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L’interprète, passeur de signes

La langue des signes est soumise aux mêmes problèmes de création lexicale que toute autre langue, et ces problèmes se résolvent d’une manière identique : soit par emprunt à des langues des signes étrangères ou bien à la langue dominante, en l’occurrence le français par l’intermédiaire de la dactylologie, soit par création intrinsèque d’un néologisme ou néosimisme (comme nous l’avons déjà vu avec l’exemple du signe pour [schizophrénie] ).
Comme nous le soulignions, c’est seulement quand les sourds ont acquis un nouveau concept qu’alors ils créent le signe permettant de l’exprimer. En revanche si on crée artificiellement le signifiant (le signe gestuel) en premier, en "forçant la main" des sourds, ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes qui, lui, respectera le génie de la LSF.

Ce préambule pour rappeler que les interprètes en langue des signes ne sont pas (ou très rarement) des linguistes malgré leur excellente connaissance de la LSF ni, a fortiori, des membres de la communauté sourde même s’ils y ont des attaches plus ou moins fortes. Il n’est donc pas dans notre rôle d’imaginer, d’inventer des signes. Au contraire, nous devons faire attention à ne pas malmener cette langue, à la respecter et simplement à patienter. Car l’interdiction de la LSF en 1880 suite au Congrès de Milan pour une centaine d’années a eu comme conséquence (entre autres) une carence lexicale dans certains domaines où la LSF commence seulement à avoir accès.
Ainsi, je participais récemment à la Mairie de Paris à une commission sur l’accessibilité de la culture et nous avons dû rappeler qu’hélas la LSF aujourd’hui était encore très pauvre en vocabulaire sur les techniques picturales, les noms des périodes ou des mouvements artistiques…

C’est surtout un problème pour les interprètes qui, en attendant que les sourds créent de nouveaux signes, doivent faire des prouesses de paraphrases et de périphrases.
Par exemple il n’existe pas (à ma connaissance) un signe unique signifiant [euthanasie]. Nous devons donc passer par un "périsigne" comme "interrompre le traitement médical jusqu’à ce que mort s’en suive".
Interpréter correctement demande alors comme compétence supplémentaire de savoir jongler dans sa tête avec les définitions des termes pour qu’à tout moment si le signe relié à un concept n’existe pas on puisse le remplacer par la définition du terme en lien avec le contexte. C’est aussi pour cette raison qu’il faut faire confiance aux véritables professionnels (les interprètes/traducteurs diplômés) habitués à cette gymnastique plutôt qu’à des amateurs qui chercheront systématiquement à plaquer un signe (voire un code comme la première lettre du mot en français) sur un mot ; car la tentation est grande pour les pédagogues entendants qui enseignent directement en LSF, les interfaces ou les médiateurs (ou pire, toutes les personnes qui s’improvisent interprètes) d’inventer des signes. C’est tellement rassurant d’avoir toujours un signe en correspondance avec un mot !

Il faut ici préciser que cette carence lexicale est plus un problème pour l’interprète que pour les sourds eux-mêmes. En effet, les sourds ne sont pas avares de périphrases. De plus les langues des signes possèdent un caractère particulier que n’ont pas les langues vocales : la grande iconicité. Ce phénomène décrit par Christian Cuxac permet de faire passer de très nombreux concepts sans avoir recours au lexique standard (ou normé).

Pour revenir sur le processus de création, je vous propose de prendre l’exemple du signe [psychiatre] dont la genèse nous est racontée par Francis Jeggli dans un article qu’il a rédigé pour la revue Persée : "L’interprétation Français/LSF à l’Université (2003)" :

"Ce processus s’est répété pour d’autres concepts des centaines de fois depuis ces vingt dernières années. Voici un autre exemple de l’évolution d’un signe : il y a près de vingt ans il existait un signe qui pouvait se traduire littéralement par "celui qui voit à travers" pour signifier "psychiatre".

Ce signifiant désignait autant un psychiatre qu’un psychologue ou un psychanalyste. Plus les sourds ont eu accès aux études supérieures (éducateurs spécialisés, aides médicaux psychologique…), plus la stratification conceptuelle s’est affinée. Ainsi est d’abord apparu le signe [psychologue], fait avec les deux mains qui se superposent pour former grosso modo la lettre grecque : "psi".

