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L’interprète, passeur de signes

La langue des signes est soumise aux mêmes problèmes de création lexicale que toute autre langue, et ces problèmes se résolvent d’une manière identique : soit par emprunt à des langues des signes étrangères ou bien à la langue dominante, en l’occurrence le français par l’intermédiaire de la dactylologie, soit par création intrinsèque d’un néologisme ou néosimisme (comme nous l’avons déjà vu avec l’exemple du signe pour [schizophrénie] ).
Comme nous le soulignions, c’est seulement quand les sourds ont acquis un nouveau concept qu’alors ils créent le signe permettant de l’exprimer. En revanche si on crée artificiellement le signifiant (le signe gestuel) en premier, en "forçant la main" des sourds, ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes qui, lui, respectera le génie de la LSF.

Ce préambule pour rappeler que les interprètes en langue des signes ne sont pas (ou très rarement) des linguistes malgré leur excellente connaissance de la LSF ni, a fortiori, des membres de la communauté sourde même s’ils y ont des attaches plus ou moins fortes. Il n’est donc pas dans notre rôle d’imaginer, d’inventer des signes. Au contraire, nous devons faire attention à ne pas malmener cette langue, à la respecter et simplement à patienter. Car l’interdiction de la LSF en 1880 suite au Congrès de Milan pour une centaine d’années a eu comme conséquence (entre autres) une carence lexicale dans certains domaines où la LSF commence seulement à avoir accès.
Ainsi, je participais récemment à la Mairie de Paris à une commission sur l’accessibilité de la culture et nous avons dû rappeler qu’hélas la LSF aujourd’hui était encore très pauvre en vocabulaire sur les techniques picturales, les noms des périodes ou des mouvements artistiques…

C’est surtout un problème pour les interprètes qui, en attendant que les sourds créent de nouveaux signes, doivent faire des prouesses de paraphrases et de périphrases.
Par exemple il n’existe pas (à ma connaissance) un signe unique signifiant [euthanasie]. Nous devons donc passer par un "périsigne" comme "interrompre le traitement médical jusqu’à ce que mort s’en suive".
Interpréter correctement demande alors comme compétence supplémentaire de savoir jongler dans sa tête avec les définitions des termes pour qu’à tout moment si le signe relié à un concept n’existe pas on puisse le remplacer par la définition du terme en lien avec le contexte. C’est aussi pour cette raison qu’il faut faire confiance aux véritables professionnels (les interprètes/traducteurs diplômés) habitués à cette gymnastique plutôt qu’à des amateurs qui chercheront systématiquement à plaquer un signe (voire un code comme la première lettre du mot en français) sur un mot ; car la tentation est grande pour les pédagogues entendants qui enseignent directement en LSF, les interfaces ou les médiateurs (ou pire, toutes les personnes qui s’improvisent interprètes) d’inventer des signes. C’est tellement rassurant d’avoir toujours un signe en correspondance avec un mot !

Il faut ici préciser que cette carence lexicale est plus un problème pour l’interprète que pour les sourds eux-mêmes. En effet, les sourds ne sont pas avares de périphrases. De plus les langues des signes possèdent un caractère particulier que n’ont pas les langues vocales : la grande iconicité. Ce phénomène décrit par Christian Cuxac permet de faire passer de très nombreux concepts sans avoir recours au lexique standard (ou normé).

Pour revenir sur le processus de création, je vous propose de prendre l’exemple du signe [psychiatre] dont la genèse nous est racontée par Francis Jeggli dans un article qu’il a rédigé pour la revue Persée : "L’interprétation Français/LSF à l’Université (2003)" :

"Ce processus s’est répété pour d’autres concepts des centaines de fois depuis ces vingt dernières années. Voici un autre exemple de l’évolution d’un signe : il y a près de vingt ans il existait un signe qui pouvait se traduire littéralement par "celui qui voit à travers" pour signifier "psychiatre".

Ce signifiant désignait autant un psychiatre qu’un psychologue ou un psychanalyste. Plus les sourds ont eu accès aux études supérieures (éducateurs spécialisés, aides médicaux psychologique…), plus la stratification conceptuelle s’est affinée. Ainsi est d’abord apparu le signe [psychologue], fait avec les deux mains qui se superposent pour former grosso modo la lettre grecque : "psi".

Puis est apparu le signe [psychiatre] (correspondant cette fois exactement au français "psychiatre") : la main dominante rappelant le "P" de la dactylologie, se posait sur la tempe. Le choix de ce signe peut s’expliquer ainsi : l’emplacement de la tempe réfère à la zone de la psyché (par exemple, les signes [fou], [délirant], [rêve], [illusion], [hallucination], etc., se réalisent tous au niveau de la tempe) ; quant au "P", il provient de l’influence du français. C’est ce que l’on nomme l’initialisation d’un signe : la forme de la main correspond en dactylologie à la première lettre du mot en français.
Enfin, ce signe évolua encore pour se libérer de son influence française et devenir ce qu’il est aujourd’hui [psychiatre], avec la main en forme de "bec de canard", qui dérive de la configuration manuelle du verbe [soigner]. C’est donc là aussi un synthème dont la traduction littérale pourrait être : "… qui soigne la psyché".

Par ces créations linguistiques, on comprend qu’il existe  un danger d’émiettement dialectal du jargon universitaire. En effet certains néologismes ont bien suivi toutes les étapes décrites plus haut mais ne valent que dans une région, alors que d’autres signifiants nouveaux correspondant à une même référence voient aussi le jour à quelques centaines de kilomètres de distance, chaque communauté sourde locale créant ses propres signes."

C’est là que les interprètes vers la langue des signes française endossent (malgré eux pour certains) un rôle linguistique : en travaillant sur des zones géographiques étendues, en traduisant les journaux télévisés ou sur internet les dépêches de l’AFP comme le fait Websourd, en intervenant via la visio-interprétation, ils participent pleinement à la diffusion des nouveaux signes  les faisant parcourir des centaines de kilomètres en quelques secondes ou quelques minutes grâce aux nouvelles technologies.
Cette fonction (cachée) de passeur de signes est donc fondamentale : en recensant les signes existants pour exprimer telle ou telle idée ou concept pour ne conserver que le ou les plus courants ou à leur yeux les plus signifiants, ils préservent l’unité nationale de la LSF et permettent au communautés sourdes isolées de s’approprier les nouveaux signes créés par d’autres sourds.

À chacun son signe

Récemment, alors que je devais interpréter en langue des signes française le journal de 20h sur LCI, je demandais via Twitter si quelqu’un connaissait le signe pour David Beckham.
En effet, pour l’interprète, l’irruption de noms de famille dans les discours qu’il traduit vers la LSF est souvent synonyme de décrochage, de perte de temps, de dépense inutile d’énergie.

Aussi, pour affronter cet obstacle nous utilisons différentes stratégies.

La première, la plus évidente et la plus fatigante, qui s’apparente à du transcodage, est simplement de dactylologier (ou épeler) le nom. Mais c’est long, fastidieux et la réception (compréhension) est souvent difficile surtout quand l’interprète est en tout petit au bas de l’écran de télévision ou bien si durant une conférence, la personne sourde est assise en haut de l’amphithéâtre.
Par exemple si pendant un journal télévisé je dois épeler Manuel Valls tout va bien (5 lettres) en revanche s’il s’agit de Pierre Moscovici ou pire de Najat Vallaud-Belkacem l’exercice se corse et mes doigts risquent rapidement de s’emmêler. Sans parler des célébrités étrangères qui ont toutes les chances de voir l’orthographe de leur nom écorché.

