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Traduire des poèmes

Environ une à deux fois par mois, par exemple à l’issue d’une conférence que nous avons interprétée en langue des signes française (LSF), des personnes du public viennent nous voir et nous posent trois questions :

- La langue des signes c’est universelle, c’est la même dans tous les pays ?
- Non c’est pour quoi nous sommes interprètes en langue des signes française et non pas allemande, anglaise ou espagnole…

- Comment vous est venu l’idée d’apprendre cette langue (pour être franc, les gens disent plutôt langage), vous avez des sourds dans votre famille ?
- Non (en ce qui me concerne), au départ j’étais simplement fasciné par la beauté et l’ingéniosité de cette langue.

- On peut vraiment tout traduire en langue des signes ?
- Oui absolument tout, du plus concret ("j’aime le gâteau au chocolat") au plus abstrait ("le néant, en tant que ce néant immédiat, égal à soi-même, est de même, inversement, la même chose que l’être. La vérité de l’être, ainsi que du néant, est par suite l’unité des deux ; cette unité est le devenir"Hegel).
Il suffit "juste" de comprendre l’énoncé (car nous traduisons du sens et non un mot = un signe).

Pour achever de les convaincre, je devrais alors ajouter qu’on peut même traduire de la poésie.
En voici deux exemples récents :

D’abord, pour le plaisir des yeux, un poème en LSF du poète sourd Levent Beskardès (Turquie – France), signé par l’auteur. La traduction française (en consécutive) est lue par Mathieu Penchinat.

Puis un poème un poème de Brigitte Baumié (France), lu par l’auteure et traduit simultanément (après sans doute un long moment de préparation et de réflexions avec l’auteure) en LSF par Marie Lamothe.

Ces deux vidéos ont été réalisées durant le festival "Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée" , grande fête de la poésie méditerranéenne contemporaine qui accueille pendant neuf jours au mois de juillet de nombreux poètes et des artistes venus de toutes les Méditerranées.

D’autres captations sont visibles en suivant ce lien : http://bit.ly/nN01O8

Art’Pi !

Une fois n’est pas coutume mais je voudrais vous faire part de mon coup de cœur pour ce nouveau magazine accessible uniquement en ligne (car au format PDF) : Art’PI.

Son objectif est de réunir l’Art et le "typique Sourd " (que l’on traduit en langue des signes par "Pi" – les initiés comprendront).

Vous y trouverez des informations riches et variées sur l’actualité des spectacles vivants, des manifestations, des événements circulant autour de la culture sourde et de la langue des signes.
Ainsi, vous pourrez lire des reportages sur des spectacles mêlant français et LSF, accessibles à tous, sourd ou entendant, grâce au travail spécifique effectué par des interprètes en langue des signes française (LSF).
C’est aussi un support qui permet aux associations, artistes et professionnels sourds ainsi qu’aux professionnels entendants créateur de projets accessibles ou mixtes, de déposer des annonces, de se faire connaître ou de faire connaître leurs œuvres.

Belle mise en page, photographies soignées,remarquables interviews de professionnels sourds ou entendants qui œuvrent dans le secteur culturel, surprenants reportages sur la mode, la télévision, l’art, informations pointues sur les nouvelles technologies, ce magazine est une source d’informations passionnantes sur la culture sourde et ses passerelles vers le monde des entendants.

Bref, vous l’aurez compris, allez vite sur le site de ce nouveau magazine et abonnez-vous, c’est gratuit : Art’Pi Abonnement.
Ou consultez le en ligne grâce à la version feuilletable.

Et voici le sommaire du N°2 pour vous mettre l’eau à la bouche :

L’International Visual Théâtre en danger

International Visual Théâtre (IVT) est un lieu emblématique pour la communauté sourde mais également pour les interprètes en langue des signes française (LSF) qui y interviennent régulièrement, un lieu où se mêlent dans la joie et la découverte sourds et entendants.

Ainsi que l’explique Léna Martinelli sur le site internet Les Trois Coups, "l’I.V.T. est un carrefour culturel, un espace d’échanges et de découvertes où est née une nouvelle approche du spectacle vivant. Première compagnie professionnelle de comédiens sourds, pionnier de l’enseignement de la L.S.F. (langue des signes française), elle œuvre, depuis 1976, à la rencontre entre les cultures sourde et entendante. Depuis plus de trente ans, des hommes et des femmes mettent leurs talents au service d’une mission : transmettre et diffuser la culture de la L.S.F. par des spectacles (ouverts à tous), des ateliers (chaque année près de 900 personnes apprennent la langue des signes à l’I.V.T.), et une maison d’édition".

Or, aujourd’hui l’existence de ce lieu de cultures est menacée et hier, Emmanuelle Laborit a organisé une réunion d’information dans les locaux du théâtre pour  dénoncer le manque d’intérêt de l’Etat pour cette institution : dès l’inauguration, elle avait rappellé à quel point les subventions étaient modestes, insuffisantes pour assurer la survie d’IVT. Ainsi, souligne-t-elle, "le seul service de l’Etat à soutenir le fonctionnement est la DRAC Ile-de-France à hauteur de 16% du budget global qui s’élève à 1,5 million d’euros".