Puis est apparu le signe [psychiatre] (correspondant cette fois exactement au français "psychiatre") : la main dominante rappelant le "P" de la dactylologie, se posait sur la tempe. Le choix de ce signe peut s’expliquer ainsi : l’emplacement de la tempe réfère à la zone de la psyché (par exemple, les signes [fou], [délirant], [rêve], [illusion], [hallucination], etc., se réalisent tous au niveau de la tempe) ; quant au "P", il provient de l’influence du français. C’est ce que l’on nomme l’initialisation d’un signe : la forme de la main correspond en dactylologie à la première lettre du mot en français.
Enfin, ce signe évolua encore pour se libérer de son influence française et devenir ce qu’il est aujourd’hui [psychiatre], avec la main en forme de "bec de canard", qui dérive de la configuration manuelle du verbe [soigner]. C’est donc là aussi un synthème dont la traduction littérale pourrait être : "… qui soigne la psyché".

Par ces créations linguistiques, on comprend qu’il existe  un danger d’émiettement dialectal du jargon universitaire. En effet certains néologismes ont bien suivi toutes les étapes décrites plus haut mais ne valent que dans une région, alors que d’autres signifiants nouveaux correspondant à une même référence voient aussi le jour à quelques centaines de kilomètres de distance, chaque communauté sourde locale créant ses propres signes."

C’est là que les interprètes vers la langue des signes française endossent (malgré eux pour certains) un rôle linguistique : en travaillant sur des zones géographiques étendues, en traduisant les journaux télévisés ou sur internet les dépêches de l’AFP comme le fait Websourd, en intervenant via la visio-interprétation, ils participent pleinement à la diffusion des nouveaux signes  les faisant parcourir des centaines de kilomètres en quelques secondes ou quelques minutes grâce aux nouvelles technologies.
Cette fonction (cachée) de passeur de signes est donc fondamentale : en recensant les signes existants pour exprimer telle ou telle idée ou concept pour ne conserver que le ou les plus courants ou à leur yeux les plus signifiants, ils préservent l’unité nationale de la LSF et permettent au communautés sourdes isolées de s’approprier les nouveaux signes créés par d’autres sourds.

Des films X bientôt traduits en LSF ?

Les problématiques liées à l’accessibilité se nichent parfois dans des endroits inattendus.

C’est ainsi qu’un réalisateur de films pornos, Ben Leton, auparavant acteur pour les Studios Dorcel a décidé de rendre accessible aux sourds et malentendants les DVD qu’il produit avec sa nouvelle société, FishTime Production.

films X

Il explique son projet dans une interview publiée par le magazine Porn’Hot Movies :

"Dès mon plus jeune âge j’ai été confronté à la surdité, mon frère cadet étant sourd. On parle toujours d’accessibilité pour les grands événements, les interviews présidentielles, les journaux télévisés mais jamais pour les plaisirs privés. D’ailleurs le débat actuel sur les assistantes sexuelles montre bien la gêne qu’on éprouve avec ces sujets. Mais pourquoi le plaisir des autres, la jouissance ne devrait pas être accessible ? Il y aurait donc des films dit "intellos" accessibles et des films pornos dont on devrait avoir honte et surtout ne pas les montrer aux sourds ?
Je ne suis pas d’accord et c’est pourquoi, étant aujourd’hui producteur de films X j’ai voulu que mon frère et avec lui tous les sourds puissent voir et comprendre ces films.

Au départ on avait simplement imaginé les sous-titrer mais cela ne convenait pas. En effet souvent l’action se passe en bas de l’écran et les phrases qui s’affichaient gênaient la vision. De plus, écrire de longs "haaaaa hoooooo huuuu ouiiiiiiiii" est redondant avec l’image et les visages des acteurs. Inutile d’écrire leurs cris quand ils jouissent, cela se voit à l’écran !

Avec mon frère, qui me conseille sur cette opération, on a donc pensé faire comme dans les films en noir et blanc du début du XXème et les fameux panneaux qui expliquaient l’action.
Mais en utilisant les technologies d’aujourd’hui.

Par exemple une personne sourde regarde "Amour quéquettes et fantaisies". Si elle est perdue dans l’histoire, qu’elle ne comprend pas pourquoi Gary trompe Emily avec Pétula elle peut alors mettre en pause et sélectionner dans le menu "interprète LSF" qui aussitôt apparait et traduit la scène à venir ou passée. De plus des sous-titres "allégés" c’est à dire débarrassés des onomatopée seront également disponibles dans le menu du DVD."