Seconde possibilité, remplacer le nom par le titre ou la fonction de la personne. On peut alors aisément mettre [Ministre des finances] à la place de Pierre Moscovici ou [Ministre des droits de la femme] pour Najat Vallaud-Belkacem.
L’interprète traduisant du sens, ce dernier est respecté puisque ces personnes sont mentionnées pour leur action (ou inaction) en tant que ministre, président de la République, maire…

Malheureusement si je choisis l’option 2 pour traduire David Beckham cela donne "joueur de football britannique" et c’est un peu vague. Mais si j’ajoute "récemment embauché au PSG pour une durée de 5 mois avec le maillot numéro 32"  je "sur-traduis" et c’est beaucoup trop long.

Heureusement il existe une troisième possibilité ce qu’ Yves Delaporte dans son ouvrage "Les Sourds c’est comme ça", appelle les "noms-signés".
Ainsi, il suffit qu’une personne (entendante) fréquente régulièrement la communauté sourde ou bien que la communauté sourde parle fréquemment d’une personnalité (homme/femme politique, artiste, sportif, intellectuel, personnage historique…), pour qu’elle se voit attribuer par cette communauté un "nom-signé".
Bien sur, chaque sourd a, en plus de son nom/prénom d’état-civil, son propre "nom-signé".

Ces "noms-signés" se construisent de bien des manières.

Le premier ensemble de "noms-signés" est à la fois le plus vaste et le plus hétéroclite : ils font référence à une caractéristique de l’individu nommé.
C’est d’abord l’aspect physique (incluant la coiffure, le vêtement et ses accessoires)  : [yeux en amande], [coupe de cheveux en brosse], [cicatrice sur le front], [pendentif dans le cou], [avant-bras poilu], [longues boucles d'oreille], [grosse joue], [baraqué] …
Exemple : pour désigner Nicolas Sarkozy on signera [sourcil en pointe].

On rencontre aussi quelques métaphores comme [girafe] pour une femme de haute taille, [nounours] pour un garçon rondouillard.

Viennent ensuite les "noms-signés" ayant un rapport avec une habitude, avec le caractère  : [sans cesse remue ses pieds], [timide], [roule en moto], [rêveur], [caresse ses cheveux], [rigole tout le temps]…
Logiquement pour Napoléon, on glissera sa main sur le ventre.
Ce peut être aussi une qualité comme le "nom-signe" de Zidane illustrant sa capacité à être partout sur le terrain de football.

On peut aussi trouver des "noms-signés" se référant à un événement, une anecdote, le meilleur exemple étant Jésus-Christ qu’on désigne par les trous dans ses paumes de main suite à sa crucifixion.

Jésus-ChristCliquez sur l’image pour voir la vidéo du signe Jésus-Christ en LSF

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Enfin certains "noms-signés" rappellent l’origine géographique de la personne [asiatique] ou sa profession [artiste peintre].

De part leur acuité visuelle les sourds repèrent immédiatement le trait saillant d’un visage, le détail qui introduit une disharmonie, l’originalité d’un comportement. Ainsi on peut remarquer que les noms attribués aux personnages publics mettent souvent l’accent sur un trait que l’on retrouve dans les dessins satiriques de nos quotidiens comme ceux de Plantu dans le journal Le Monde. Par exemple [nez pointu] pour Jacques Chirac, [poches sous les yeux] pour Michel Rocard et [goitre proéminent] pour Edouard Balladur.

plantu

Cependant, ces noms, s’ils fonctionnent objectivement sur le mode de la caricature, ne traduisent en général aucune intention satirique et n’ont pas de connotation péjorative. Il ne sont pas là pour se moquer, rabaisser critiquer ou blesser.

C’est en particulier le cas de ceux qui peuvent surprendre par leur extrême franchise, voire leur crudité comme [gros nez], [yeux de travers] [dent du bonheur]…  Ils constatent simplement ce qui est, et permettent un repérage commode. Alors cessez de croire que Gérard Depardieu s’est enfui en Belgique vexé d’apprendre qu’en LSF il était désigné par [nez long et bosselé] !

Néanmoins reconnaissons que parfois l’attribution d’un «  nom-signé  » peut être malicieuse. Deux exemples : François Mitterrand est désigné par le signe vampire en référence à ses incisives qu’il a fait limer à la fin des années 80 et idem pour Ségolène Royal dont le premier "nom-signé" [royal] a été remplacé par [dents de devant rabotées] suite à ses opérations de chirurgie esthétique avant l’élection présidentielle de 2007.

Capture d’écran 2013-02-17 à 19.09.33cliquez sur l’image pour voir la vidéo du signe en LSF de Ségolène Royal

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La seconde catégorie de "noms-signés" regroupe ceux qui ne sont rien d’autre que la traduction en LSF d’un patronyme ou d’un prénom français, lorsqu’ils se trouvent avoir une signification. Mme Leblanc pourra être désignée par le signe [blanc], Claire par le signe [claire]

C’est ainsi qu’en jouant sur l’homophonie que le signe pour Jack Lang est [langue], pour Bernard Tapie [tapis] et pour Alain Juppé [jupe].

Je vous laisse imaginer quel pourrait être le «  nom-signé  » de Néron  !

Enfin il arrive que pour une même personne plusieurs signes entrent en concurrence. C’est le cas par exemple pour François Hollande désigné soit par le signe du pays [Hollande] soit par les grains de beauté sur sa joue :

Il suffit de le savoir pour ne pas être surpris et commettre un contre-sens en traduisant par erreur que Valérie Trierweiler est amoureuse de la Hollande et non du président de la République !

Pour le jeune sourd le premier lieu où il peut recevoir un "nom-signé" est sa famille ou s’il nait dans une famille d’entendants l’école (ou l’internat).

Pour les entendants c’est beaucoup plus aléatoire. Le professeur de cours de LSF, le collègue sourd avec qui on travaille, son voisin de palier, le copain de son fils…
Le processus d’attribution n’est pas formalisé. A un moment, un ou plusieurs sourds vont remarquer que tel signe correspond bien à la personne et si ce choix est pertinent il se diffusera rapidement sur l’ensemble du territoire notamment grâce aux interprètes ou au site internet Websourd et les traductions en LSF des dépêches de l’AFP qu’il propose chaque jour.

Ainsi ce peut être dans les banales interactions de la vie quotidienne qu’un «  nom-signé  » trouve son origine. Lorsque dans une conversation on évoque une personne qui ne possède pas encore de «  nom-signé  » on décrit en LSF les différents éléments de son aspect physique, à quoi peuvent éventuellement venir s’ajouter d’autres éléments d’information : maigre + petit + raie des cheveux sur le coté droit + mal rasé + toujours avec une écharpe rouge + comédien. Cette succession de signes constitue une source potentielle de «  noms-signés  ».  Par la suite, la série se réduira à un ou deux éléments, variant selon les interlocuteurs, jusqu’à ce qu’un consensus finisse par s’établir sur un élément unique, qui sera désormais la manière normale, stéréotypée, de désigner cette personne. Evidemment de nombreuses personnes ont le même signe tout comme il existe de nombreux Stéphane, Béatrice, Françoise, Alexandre, Frédéric ou Martine.

