique.

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Interrogé par une journaliste qui lui demandait quel avenir il imaginait pour cette invention, le jeune entrepreneur a conclu : « nous ne sommes qu’au début du développement de cette nouvelle utilisation de l’énergie cinétique pour produire de l’électricité. Aujourd’hui ce sont les interprètes en langue des signes qui peuvent recharger leur téléphone grâce à leur activité professionnelle. Demain c’est chacun de nous qui produira sa propre énergie et nous pourrons dire adieu aux centrales nucléaires ou à charbon qui polluent tant et qui sont tellement néfastes pour notre terre. Voilà pourquoi je dis que bientôt les interprètes en langue des signes remplaceront les centrales nucléaires ! »

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Un seul regret : cette conférence organisée en marge de la COP 21 n’était pas traduite en LSF.
C’est dommage car vu le débit et l’enthousiasme de Jonas Whales quand il parlait, l’interprète devant le traduire aurait sans doute produit assez d’électricité pour éclairer la ville de Marseille durant une semaine.

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Quel diplôme pour devenir interprète F-LSF ?

C’est la question qui revient le plus souvent dans les commentaires que je reçois : comment fait-on pour devenir interprète en langue des signes, quel diplôme faut-il obtenir pour être interprète F-LSF ?

La réponse est simple : si vous voulez exercer ce métier – qui compte environ 450 professionnels – vous devrez suivre un cursus universitaire (équivalent à un bac + 5) qui, a l’issue d’un examen réussi, vous délivrera un diplôme (Master 2) reconnu par l’AFILS.

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En effet, avoir un bon niveau en langue des signes est une condition nécessaire mais pas suffisante pour devenir interprète.
Par exemple, une personne entendante enfant de parents sourds signeurs a pour langue naturelle la LSF (on appelle ces personnes CODA pour Children of Deaf Adults). Mais sa seule filiation, son héritage linguistique ne lui permet pas de s’auto-proclamer interprète F-LSF sinon je serais moi-même interprète Français-Anglais (ma mère étant anglaise), un fils de plombier serait naturellement un as de la robinetterie, la fille d’un chirurgien émérite pourrait opérer sans avoir suivi des études de médecine et le fils du voisin qui est pilote de ligne serait embauché par Air France après avoir eu son baccalauréat (ou pas).

Comme pour chaque métier il faut faire l’effort d’apprendre la théorie (le code déontologique par exemple), la pratique (les stratégies d’interprétation) en plus de parfaire votre expression en LSF et en français (voire une 3ème langue).
De plus, de longues périodes de stages pratiques auprès d’interprètes diplômés vous permettront d’acquérir les bases de ce métier passionnant.
C’est la seule et unique voie pour embrasser cette profession, il n’y en a pas d’autres. Alors oubliez les pseudo formations d’interfaces ou de médiateurs qui ne mènent à rien, et surtout pas à un diplôme reconnu par l’Education Nationale.
Si vous êtes motivés pour devenir interprète F-LSF, tant mieux, relevez vos manches et rejoignez une des 5 formations universitaires décrites ci-dessous, consultez les sites internet de ces universités et n’hésitez pas à les contacter pour d’autres informations, nous entrons dans la période des pré-inscriptions. 

Généralement pour postuler à l’examen d’entrée, on vous demande en plus de solides compétences en français et LSF, de posséder une licence, quelque soit sa spécialité (sciences du langage, mathématiques, droit, histoire, biologie moléculaire…).

Bon courage !

carte formations

Université Paris 3 (ESIT) :
Centre Universitaire Dauphine (2ème étage)
Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 75016 PARIS
Tel : 01 44 05 42 14
Lien vers le site Internet

Université Vincennes Saint-Denis (Paris 8) : 
2 rue de la Liberté 93526 SAINT-DENIS
Bât A, salle 144
Tel : 01 49 40 64 18
Lien vers le site Internet

Université de Toulouse Le Mirail (CETIM) :
Bâtiment 31- bureau LA 16
5 allées Antonio Machado 31058 TOULOUSE Cedex 9
Tel : 05 61 50 37 63
Lien vers le site Internet

Université Charles de Gaulle (Lille 3) :
UMR STL–bâtiment B
B.P. 60149 59653 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX
Tel : 03 20 41 68 87 ou 03 20 41 69 36
Lien vers le site Internet

Université de Rouen : 
rue Lavoisier
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Lien vers le site Internet

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D’autres informations sur le site Internet de l’AFILS, l’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes
http://www.afils.fr/formations

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