Intéressant projet dont j’attends avec impatience de voir le résultat final (n’ayant malheureusement pas été contacté pour assurer l’interprétation des différentes scènes d’action).

D’après cet article, les premiers DVD seront disponibles fin juin et téléchargeables directement sur le site de FishTime Production.

Handichat, du 12 au 16 novembre 2012

Créée en 1997, la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées mobilise recruteurs, candidats handicapés, journalistes et, plus largement, toutes les personnes concernées par le handicap et les problèmes d’accessibilités à l’emploi.

Les interprètes en langue des signes française sont bien sur largement concernés par ces problématiques autour de l’emploi et du handicap car régulièrement nous traduisons des entretiens d’embauche, des bilans de compétences, des entretiens annuels d’évaluation, des entretiens de licenciement…

Cette Semaine (du 12 au 16 novembre) se décline en différentes actions nationales et régionales, coordonnées par l’Agefiph autour d’un enjeu de société qui, en France, concerne plus de 1,8 million de personnes : l’insertion professionnelle et le maintien en emploi des personnes handicapées dans les secteurs publics et privés. Défi d’autant plus difficile à réaliser en cette période où les mots crise, chômage, récession, austérité reviennent tels des refrains lancinants dans les informations écrites ou télévisées.

Parmi les nombreux événements,  l’Agefiph et Interneto proposent la 5e édition de l’opération HandiChat, événement exceptionnel en direct sur internet.

C’est une véritable Web TV consacrée à l’emploi et au handicap qui émettra entre 9h et 20h durant 5 jours. Se succéderont des rencontres en direct avec les DRH ou responsables de la mission handicap de cinquante sociétés (grande distribution, industrie, transports…). Tout au long de la semaine, le site réceptionne les CV des candidats et les transmet aux entreprises visées. Vous pourrez également intervenir via des chats vidéo qui vous permettront de dialoguer avec des entreprises qui recrutent, d’obtenir des conseils sur l’insertion, la formation, l’évolution, la création d’entreprises, des portraits de personnes handicapées, des reportages etc.

Le site HandiChat.fr est accessible à toutes les personnes quel que soit leur handicap.
Un effort particulier a été fait pour le public sourd et malentendant. Ainsi, une fenêtre vidéo permet de suivre les débats interprétés en langue des signes française grâce à la société SIBILS, agence d’interprètes français/LSF (qui est l’un de mes employeurs).
La transcription en temps réel est assurée par la société Système Risp.
Enfin l’ensemble des reportages, interviews et des portraits réalisés pour l’opération HandiChat sont diffusés avec des sous-titres, afin de faciliter la compréhension des personnes malentendantes.

C’est donc une occasion unique de voir et de comprendre ce que serait une télévision accessible à 100 % pour les sourds et malentendants, quel que soit leur mode de communication. C’est aussi la possibilité d’admirer de regarder chaque jour une équipe de 4 interprètes en LSF se relayant toutes les 15 minutes durant 11 heures.

Notons enfin que les vidéos des chats (interprétés en langue des signes française) sont consultables sur le site d’Handichat durant un an après leur diffusion.

"Signatures" fête ses 1 an !

Je vous en avais rapidement parlé lors de ma série de billets sur l’histoire de l’interprétation en LSF des journaux télévisés : dans l’ouest de la France deux journaux télévisés régionaux sont traduits en langue des signes française par des interprètes diplômées permettant ainsi un décryptage de l’actualité régionale (politique, sportive, culturelle) pour le public sourd.

L’article était court, l’expérience débutait.

Plus de 365 jours se sont écoulés et récemment j’ai été contacté par François Gibert, journaliste à France 3 Poitou-Charentes et pilote de cette émission hebdomadaire. Face à son enthousiasme communicatif, j’ai décidé de faire un billet plus conséquent qui aurait pu également s’intituler :

"3 questions pour une bougie"

Un/ "Signatures" est un journal hebdomadaire de cinq minutes entièrement signé en LSF (langue des signes française), sur l’antenne de France 3 Poitou-Charentes. Depuis un an, deux éditions différentes sont diffusées, l’une dans le journal du samedi à midi et l’autre dans le journal du samedi à 19h. Vous êtes le rédacteur en chef de ce projet original et à ce titre vous sélectionner les infos qui seront développées. Comment effectuez-vous ce choix, la ligne éditoriale est-elle pensée en fonction du public auquel vous vous adressez ?