Pour les personnages historiques c’est avant tout un aspect physique provenant d’un tableau, d’une sculpture d’une photo qui sera la source d’inspiration  : Molière et sa longue perruque, César et sa couronne de lauriers, Léonard de Vinci et sa barbe fournie…

Leonard-de-Vinci-AutoportraitMoliere2

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Evidemment, jamais on ne s’attribut à soi-même un «  nom-signé  ». Seuls les autres (sourds) sont habilités à cela.

Souvent au cours de la vie le nom perdra toute signification apparente, le petit garçon chétif étant devenu un joueur de rugby imposant, le chignon de la jeune fille blonde s’étant transformé en nattes…
Néanmoins il reste généralement immuable et on garde ce "nom-signé" pour la vie. Le mien par exemple est l’index et le majeur glissant sur mon sourcil signifiant par là que j’ai des sourcils épais.
Et si d’aventure il me prenait l’envie de les épiler cela ne modifierait en rien mon "nom-signé" !!!

Bien sûr personne ne connait tout les «  noms-signés  » mais le processus d’apprentissage est le même que pour les langues vocales. Si on vous parle une première fois de la comtesse Noémie du Fermoir de Monsac vous allez froncer les sourcils et vous enquérir pour savoir qui est cette personne. Alors après une courte description vous pourrez lier le nom au visage de la personne. Il en va de même pour les langues des signes. Si un sourd vous signe en parlant d’une personne [chapeau pointu] vous l’interromprez une première fois en lui demandant de qui il s’agit et ainsi les fois suivantes vous saurez placer le signe sur le bon visage.

Néanmoins, on attend des interprètes F/LSF qu’ils connaissent les signes des personnes célèbres (notamment celles issues de la communauté sourde) et surtout, si je dois traduire un meeting politique je me renseigne avant sur les noms que l’orateur risque de citer (idem pour un cours à Science Po sur l’histoire de la 5ème République).

Une dernière chose :  je ne sais toujours pas quel est le "nom-signé" de David Beckham alors si l’un ou l’une d’entre vous le connait, merci de me le décrire dans les commentaires.

david beckham.

Mise à jour du 18/02/2013

D’après Didier Gillon le signe en LSF de David Beckham est le suivant : "pour beckham, les 2 mains proformes des jambes, retourné accrobatique, la jambe qui frappe devient un "B".
Si cela reste flou, voici son schéma :

Beckham en lsf

 

 

Une vidéo du "nom-signé" de David Beckham proposé par sourds.net :

 

Sourds et entendants : un handicap partagé

bpiJeudi 27 Novembre, la BPI (Centre Pompidou) organisait une journée d’études sur le thème : "accueillir les publics sourds en bibliothèque".
J’ai été invité à intervenir en fin de matinée sur le thème "sourds et entendants : un handicap partagé" (d’où l’existence d’interprètes en langue des signes aurais-je pu ajouter à ce titre).
Je vous en propose un résumé ci-après :

Il y a quelques semaines tandis que je m’interrogeais sur le contenu de mon intervention, j’ai été amené à traduire le jugement écrit d’un tribunal pour enfants pour un couple de personnes sourdes. Le verdict leur était favorable pourtant ces derniers le rejetaient car la juge avait mentionné qu’ils étaient handicapés (sourds) donc qu’ils pouvaient avoir des problèmes de communication avec leurs enfants, tous entendants. Pour eux, il n’y avait pas de handicap, ils ne comprenaient pas l’utilisation de ce terme car leur seule différence était de communiquer en langue des signes. Cette anecdote m’a rappelé qu’effectivement les regards que nous portons sur la surdité sont multiples et qu’ils influent la conception, le rapport que nous entretenons avec ce handicap.
C’est pourquoi, si nous voulons affirmer que la surdité est un handicap partagé, nous devons d’abord nous interroger sur le regard que nous portons sur elle.

1/ La surdité est une déficience auditive :

La surdité uniquement envisagée comme une déficience auditive va se focaliser sur "l’oreille à réparer". Voici comment se déroule la vie d’un sourd sous ce regard.
Pour les parents entendants cette naissance d’un enfant sourd est un terrible malheur, dont la personne sourde gardera toujours la marque.
Pour les médecins qui l’ont examiné, l’enfant sourd est un malade dont la déficience peut être mesurée et étiquetée voire réparée via un appareillage sophistiqué.
Pour les orthophonistes, il est une parole à rééduquer.
Pour les enseignants, il est un enfant en échec.
Plus tard pour différentes commissions administratives, ce sera un handicapé auquel on attribuera un barème et des allocations compensatrices.

Ces propos se retrouvent dans le discours médical. Ainsi le professeur Chouard, médecin ORL pratiquant l’implantation cochléaire, est un des représentants de cette idéologie. Nous pouvons lire sur son site internet : « La surdité ne doit plus exister […]. On a tout aujourd’hui, pour la prévenir, la pallier, la traiter et souvent la guérir ».
Il fut aussi un défenseur du dépistage précoce de la surdité (au coté de la députée Edwige Antier) tant décrié par la Fédération des Sourds de France.

Avec cette idéologie, on se focalise sur ce qui ne fonctionne pas, c’est-à-dire l’oreille et l’implant sera la solution proposée.
Les tenants de la perspective médicale soutiennent que pour avoir une vie «normale», une personne doit entendre et être en mesure de communiquer par écrit et verbalement afin de pouvoir s’insérer dans le collectif social.
Dans cette optique, le sens de l’ouïe, la parole et l’écrit sont des éléments fondamentaux de toute interaction sociale. Il faut donc réparer l’oreille et amener la personne sourde à oraliser, condition sine qua non de sa bonne intégration au sein de notre société.

On ne peut alors évoquer un handicap partagé. En effet, la personne sourde est niée, seule "l’Oreille" est prise en compte. Il n’y a aucune interaction entre sourd et entendant puisque pour exister le sourd doit d’abord être réparé donc ne plus être sourd.

Yves Delaporte ethnologue et auteur de l’ouvrage "Les Sourds c’est comme ça" remarque : « depuis que l’occident s’est ouvert à l’altérité culturelle, il n’y a pas d’exemple d’une telle incompréhension. Il n’y en a pas non plus où l’on ait cherché avec autant de persévérance, d’argent, d’institutions, de textes administratifs, d’injonctions ministérielles à transformer un groupe humain de ce qu’il pense être ».

2/ La surdité est une différence :

Avec cette deuxième perspective, la surdité est perçue comme une caractéristique d’un membre appartenant à une minorité culturelle et linguistique.
Selon cette ligne de pensée, mise en avant par la communauté sourde, la surdité n’est plus un handicap, mais une différence qui peut amener l’individu à faire partie d’une culture ou communauté distincte, bien que minoritaire.

Pour les entendants, la norme s’est d’entendre. Les sourds sont donc définis par un écart à cette norme, plus précisément par un degré d’écart à cette norme. A l’inverse pour les sourds il n’y a pas une norme mais deux.