En appui à cette revendication, Véronique Dubarry, adjointe (EELV) au maire de Paris chargée du handicap dénonce cette situation dans un billet paru sur le site de Médiapart.

Le voici :

L’International Visual Theatre (IVT), à Paris, est unique: des comédiens sourds s’y expriment en langue des signes. Or son existence de l’IVT est fragilisée par le désengagement de l’État, prévient Véronique Dubarry, membre du conseil d’administration de l’IVT, adjointe (EELV) au maire de Paris, chargée du handicap.

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Emmanuelle Laborit, grande comédienne qui a remporté, en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation dans Les Enfants du silence, auteure du Cri de la mouette, livre dans lequel elle relate son combat et sa découverte de la langue des signes, donnera lundi soir, en tant que directrice de l’International Visual Theatre (IVT), une conférence de presse pour tirer la sonnette d’alarme sur la situation de son établissement. Rien que de très banal: les établissements culturels se déclarent les uns après les autres au bord de l’agonie financière et donc tout proches de mettre la clé sous la porte.

Parce que l’IVT, unique en son genre, a un projet qui conjugue projets visuels et corporels et langue des signes française (LSF), la Ville de Paris accompagne ce théâtre depuis sa création. Il est donc possible que les collectivités, suppléant l’Etat, mettent la main à la poche pour venir en aide à ces établissements. Mais la plupart d’entre elles, elles-mêmes au bord de la faillite, ne peuvent qu’assister, désespérées, à la disparition de la culture de proximité pour tous et toutes.

La loi de 2005, jusqu’à ce qu’elle soit récemment sérieusement «rabotée» cet été, a décrété la mise en accessibilité des établissements recevant du public. Mais en ce qui concerne les lieux culturels, l’accessibilité doit aussi permettre aux personnes handicapées d’être les artistes que l’on vient voir. L’IVT fait cela et bien plus. Il permet à des actrices et à des acteurs sourds de se réaliser dans leur passion du théâtre sans pour autant s’enfermer dans une logique qui aboutirait à un théâtre pour les sourds par les sourds. Les spectacles qui y sont proposés, ouverts, mélangent allègrement les acteurs sourds et parlants, proposant des allers-retours entre les deux cultures. Parce que la LSF est une culture. L’IVT lui rend ses lettres de noblesse, langue à part entière, longtemps interdite, encore méprisée.

Des expériences de ce type, mêlant culture et handicap (même si, parfois, le terme même de «handicap» est récusé), il y en a quelques unes, rares. Pourtant, donner à voir le talent des personnes handicapées fait partie de ce que l’on appelle communément le «changement de regard». Si nous voulons que cette diversité puisse continuer à exister, à s’exprimer dans sa différence, nous avons la responsabilité de soutenir ceux qui la font vivre. Le seul effort des collectivités territoriales ne suffira pas à rendre la culture accessible à touTEs. L’engagement de l’Etat doit être une priorité.

Si demain, faute de ce soutien financier, ce type d’expérience innovante, ce genre de lieu devait au mieux survivre, au pire disparaître, c’est autant d’efforts des élus locaux mais surtout des membres d’associations, bénévoles ou salariés, qui resteront vains. Ce sera la mort de la culture pour touTEs qui permet à chacunEs d’enrichir de sa différence une société sans barrière, sans préjugé.

Véronique Dubarry
http://www.mediapart.fr/

Et pour connaître le programme de la saison 2011/2012, cliquez sur l’image ci-dessous:

Héritages

La langue des signes a été interdite en France durant cent ans et elle n’est reconnue officiellement que depuis 2005.

C’est cette histoire des sourds en France qui est au coeur d’Héritages, une pièce en deux actes qui se joue à l’IVT – International Visual Théâtre.
La mise en scène est signée Emmanuelle Laborit, figure emblématique de la communauté sourde qui a obtenu un Molière pour son interprétation des Enfants du Silence et qui a rédigé un livre retraçant son enfance, Le Cri de la Mouette.

Héritages donc… celui légué par les parents de Julien, sourd profond de naissance. Il revient vingt cinq après dans sa maison familiale. Il retrouve ses frères et soeurs, son passé aussi. Seul sourd dans sa famille, il a vécu une enfance désastreuse soumise à l’autorité obtuse d’un père obsédé par les thèses oralistes d’Edward Graham Bell, inventeur du téléphone et ennemi déclaré de la langue des signes.

Et voilà comment la petite histoire rejoint la grande grâce à cette pièce émouvante qui mêle deux langues, deux cultures et qui plaide pour plus de tolérance.

Sur scène, trois comédiens sourds, Simon Attia, Noémie Churlet, Thomas Leveque et trois entendants, Marc Berman, Serpentine Teyssier et Anne-Marie Bisaro (interprète de grand talent qui explique la présence de ce billet culturel sur ce blog) se donnent la réplique, par mots et par signes.

Ci dessous, Emmnuelle Laborit nous parle de son parcours, de la langue des signes, de la place des sourds dans la société française et de cette nouvelle pièce de théâtre écrite par Bertrand Leclair. Elle est traduite par Corinne Gache.

Pour lire une critique enthousiaste sur la pièce de théâtre cliquez ici.