François Gibert : les personnes sourdes souffrent d’un déficit d’informations évident d’où de fortes lacunes dans leurs connaissances sur le monde qui les entoure. Aussi la ligne éditoriale de "Signatures" se doit d’être claire : une information générale d’intérêt collectif associée à une dimension didactique de l’info, une mise en perspective. Il ne sert à rien de proposer une information ponctuelle sans expliquer son histoire, le pourquoi et/ou le comment. Cette émission a donc également un rôle "pédagogique" : donner un maximum de clés pour comprendre la société dans laquelle nous vivons afin de ne pas se sentir exclu. D’ailleurs au départ, le projet de l’émission s’appelait "Le monde à portée de vue".

Nous ne lançons pas des reportages spécifiques à "Signatures". Tous ceux qui sont diffusés dans les deux éditions hebdomadaires ont été réalisés pour d’autres émissions. Simplement, ils sont retravaillés afin qu’ils soient compréhensibles par tous ; non pas que les reportages diffusés sont incompréhensibles, mais il faut adapter mon langage à la traduction : débit plus lent, phrases courtes dans un français simple, sans lourdeur ni métaphore ; écrire d’une manière chronologique, sans retour en arrière ni parenthèse. J’évite aussi les noms propres et les termes trop techniques (que d’ailleurs la plupart des téléspectateurs ne comprennent pas).

Voici comment je travaille : chaque jour de la semaine, je regarde les conducteurs des journaux de F3 Poitou-Charentes et d’Atlantique (le JT local de F3 La Rochelle) et je "fais mes courses". Mon choix s’effectue en fonction de l’intérêt du moment, de l’actualité…
Je revendique ces choix, je les assume et bien sur j’ai une totale liberté pour mener cette sélection. Souvent ce qui me guide c’est de privilégier un reportage qui traite d’un problème (ou d’une solution) qui touche de près la vie quotidienne des citoyens (sourds ou pas). Par exemple l’ouverture d’une nouvelle maternité, le principe des élections primaires au PS, la journée nationale de dépistage du cancer du sein… plutôt qu’un reportage sur le braquage d’une banque ou sur un accident de la route.

J’essaye aussi de toujours glisser une info plus culturelle comme une nouvelle exposition, l’ouverture d’un musée, la création d’un spectacle de danse. Seule contrainte : éviter un spectacle qui sollicite l’ouïe.

Enfin lorsque durant la semaine un reportage aborde un problème ou une thématique directement lié à la surdité, il entre tout naturellement dans le magazine. Ce fut le cas avec la menace de fermeture d’une classe accueillant des enfants sourds ou malentendants.

Mais je refuse de m’adresser exclusivement à la population sourde. Ce serait à mon avis une grave erreur éditoriale et ne ferait que renforcer l’idée de ghetto ou d’exclusion. Preuve supplémentaire qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir ce journal vers d’autres publics, beaucoup de personnes entendantes me disant combien l’émission est intéressante et surtout qu’ils "comprennent tout !".

Deux/ Vous avez sélectionné les sujets, à présent intéressons-nous au travail des trois interprètes Cécile Pinault-Chevallier, Mylene Calvet et Maud Thibault qui interviennent à tour de rôle. Comment s’approprient-elles ce journal, ont-elles la possibilité de s’entrainer avant l’enregistrement de l’émission, avez-vous des contacts avec elles ?

François Gibert : Une fois les textes écrits, nous effectuons le montage de la bobine, pour produire un "tout images" d’une durée de 5’ à 5’30’’ . C’est ce "tout images" que l’interprète va visionner depuis chez elle (grâce à un lien privé Youtube que je lui communique) et sur lequel elle va s’entrainer, réfléchir à des stratégies d’interprétation, rechercher des signes qu’elle pourrait ignorer…
Parallèlement à ce support visuel je lui envoie les textes par mail. Les premiers arrivent le mercredi midi, le reste jeudi midi.

L’émission s’enregistre le vendredi vers 16h dans un studio télévisé. L’interprète qui doit officier arrive à 14h ce qui lui laisse deux heures pour peaufiner son travail dans un bureau, au calme. Souvent elle et moi discutons. Elle me fait part d’une idée, me demande un éclaircissement sur un passage ambigu, m’explique une difficulté qu’elle a pu rencontrer.