Cette différence donne naissance à une langue : la langue des signes mais également à une communauté sourde, une culture sourde distincte, ayant en commun leur propre langue, leurs propres valeurs, règles de comportement, traditions, leur propre identité et leur propre humour.
La langue des signes est l’élément fondamental de cette culture sourde. Elle en est un élément constitutif irréductible car elle matérialise dès sa naissance la relation, le moyen de communication d’une personne sourde avec l’autre, avec le monde.

Si nous prenons l’exemple de tracts distribués par l’association « Les Sourds en Colère » (1993), réagissant à la pratique de l’implant cochléaire, nous pouvons lire des propos tels que : « Contre la purification ethnique, stop à la vivisection humaine. Soyons d’une autre race de la population humaine, d’un autre peuple avec notre histoire, notre culture et notre langage ».
On voit, ici, que tout un lexique autour de la notion de communauté, voir même de peuple sourd, se développe.

Yves Delaporte partisant de cette idéologie considère que les sourds forment une ethnie à part dans la mesure où, pour lui, être sourd n’est pas subir un handicap, mais c’est tout simplement appartenir à une autre culture, dans laquelle les signes se substituent à la parole vocale.

Alors que la surdimutité est communément regardée comme la plus terrible des infirmités, les sourds se considèrent comme normaux. C’est que sourds et entendants n’ont pas les mêmes critères pour juger de la normalité. Les entendants définissent les sourds par rapport à un manque d’audition. C’est une définition physiologique.
Les sourds se placent d’un tout autre point de vue : ils partagent le monde en deux catégories en fonction du mode de communication. C’est une définition culturelle. Il y a les gens qui communiquent avec leurs lèvres, et il y a les gens qui communiquent avec leurs mains : autrement dit, les entendants et les sourds.
Deux manières d’être et de faire qui ont la même dignité et les mêmes potentialités.

Ce refus de se considérer comme handicapé se retrouve dans d’autres communautés sourdes comme aux Etats-Unis. Ainsi, au gouvernement fédéral qui lui proposait une exonération fiscale identique à celle offerte aux aveugles la NAD (National Association of the Deaf) a répondu : « Nous ne sommes pas des handicapés nous sommes une minorité linguistique. Ce n’est pas de notre surdité dont nous souffrons mais de la façon dont vous nous traitez en raison de notre surdité. Nous ne sommes pas des malades, cessez de vouloir nous guérir, cessez de vouloir nous changer, acceptez-nous tels que nous sommes ».

Avec ses deux regards opposés sur la surdité la relation entre les sourds et les entendants ne peut pas se placer sous le signe de la sérénité. D’un coté la surdité est uniquement envisagée sur un plan mécanique (en faisant abstraction de la personne, de sa culture) de l’autre elle est niée, rejetée créant ainsi ainsi un groupe peu désireux de se mêler "aux entendants dominants la société". A travers ces deux idéologies, le terme de confrontation serait sans doute plus approprié pour décrire la tension, qui préside aux rapports entre sourds et entendants.

Reste une troisième vision, moins normative, qui promeut le respect et l’égalité entre ces deux communautés.

3/ La surdité, un handicap de communication :

La surdité prive les sourds d’un sens, ce qui nous fait dire que la surdité est un handicap sensoriel.
Cependant, on peut se demander si le plus handicapant est la perte auditive en soi ou les difficultés de communication qu’elle entraîne. Si on considère la deuxième hypothèse, on peut alors parler d’handicap de communication. La communication étant un échange on peut alors penser qu’il s’agit d’un handicap partagé.

Le premier à avoir introduit cette notion est Bernard Mottez en parlant d’expérience partagée (2005). Il souligne que le handicap de la surdité s’organise en fait selon un rapport : « il faut être au moins deux pour qu’on puisse commencer à parler de surdité. La surdité est un rapport, c’est une expérience nécessairement partagée ».

Un entendant s’adressant à un sourd (signeur) va se retrouver en situation de handicap car ce dernier ne le comprend pas.
À l’inverse le sourd qui s’exprime avec aisance dans une langue gestuelle se trouve dans une position de retourner à l’envoyeur le handicap de la surdimutité puisqu’il met l’autre, l’entendant, en position de sourd-muet incapable de se faire comprendre que ce soit par une expression vocale que le sourd ne peut entendre ou par une expression gestuelle qu’il ne connaît pas.

Guy Bouchauveau, ancien médiateur sourd à la Cité de Sciences et de l’Industrie exprime ainsi ce glissement du handicap du sourd vers l’entendant : « maintenant quand je m’adresse à des entendants je préfère les gestes. Parler est inutile. Quand j’étais jeune, j’étais gêné d’avoir à parler. Puis j’ai compris qu’il fallait faire l’inverse et maintenant ce sont les entendants qui sont gênés ».

Si on adhère à cette vision sur la surdité alors on comprend que la symétrie du handicap partagé peut être levée, une communication peut s’établir entre les deux communautés sans que l’une domine l’autre grâce à la présence d’interprètes en langue des signes.

4/ L’interprète en langue des signes

Ce groupe de professionnels constitue un pont entre deux communautés. L’une qui souvent ne se considère pas comme handicapée ou dont le handicap est jugé invisible. Et qui se revendique alors plus comme une communauté linguistique qui, à ce titre, a besoin d’outils techniques pour se faire comprendre. Et l’autre qui manque de la maîtrise de ces outils.

L’interprète est un professionnel des langues. Il permet à deux communautés linguistiques de pouvoir communiquer chacune dans sa propre langue tout en respectant les codes de sa propre culture. Il est biculturel car en plus d’une culture générale développée, il connaît les spécificités culturelles en lien avec ses langues de travail afin d’assurer une prestation de qualité.

Il faut ici souligner le caractère très problématique du cumul des tâches endossés par les interfaces de communication. Il n’est en effet pas possible d’interpréter de manière neutre et fidèle (ainsi que l’exige le code déontologique des interprètes en langue des signes) et d’apporter en même temps une aide qui consiste à sélectionner les informations les plus importantes, à reformuler ou expliquer ce qui est dit par les uns et les autres et à donner des conseils. Ce sont deux approches non compatibles en simultanée.
De même il est difficile de respecter la prise de parole des usagers sourds si un intervenant est successivement celui qui traduit tant bien que mal, qui apporte des informations contextuelles ou culturelles et qui analyse les besoins en accompagnement.
Le cumul de ces fonctions dans le temps place l’interface de communication comme étant l’interlocuteur principal, avant la personne sourde elle-même. Bref l’interface ne considère pas qu’il y a "égalité" entre les deux communautés. Il est toujours dans l’optique qu’il faut aider le sourd, que le sourd ne peut pas s’en sortir seul, que son problème n’est pas seulement son mode de communication mais qu’il n’a pas les compétences suffisantes pour comprendre seul.

A l’inverse, l’interprète en langue des signes traduit les échanges des interlocuteurs entre la langue française et la langue des signes. Mais en aucun cas il ne remplace la personne sourde ou la personne entendante, le messager ne devant jamais éclipser le message. Il met les deux communautés sur un même pied d’égalité car il a compris que ce handicap de communication était également partagé.
De plus il respecte un code éthique, cadre indispensable permettant de distinguer l’interprète des autres professionnels comme l’interface de communication, le preneur de notes, le répétiteur ou le médiateur social.