L’enregistrement des deux éditions se fait l’une à la suite de l’autre. Parfois en une prise unique, parfois en plusieurs il n’y a pas de règle. Quoi qu’il arrive, l’interprète est toujours seule décisionnaire dans l’appréciation de son travail. Et nous recommençons jusqu’à ce qu’elle soit pleinement satisfaite du résultat et qu’elle le valide.
Nous préférons enregistrer l’émission la veille plutôt que la réaliser en direct le samedi : c’était trop lourd à mettre en place et nous risquions d’avoir une émission de moins bonne qualité.

Trois/ Connaissez-vous les audiences que réalisent ces émissions, considérez-vous que c’est un succès qui devrait permettre d’envisager de nouvelles étapes ?

François Gibert : Les retours sont bons (aussi bien chez les sourds que chez les entendants) et les statistiques de visionnage via internet soulignent l’intérêt porté à ces émissions. Néanmoins il ne faut pas se focaliser sur les chiffres. Nous sommes une chaîne de Service Public et cette émission remplit parfaitement son rôle à savoir "rendre service au public".

Je suis actuellement en contact avec des partenaires de France Télévision pour développer "Signatures" sous forme de blog, en plus de sa diffusion sur l’antenne de France 3. Ce blog pourrait reprendre le contenu des deux émissions diffusées sur France3 Poitou-Charentes en ajoutant des infos nationales qui ont été développées par d’autres bureaux régionaux et d’informations internationales (en partenariat avec France3 Sat, bureau lyonnais qui travaille en réseau avec les télévisions du monde entier).
Il serait aussi question aussi de signer en LSF l’émission politique du Samedi matin.

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Vous habitez Marseille, Strasbourg ou Paris et vous enragez de ne pas pouvoir regarder ces émissions traduites en langue des signes française ?
Heureusement grâce aux nouvelles technologies, il existe plusieurs solutions :

Ces éditions sont visibles sur le site "Signatures" de France 3 Poitou-Charentes.

Les vidéos sont également mises en ligne sur le site dailymotion :

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et sur le site youtube :

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Enfin "Signatures" possède sa page Facebook, évidemment !

Les élections pour tous

Une fois n’est pas coutume, je souhaite faire de la publicité pour un nouveau et éphémère site internet que je trouve formidable : "Les élections pour tous".

Depuis début avril, date d’ouverture de la campagne officielle pour l’élection présidentielle, jusqu’au 19 juin, après le second tour des élections législatives, ce site propose de réunir une sélection d’informations diffusées par les médias avec pour objectif de rendre ces informations accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes.
Pour cela, toutes les vidéos présentées sont, soient sous-titrées, soient traduites en langue des signes, soient directement produites en lsf. Soit tout à la fois !!!

Initié par l’association Aditus, ce site est le résultat d’une collaboration avec de nombreux partenaires : Websourd, Cinésourd, Point du Jour, LCI, AFP, MFP, Canal +, Echo Live sans oublier bien sur les nombreux bénévoles, comédiens, cadreurs, interprètes qui s’investissent ensemble dans ce projet enthousiasmant pour rendre l’information accessible.

C’est ainsi que vous pourrez voir les Guignols de l’Info sous titrés, les dépêches de l’AFP et des interviews des candidats traduites par l’équipe de Websourd, le journal de 20h de LCI interprété en lsf tout comme les clips de la campagne officielle, ou encore des "Mix Infos" qui vous proposent en langue des signes des informations quotidiennes sur la campagne électoral. Et tant d’autres vidéos…

C’est un superbe projet qui souligne combien rendre l’information accessible aux sourds et aux malentendants peut être facile, beau et joyeux !

Ci dessous la vidéo (en lsf avec sous-titres et voix off) présentant le site :


Le site : Les élections pour tous

Interprète en langue des signes : une espèce en voie de disparition ?

En lisant l’actualité des rubriques "nouvelles technologies" on pourrait penser que les chercheurs du monde entier n’aiment pas les interprètes en langue des signes et qu’ils ont décidé de se liguer afin de les faire disparaitre à tout jamais.

En effet, je vous avais parlé, il y a quelques mois, de ce projet développé au Japon qui voulait convertir des chaînes de mots japonais en signes via un avatar virtuel.