De fait, ce code est une réponse à Arlette Morel et à son discours prononcé à Albi en 1987 qui reprochait aux interprètes, leur manque de déontologie dans l’exercice de leur métier : elle évoquait la nécessité de mettre en place une formation et une déontologie adéquate.
Selon elle, « ces interprètes estimant avoir une solide expérience de l’interprétation sur le plan pratique… n’éprouvent pas le besoin d’aborder l’interprétation comme un vrai métier c’est-à-dire avec une vraie formation….une formation théorique avec une approche déontologique de la fonction, aussi nécessaire que la maîtrise de la LSF. Dommage car ils auraient ainsi appris à être neutres, à ne pas penser à la place du sourd, en résumé à ne pas être plus sourd que sourd ».

Les sourds, parce ils n’entendant pas et n’ont, de ce fait, pas de retour auditif, ni du message original de leur interlocuteur entendant, ni du message interprété, constituent la seule communauté linguistique au monde à ne pouvoir juger de la qualité effective d’une interprétation simultanée.
On comprend alors que les questions d’éthiques professionnelles des interprètes en langue des signes sont au moins aussi importantes lors de la formation, que dans la mise en oeuvre de techniques d’interprétation. Et qu’elles sont indispensables pour garantir à chacune des communautés un traitement équitable face à ce handicap partagé qu’est la surdité.

Handichat, du 12 au 16 novembre 2012

Créée en 1997, la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées mobilise recruteurs, candidats handicapés, journalistes et, plus largement, toutes les personnes concernées par le handicap et les problèmes d’accessibilités à l’emploi.

Les interprètes en langue des signes française sont bien sur largement concernés par ces problématiques autour de l’emploi et du handicap car régulièrement nous traduisons des entretiens d’embauche, des bilans de compétences, des entretiens annuels d’évaluation, des entretiens de licenciement…

Cette Semaine (du 12 au 16 novembre) se décline en différentes actions nationales et régionales, coordonnées par l’Agefiph autour d’un enjeu de société qui, en France, concerne plus de 1,8 million de personnes : l’insertion professionnelle et le maintien en emploi des personnes handicapées dans les secteurs publics et privés. Défi d’autant plus difficile à réaliser en cette période où les mots crise, chômage, récession, austérité reviennent tels des refrains lancinants dans les informations écrites ou télévisées.

Parmi les nombreux événements,  l’Agefiph et Interneto proposent la 5e édition de l’opération HandiChat, événement exceptionnel en direct sur internet.

C’est une véritable Web TV consacrée à l’emploi et au handicap qui émettra entre 9h et 20h durant 5 jours. Se succéderont des rencontres en direct avec les DRH ou responsables de la mission handicap de cinquante sociétés (grande distribution, industrie, transports…). Tout au long de la semaine, le site réceptionne les CV des candidats et les transmet aux entreprises visées. Vous pourrez également intervenir via des chats vidéo qui vous permettront de dialoguer avec des entreprises qui recrutent, d’obtenir des conseils sur l’insertion, la formation, l’évolution, la création d’entreprises, des portraits de personnes handicapées, des reportages etc.

Le site HandiChat.fr est accessible à toutes les personnes quel que soit leur handicap.
Un effort particulier a été fait pour le public sourd et malentendant. Ainsi, une fenêtre vidéo permet de suivre les débats interprétés en langue des signes française grâce à la société SIBILS, agence d’interprètes français/LSF (qui est l’un de mes employeurs).
La transcription en temps réel est assurée par la société Système Risp.
Enfin l’ensemble des reportages, interviews et des portraits réalisés pour l’opération HandiChat sont diffusés avec des sous-titres, afin de faciliter la compréhension des personnes malentendantes.

C’est donc une occasion unique de voir et de comprendre ce que serait une télévision accessible à 100 % pour les sourds et malentendants, quel que soit leur mode de communication. C’est aussi la possibilité d’admirer de regarder chaque jour une équipe de 4 interprètes en LSF se relayant toutes les 15 minutes durant 11 heures.

Notons enfin que les vidéos des chats (interprétés en langue des signes française) sont consultables sur le site d’Handichat durant un an après leur diffusion.

Il était une fois une langue des signes…

Contrairement à ce que pourrait laisser croire ce titre, ni prince ni princesse ne surgiront au détour d’un paragraphe. Il s’agit d’une histoire vraie que j’ai découverte dans l’ouvrage de Nicholas Evans "Ces Mots qui Meurent".
De plus, contrairement aux contes pour enfants, cette histoire finira mal car à la fin, cette langue des signes meurt.
Autre originalité, nous ne verrons passer que fugitivement et à la fin du texte des interprètes en langue des signes car ils sont (pour une fois!) inutiles.
Mais l’histoire est belle et il aurait été dommage qu’elle demeure oubliée. A travers elle, il s’agit de ressusciter pour quelques instants la langue des signes ottomane qui était partagée par le Sultan, le Grand Vizir, la Cour et ses serviteurs (d’où l’absence d’interprète) de façon qu’aucun secret ne fut éventé.

Istanbul, XVIe siècle : à la cour du Grand Sultan Ottoman

A cette époque, le Sultan voulait des serviteurs dans l’incapacité d’écouter ce que lui-même disait et qui seraient également incapable de révéler les propos échangés, même sous la torture.
Ainsi, en 1554, l’aristocrate flamand Ogier Ghislain de Busbecq visitant la Sublime Porte, rapporte que "les sourds-muets étaient très prisés comme serviteurs auprès des dignitaires turcs. Le vocable turc, dilsiz, "sans langue", était amplement utilisé pour désigner cette catégorie de domestiques, en faveur auprès de la cour ottomane pour de nombreuses raisons. Étant donné qu’ils étaient sourds et muets, même s’ils avaient été témoins d’échanges politiques confidentiels, il n’y avait guère de risque que des ennemis puissent les soudoyer ou les torturer pour qu’ils révèlent des secrets qu’ils n’avaient pas entendus et ne pouvaient conter."

C’est pourquoi la Cour recrutait activement ces serviteurs sourds et comme un nombre important de malentendants se trouvaient ainsi regroupés au même endroit, ils finirent par développer une langue des signes originale.

Rålamb Costume Book (1657)
"Mutus"

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Le Sultan les embauchait également pour exécuter ses basses œuvres. Dans leur Encyclopédie, Diderot et d’Alembert définissent ainsi les Dilsiz :
"Dilsiz : noms des muets mutilés qui accompagnent ordinairement le grand seigneur quand il va dans les divers appartements du vieux et du nouveau sérail. Ils sont en particuliers les gellaks, c’est-à-dire les bourreaux qu’il emploie toutes les fois qu’il veut faire périr quelqu’un en secret, comme des frères, ou d’autres parents, des sultanes, des maîtresses, des grands officiers. Alors les dilsiz ont l’honneur d’être les exécuteurs privilégiés de sa politique, de sa vengeance, de sa colère, ou de sa jalousie. Ils préludent à quelque distance leur exécution par des espèces de hurlements semblables à ceux du hibou et s’avancent tout de suite vers le malheureux ou la malheureuse condamnée, tenant leurs cordons de soie à la main, marques funestes d’une mort aussi prompte qu’infaillible."