Plus récemment, trois chercheurs (Oleg Imanilov, Zvika Markfeld et Tomer Daniel) ont présenté un gant qui offre la possibilité de rédiger des SMS et des e-mails sur un smartphone sans avoir à taper sur un clavier mais en utilisant la langue des signes. Chaque mouvement est traduit en texte, le gant étant pourvu de capteurs gyroscopiques, d’accéléromètre etc.

Enfin, hier, on apprenait que des scientifiques développaient un programme informatique permettant de traduire les langues des signes en texte écrit. Cela "révolutionnerait la vie des personnes sourdes et malentendantes" croient-ils utile de préciser.
Le logiciel serait utilisable via des appareils portables (ordinateur ou téléphone) et fournirait une traduction simultanée vers la langue écrite.

Ernesto Compatangelo, maître de conférences en informatique à l’université d’Aberdeen en Ecosse nous présente ce "traducteur de langue des signes portable (pSLT)" : "l’utilisateur signe devant une caméra standard intégrée dans un ordinateur portable, netbook, smartphone, tablettes… Les signes sont immédiatement traduits en texte et ainsi la personne avec qui il veut communiquer peut lire le texte traduit et comprendre son discours".
Le chercheur ne précise pas comment celui-ci lui répond mais j’imagine que c’est à cet instant que l’interprète-avatar japonais entre en scène.

Cette nouvelle technologie serait compatible avec une large gamme de langues des signes et est d’abord destinée aux jeunes sourds (âgés de plus de 16 ans) dans les domaines de l’éducation ou de la formation.

"L’objectif essentiel est de permettre aux utilisateurs qui s’expriment en langue des signes à surmonter ce handicap de communication qu’ils éprouvent afin qu’ils puissent réussir leur parcours éducatif puis leur arrivée sur le marché du travail. L’un des aspects fondamental de ce nouveau logiciel est qu’il permet de personnaliser les signes/vocabulaire à traduire. Par exemple pour un étudiant qui suit une formation en menuiserie, il n’existe pas de signe en BSL (British Sign Language) qui signifie " une queue d’aronde"
[précision : je ne connais pas non plus le signe en LSF !].
Un étudiant en utilisant le pSLT pourra créer ses propres  signes pour signifier "queue d’aronde" et ainsi communiquer aisément avec son tuteur ou ses camarades de classe"
.

Par ailleurs, les scientifiques précisent que ce logiciel de "reconnaissance des signes" pourrait être utilisé à d’autres fins comme permettre à une personne à mobilité réduite de contrôler les appareils dans sa maison, par exemple l’ouverture des rideaux ou tout simplement zapper devant sa télévision.

Ce service devant être mis sur le marché vers la fin de l’année prochaine, dois-je alerter Pôle Emploi qu’il faudrait réfléchir dès à présent à la reconversion professionnelle des interprètes (humains) en langue des signes ?

Journal de l’AFILS n°80

Aussi ponctuel qu’un Père Noël au mois de décembre, le journal (trimestriel) de l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes (Afils) n°80 vient de paraître avec en couverture Olivier Calcada, traducteur expérimenté chez Websourd.
Et c’est logique car ce numéro s’intéresse justement aux traducteurs sourds (comment ils appréhendent leur métier, quelles formations ils ont suivies…).

Également dans ce numéro un voyage chez nos collègues interprètes canadiens et une étude sur l’enregistrement vidéo ou comment les interprètes en langue des signes se confrontent à leur image filmée.

Si vous souhaitez commander un numéro (celui-ci ou un plus ancien) ou vous abonner, il vous suffit d’aller sur le site de l’Afils où vous trouverez un bon de commande :
http://bit.ly/journalafils
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Regards extérieurs

Dimanche, je repose mes neurones et mes mains et je fais "travailler" les autres.

La semaine dernière à Paris se déroulait ParisWeb, série de conférences ayant pour thèmes l’accessibilité Web, du design numérique et des standards ouverts.
Afin de rendre l’événement le plus accessible possible, toutes les conférences étaient traduites en langue des signes française.
Mieux, afin d’aider les interprètes en LSF à naviguer au milieu des termes techniques, il a été mis en ligne un glossaire Web : "ce glossaire ne se veut pas être une encyclopédie, mais un moyen simple et durable de vulgariser en quelques lignes les termes techniques et complexes qui pourraient être entendus à Paris Web".