Les Sultans se succédant ont conservé ce groupe de serviteurs sourds et dévoués en les formant générations après générations à la langue des signes qui avait été mise en place des années auparavant. Mieux, ils les considéraient comme des amis, des confidents car ils se situaient hors de la stricte hiérarchie de la Cour, hors d’un trop sévère protocole.

Les Sultans prirent un tel plaisir à pouvoir converser secrètement avec ces sourds qu’ils apprirent eux mêmes cette langue des signes ottomane. Comme le rapporte Louis Deshayes de Courmenin en 1624 : "Outre tous ceux-là qui sont destinés pour le service du Prince, il y en a plusieurs autres qui servent à luy faire passer le temps, dont les uns s’appellent Dilsiz, c’est à dire sans langues car ils sont muets. Il n’y a rien qu’ils ne fassent entendre par signes beaucoup plus facilement et plus promptement que s’ils parloient. Et ce qui est encore davantage à admirer est, que non seulement ils se font entendre de jour, mais encore de nuit par le simple attouchement des mains et des autres parties du corps. Le feu Sultan Osman prenoit si grand plaisir à ce langage muet, qu’il l’avoit appris et l’avoit fait apprendre à la pluspart de ses Ichoglans et de ses Eunuques."

Les gens de la Cour ont donc eux aussi appris cette langue soit pour pouvoir partager des moments intimes avec le Sultan soit tout simplement pour lui plaire.
Alors, événement unique dans l’Histoire de l’humanité, via le handicap (la surdité) le silence et l’expression en langue des signes ottomane devinrent la plus haute norme au sein du Sérail.

Rålamb Costume Book (1657)
"Mutus precipuus imperatoris"

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D’autres témoins attestent de la large utilisation de la langue des signes ottomane, tel le diplomate Ottaviano Bon :
"Et il est fort digne d’observation que dans le Sérail, le sultan et ses sujets peuvent raisonner et discourir de toutes choses aussi bien et aussi distinctement, par signes et hochements de tête, que par des mots ; et cela convient fort bien à la gravité de la meilleure sorte des Turcs, qui n’ont cure de babillage. Le même usage est en vigueur auprès des sultanes et autres femmes du Sultan : elles sont pareillement accompagnées de femmes muettes, jeunes et vieilles. Et cela est une antique coutume du Sérail. Ils recueillent autant de muets qu’il est possible d’en rassembler et ce principalement pour cette raison qu’ils tiennent peu convenable pour le Grand Seigneur et guère approprié à sa Grandeur de s’adresser à quelque personne présente sur un ton familier mais il peut de cette manière et de façon plus convenable et domestique badiner et se divertir avec les muets qu’avec les autres membres de son entourage."

Car il passait pour inconvenant de perturber la tranquillité du Sultan en faisant résonner le fracas de la parole, nombre de courtisans apprenaient aussi à signer. Le silence se devait de régner dans le Palais.

Alors, "la nécessité de ne s’exprimer que par signes en présence du Sultan Mourad porta la langue des muets à son plus haut point de développement : les clignements d’yeux, le mouvement des lèvres, le craquement des dents avaient remplacé la parole." Joseph Hammer, Histoire de l’empire ottoman (1837).

Autre voyageur, d’Ohsson  raconte à la fin du XVIIIe siècle :
"il y a dans chaque Oda trois ou quatre muets (dilsiz) qui ont pour chef le plus ancien d’entre eux, appartenant à la seconde chambrée. Il doit se tenir à la porte du cabinet du Sultan, lorsqu’il est en conférence secrète avec son Premier Ministre ou avec le Mouphti. Les muets portent un bonnet brodé en or, différent pour la forme de celui des autres pages. Ils s’expriment par des gestes rapides, et ce langage est connu des gens du palais, des dames du Harem, du Sultan lui-même, qui d’ailleurs ne fait souvent que des signes de la main pour donner ses ordres à ceux qui l’entourent. Au reste, le Grand-Vizir, le Kehaya-Bey et les Paschas, gouverneurs de province, sont les seuls qui puissent avoir des muets à leur service."

Mais, à partir de la moitié du XIXe siècle, "l’empereur actuel Mahmoud a détruit ces usages; il a tout changé dans l’état. La révolution ne vient point là du peuple; elle descend du trône: ainsi se fait-elle difficilement; le peuple manque de lumière pour apprécier les bienfaits de ces changements. Déjà les janissaires ont disparu, et les troupes sont armées et habillées à la française. Le sultan sort à pied, sans turban et avec un chapeau sur la tête, une badine à la main. Ses domestiques ne seront plus bientôt ni muets ni eunuques, et ses femmes non seulement ont la liberté de franchir les portes du sérail, mais encore elles sont obligées de se montrer aux promenades publiques." [Auteur Jésuite]  Note sur Constantinople. Lettres Édifiantes et Curieuses concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.

Puis survint la 1ère Guerre Mondiale, la fin de l’Empire Ottoman, l’instauration de la République turque par Mustafa Kemal Atatürk (1923) et cette langue disparut à jamais avec ses locuteurs qui moururent ou s’enfuirent pour se préserver des représailles.

Malheureusement, de cette longue et illustre histoire (500 ans), nous n’avons que des témoignages visuels rares et fragmentaires de signes individuels et aucune description verbale détaillée. Il était encore trop tôt pour que cette langue soit filmée et les quelques documents photographiques que nous possédons datent de 1917 : ils dépeignent deux serviteurs sourds de la Sublime Porte en train de communiquer par signes.

Cette perte est particulièrement frustrante pour notre compréhension des diverses langues des signes dans la mesure où il est probable que la langue des signes ottomane ait été la plus ancienne à avoir bénéficié d’une tradition linguistique continue et d’une communauté substantielle d’usagers ce qui lui a sans doute permis de développer un niveau de complexité significatif.

Reste néanmoins l’hypothèse fragile que la langue des signes turque moderne serait la descendante directe de celle qui était en usage à la Cour ottomane. Mais le système d’enseignement turc a connu suffisamment de bouleversements au cours du XXe siècle pour que nous restions très prudents à ce sujet souligne Nicholas Evans dans son ouvrage. Cela dit, la chronologie de l’émergence des écoles pour sourds de la Turquie moderne peut laisser supposer qu’une telle connexion n’est pas impossible. Il est prouvé qu’on trouvait encore des serviteurs sourds à la Cour au début du XXe siècle. A la même époque, un certain nombre d’écoles modernes pour malentendants commencent à fonctionner. Une interaction minimale entre la dernière génération de serviteurs impériaux sourds signeurs et la première génération d’écoliers malentendants aurait suffi à assurer une certaine continuité de la langue des signes.

Mais en l’absence de documents historiques détaillés sur la langue des signes ottomane ou d’enregistrement visuel des derniers serviteurs sourds de la cour impériale, cette hypothèse séduisante reste invérifiable.

Cette histoire nous rappelle que l’un des rôles des interprètes en langue des signes est d’être une passerelle entre différentes communautés. Ils permettent à ces langues de se diffuser sur les territoires, aux nouveaux signes (néosimismes) de se répandre et ainsi à ces langues de vivre au delà des communautés ou elles sont pratiquées. En l’occurrence dans l’Empire Ottoman il n’y avait pas d’interprète puisque tout le monde dans le Sérail signait et cette langue, sans relais au sein de la population turque, confinée en un Palais, disparut en même temps que lui et ses habitants.

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PS : j’ai eu connaissance de cette histoire en écoutant "Tire ta Langue" excellente émission diffusée sur France Culture.

La création de "néosimismes" (ou nouveaux signes)

Dans le monde des entendants, les nouveaux mots (ou néologismes) sont souvent véhiculés par les médias, comme les livres, la presse écrite, la télévision, internet… Dans le monde des sourds, les interprètes en langue des signes qui exercent à la télévision ou lors de conférences sont eux aussi un vecteur important de néosimismes (je me suis moi-même amusé à créer un néologisme à savoir "néosimisme" qui vient du grec néos-nouveau et simio-signe en prenant modèle sur néologisme, néo-nouveau, logos-parole).

Néanmoins, en tant qu’interprète, nous devons rester très prudent quant à leur utilisation et donc leur diffusion. Par exemple nous devons toujours nous assurer que le nouveau signe employé est correctement compris, qu’il ne crée pas de malentendus, qu’il ne s’agit pas d’un doublon avec un autre signe déjà existant…

Quoi qu’il en soit les néologismes/néosimismes sont indispensables à l’interprète en langue des signes. En effet, nous évoluons au sein d’une société qui change, se modernise et sans la création régulière de nouveaux signes (par exemple dans le domaine des nouvelles technologies : Internet, intranet, smart-phones, blog, visioconférences…) nos traductions vers la LSF deviendraient rapidement incompréhensibles, car déconnectée de la réalité, et beaucoup trop longues ou surchargées, car bourrées de périphrases, de mots épelés pour tenter de donner du sens à des concepts sans signe.

Heureusement pour les interprètes, la langue des signes est soumise aux mêmes règles que tout autre langue et elle évolue avec l’apparition de nouveaux signifiants (ou signes). Pour cela elle fait des emprunts à des langues des signes étrangères notamment pour les noms propres (personnalités, lieux géographiques…) ou à la langue dominante (le français) par l’intermédiaire de la dactylologie ou de la traduction littérale. Enfin, elle crée des "néosimismes" (ou nouveaux signes).
Attention ! il ne s’agit surtout pas pour l’interprète d’inventer des signes ex-nihilo, tentation fréquente qui guette les amateurs non formés qui s’improvisent traducteurs.
En effet, pour qu’un nouveau signe soit adopté par la communauté sourde il faut d’abord que le concept (le sens, la définition du mot) soit compris et acquis. Ensuite viendra la seconde étape à savoir la création du signe qui s’appuiera notamment sur l’iconicité de la langue des signes (autrement dit le "donner à voir"). Si on veut créer artificiellement un signe en premier, "en forçant la main" des sourds (désolé pour ce vilain jeu de mots), ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes et qui respecte quant à lui le génie de la LSF.

Afin d’illustrer ce mécanisme de création lexicale et le rôle de l’interprète dans ce processus, je vous propose un exemple que j’ai trouvé dans l’ouvrage : "L’interprétation en Langue des Signes". Il s’agit du terme schizophrénie.

Il y a vingt ans, le concept de schizophrénie n’existait pas en LSF. Pourtant à cette époque, les interprètes traduisaient déjà des cours de psychopathologie dans une école d’éducateurs spécialisés à Paris (l’EFPP).

Pour les étudiants entendants, le concept était inconnu mais leur langue véhiculant déjà ce signifiant ils avaient un mot français à leur disposition (même si ce signifiant avait sans doute un sens très vague, une maladie psychique, certes, mais laquelle?).
Pour les étudiants sourds, leur langue ne possédant pas de signifiant gestuel, le mot fut donc écrit au tableau.
Sourds et entendants étaient en quelque sorte à égalité devant ce nouveau signifiant graphique.

Puis l’enseignant expliqua la notion. L’interprétation en LSF fonctionnant en simultané, à la fin de la séance les étudiants entendants et sourds avaient acquis un nouveau concept. La seule différence résidait dans le fait que les entendants avait déjà un signifiant (ou terme) pour le nommer en français ce qui n’était pas le cas des sourds en langue des signe française.

Dans un premier temps les interprètes avaient utilisé le mot écrit au tableau. Puis ce mot beaucoup trop long à dactylologier revenant sans cesse ils ont eu recours à un "code commun" c’est-à-dire un signe provisoire, ad hoc. En l’occurrence il s’agissait de la lettre "S" accompagnée de la labialisation du mot français "schizophrénie".
Les sourds reprirent ce code commun en le transformant immédiatement : il devint une suite de lettres "SCH" épelées dans l’espace suivi du signe [etc] le tout accompagné d’une vague labialisation.
Puis quelques semaines plus tard ils se mirent d’accord sur un signe n’ayant rien à voir avec le signifiant français mais respectant les règles de l’iconicité inhérente à la LSF.

Il s’agit de la main plate descendant au milieu du visage (évoquant une division), puis arrivant au niveau du cou se resserrant en fermant le poing pour partir vers l’extérieur (signe qui signifie "esclave").

cliquez sur l’image pour voir le signe "schizophrénie"

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"Esclave d’une division mentale" pourrait en être la traduction littérale ce qui est une assez belle définition de la schizophrénie.
Ainsi, un nouveau signe était né grâce à un groupe d’étudiants. Puis il fut transmis par les interprètes à la génération suivante d’étudiants et par les sourds hors de l’école. Quelques années plus tard il circulait dans tous les milieux où les sourds travaillent dans le domaine de la santé mentale.
La LSF avait acquis un nouveau concept puis un nouveau signifiant.
Quant aux interprètes, grâce à ce nouveau signe, il pouvait produire une traduction plus précise et plus efficace.

Les élections pour tous

Une fois n’est pas coutume, je souhaite faire de la publicité pour un nouveau et éphémère site internet que je trouve formidable : "Les élections pour tous".

Depuis début avril, date d’ouverture de la campagne officielle pour l’élection présidentielle, jusqu’au 19 juin, après le second tour des élections législatives, ce site propose de réunir une sélection d’informations diffusées par les médias avec pour objectif de rendre ces informations accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes.
Pour cela, toutes les vidéos présentées sont, soient sous-titrées, soient traduites en langue des signes, soient directement produites en lsf. Soit tout à la fois !!!

Initié par l’association Aditus, ce site est le résultat d’une collaboration avec de nombreux partenaires : Websourd, Cinésourd, Point du Jour, LCI, AFP, MFP, Canal +, Echo Live sans oublier bien sur les nombreux bénévoles, comédiens, cadreurs, interprètes qui s’investissent ensemble dans ce projet enthousiasmant pour rendre l’information accessible.

C’est ainsi que vous pourrez voir les Guignols de l’Info sous titrés, les dépêches de l’AFP et des interviews des candidats traduites par l’équipe de Websourd, le journal de 20h de LCI interprété en lsf tout comme les clips de la campagne officielle, ou encore des "Mix Infos" qui vous proposent en langue des signes des informations quotidiennes sur la campagne électoral. Et tant d’autres vidéos…

C’est un superbe projet qui souligne combien rendre l’information accessible aux sourds et aux malentendants peut être facile, beau et joyeux !

Ci dessous la vidéo (en lsf avec sous-titres et voix off) présentant le site :

Le site : Les élections pour tous

Une citoyenneté accessible par Jérémie Boroy

Comme promis, le second texte après celui d’Arlette Morel.
Bien qu’écrit à 24 années de distance, son leitmotiv est le même : garantir aux personnes handicapées une autonomie de pensée et d’actions au sein de la société car elles sont d’abord des citoyens à part entière.
Il y a un quart de siècle, pour la communauté sourde cela signifiait une formation adéquate des interprètes en langue des signes française. Car Arlette Morel en avait déjà conscience, cette égalité passerait par «l’interprétation en langue des signes qui permet aux sourds d’avoir accès in vivo à l’information. Si on leur en donne les moyens, les sourds peuvent être des citoyens responsables et autonomes. Il faut que les sourds aient accès à la culture, à la formation et à l’information».

Dans la continuité de cette pensée, Jérémie Boroy, Délégué général d’Altidus a publié une tribune dans le journal Libération le 19 novembre 2011 intitulée : "Une Citoyenneté Accessible", preuve que ce combat est essentiel comme nous le rappelions dans ce billet. Le débat s’élargit et il s’agit pour les sourds de s’assurer notamment de la présence systématique des interprètes durant les campagnes électorales à venir, afin que les discours, les échanges soient compris de tous. Et au-delà de la surdité, ce texte est surtout un appel à la participation au débat politique de chacun d’entre nous handicapé ou non grâce à une parfaite accessibilité.

"Le cœur de notre vie politique bat plus fort tous les cinq ans, au moment des élections présidentielles et législatives. À la veille des échéances électorales de 2012, il est crucial de rappeler l’importance de rendre accessibles les campagnes des candidats aux électeurs en situation de handicap.

Le handicap recouvre des réalités très diverses et concerne plusieurs millions de nos concitoyens. Les handicaps sont multiples : moteurs, auditifs, visuels, mentaux ou psychiques ; ils sont momentanés ou définitifs ; ils sont parfois associés. Mais les personnes handicapées sont avant tout des citoyens à part entière. Elles aspirent à exercer pleinement leur citoyenneté, ce droit naturel qui leur est encore trop souvent refusé !

La loi du 11 février 2005 pour l’Égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté ainsi que le principe de l’accès de tous à tout s’imposent à nous tous. Les personnes handicapées n’entendent donc pas être dessaisies de leur rôle d’acteur de notre Cité et n’accepteront pas d’être davantage écartées du débat politique et citoyen qui nous attend en 2012.

Il est de la responsabilité de tous les candidats et de toutes les formations politiques de s’engager à mener campagne dans le cadre le plus accessible possible.

Les réunions publiques doivent être organisées dans des espaces répondant aux normes d’accessibilité permettant l’accueil de tous les publics, quels que soient leurs éventuels handicaps. La circulation sans contrainte doit ainsi être possible pour les personnes ayant un handicap moteur ou visuel, la compréhension des discours et des échanges doit être possible pour les personnes sourdes ou malentendantes (via une interprétation simultanée en Langue des Signes Française, une transcription écrite simultanée et une boucle magnétique).

Les sites internet des candidats et des partis politiques doivent également être accessibles. Les messages audiovisuels, qu’ils soient en ligne, diffusés dans le cadre de la campagne officielle ou projetés lors des meetings, seront sous-titrés, traduits en Langue des Signes et audio-décrits. Les professions de foi, les programmes, les tracts peuvent aussi être disponibles sur des supports accessibles à tous et adaptés à chaque type de handicap : en braille, en format numérique, traduits en Langue des Signes, en appliquant les règles européennes du « Facile à lire et à comprendre ». Les permanences des candidats devront elles-mêmes pouvoir accueillir tous les publics et le handicap des électeurs ne doit pas empêcher l’échange avec le candidat et son équipe.

Et la question du coût ? Parlons-en ! La démocratie a un coût qui ne pose pas de difficulté pour l’organisation des élections. Dès lors que ces exigences sont prises en compte en amont de l’organisation de la campagne, elles entraînent peu d’engagements par rapport au budget global d’un candidat, en particulier à l’élection présidentielle.

Cet engagement doit être partagé par l’ensemble des acteurs de la vie politique française pour que les électeurs en situation de handicap ne soient pas réduits à faire leur choix entre les seuls candidats ayant organisé une campagne accessible.

La parole politique a tendance à se complexifier, elle est parfois confuse, voire incompréhensible pour beaucoup de nos concitoyens. Notre effort d’accessibilité sera utile au plus grand nombre et apprécié par l’ensemble des électeurs.

En ce qui nous concerne, que nous soutenions ou non un candidat, nous veillerons à l’engagement des formations politiques pour que leur campagne soit la plus accessible possible car nous sommes convaincus qu’une démocratie se mesure aussi à l’aune de son accessibilité."

Une version en langue des signes française est disponible à cette adresse : http://www.aditus.fr/electoral/

Si vous le souhaitez, vous pouvez également soutenir cet appel en vous rendant sur la page Facebook : http://on.fb.me/electionsaccessibles

Journal de l’AFILS n°79

Fin octobre, le journal (trimestriel) de l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes (Afils) n°79 est paru.

Dans ce numéro, parmi les nombreux articles, je vous conseille un dossier sur les "préformations à la formation d’interprète" et un article tiré d’un mémoire de recherche de M2 sur les relations amicales entre interprètes et sourds. Et, cerise sur le gâteau, vous pourrez même participer à un concours destiné à trouver un nouveau nom à ce journal et gagner ainsi un an d’abonnement.

Si vous souhaitez commander un numéro (celui-ci ou un plus ancien) ou vous abonner, il vous suffit d’aller sur le site de l’Afils où vous trouverez un bon de commande : http://bit.ly/journalafils

Art’Pi !

Une fois n’est pas coutume mais je voudrais vous faire part de mon coup de cœur pour ce nouveau magazine accessible uniquement en ligne (car au format PDF) : Art’PI.

Son objectif est de réunir l’Art et le "typique Sourd " (que l’on traduit en langue des signes par "Pi" – les initiés comprendront).

Vous y trouverez des informations riches et variées sur l’actualité des spectacles vivants, des manifestations, des événements circulant autour de la culture sourde et de la langue des signes.
Ainsi, vous pourrez lire des reportages sur des spectacles mêlant français et LSF, accessibles à tous, sourd ou entendant, grâce au travail spécifique effectué par des interprètes en langue des signes française (LSF).
C’est aussi un support qui permet aux associations, artistes et professionnels sourds ainsi qu’aux professionnels entendants créateur de projets accessibles ou mixtes, de déposer des annonces, de se faire connaître ou de faire connaître leurs œuvres.

Belle mise en page, photographies soignées,remarquables interviews de professionnels sourds ou entendants qui œuvrent dans le secteur culturel, surprenants reportages sur la mode, la télévision, l’art, informations pointues sur les nouvelles technologies, ce magazine est une source d’informations passionnantes sur la culture sourde et ses passerelles vers le monde des entendants.

Bref, vous l’aurez compris, allez vite sur le site de ce nouveau magazine et abonnez-vous, c’est gratuit : Art’Pi Abonnement.
Ou consultez le en ligne grâce à la version feuilletable.

Et voici le sommaire du N°2 pour vous mettre l’eau à la bouche :