J’en arrive enfin à mon titre. La présence de mes collègues sur scène, à coté des intervenants a suscité étonnement, intérêt et surtout admiration. Ainsi, en suivant les hashtags #parisweb #LSF sur Twitter on pouvait lire ceci :


Et l’ une des participantes, Anne aka Kozlika, en parle même sur son blog. Je ne la connais pas, mais j’ai trouvé son billet très juste aussi  je le place en copie ci-dessous et je vous encourage à aller le lire sur son blog Kozeries en dilettante.

L’accessibilité profite à tous, la preuve par Paris-Web

Par Kozlika le vendredi 14 octobre 2011, 21:18 – Lien permanent

C’était hier et aujourd’hui (et demain) les trois jours de l’année où je recharge mes batteries de motivation, bonne humeur, bonnes pratiques et goût de bien faire le web, dans une ambiance qui marie de façon parfaite une organisation absolument irréprochable et une atmosphère détendue et même tendre (son célèbre hashtag #sharethelove m’en est témoin).

Bref, c’était les conférences Paris-Web et demain j’assisterai aux ateliers qui marqueront la fin de ces trois jours. Je publierai quelques photos ici et sur mon compte Flickr d’ici quelques jours.

Entre autres composantes de l’organisation irréprochable que j’évoquais, l’association Paris-Web applique à ces journées ce qu’elle promeut en réunissant toutes les conditions nécessaires à l’accueil et le suivi des personnes en situation de handicap. Ainsi par exemple, une équipe de traductrices[1] de LSF (langue des signes française) a assuré la traduction simultanée des conférences dans les deux amphithéâtres où nous nous réunissions. Le grand amphi bénéficiait en outre d’une diffusion de vélotypie projetée sur un écran.

Je crois savoir qu’une sorte de lexique leur avait été donné pour qu’elles comprennent le jargon propre aux métiers du web et puissent le retranscrire. Néanmoins, traduire en simultané n’a pas dû être aisé sur les conférences les plus techniques. On a aussi assisté à des conférences en anglais, les traductrices LSF traduisant, le casque sur la tête la traduction simultanée française. Ça ne devait pas être simple !

À ces difficultés s’ajoutait ce soir, pour la dernière session, celle de devoir traduire une table ronde réunissant les représentants de quatre navigateurs web (Firefox, Google Chrome, Explorer et Opera), tous programmer’s advocates ou “évangelistes”, tous habitués à parler non seulement en jargon, mais également à truffer leurs phrases de jargon anglais. J’ai déjà assisté à ce type de débat ou à des présentations faites par l’un ou l’autre d’entre eux et bien que familiarisée avec une partie du vocabulaire, je suis souvent larguée par l’avalanche de sigles, anglicismes, private jokes et références culturelles qui m’échappent. Je les écoute cependant en choppant au passage ce que je peux comprendre, en tâchant de m’appuyer sur les bribes compréhensibles pour boucher les trous de mes manques de connaissances et m’amusant de leur côté pittoresque – ils ne parlent pas comme ça pour nous exclure mais parce qu’ils sont à fond, comme on dit, et leur enthousiasme est réjouissant.

Parce que les organisateurs souhaitaient que le public sourd puisse suivre la conférence – et que les traductrices puissent donc faire leur travail – ils ont demandé aux intervenants de s’efforcer de parler en « vrai » français, de ne pas se couper la parole, de ne pas parler trop vite, d’éviter les sigles abscons. Nous en avons tous profité, du moins tous ceux qui, comme moi, ne nagent pas comme des canards dans la mare au code.

Eh bien, ce soir, j’ai tout compris. Vive l’accessibilité !

[1] J’ai l’impression que c’est un métier très peu masculin, je n’ai toujours vu que des femmes dans cette activité.

Merci à Anne et bravo à mes collègues (qui étaient du service d’interprètes Serac).

PS : vous pouvez lire un autre témoignage sur le blog de Cybie

Art’Pi !

Une fois n’est pas coutume mais je voudrais vous faire part de mon coup de cœur pour ce nouveau magazine accessible uniquement en ligne (car au format PDF) : Art’PI.

Son objectif est de réunir l’Art et le "typique Sourd " (que l’on traduit en langue des signes par "Pi" – les initiés comprendront).

Vous y trouverez des informations riches et variées sur l’actualité des spectacles vivants, des manifestations, des événements circulant autour de la culture sourde et de la langue des signes.
Ainsi, vous pourrez lire des reportages sur des spectacles mêlant français et LSF, accessibles à tous, sourd ou entendant, grâce au travail spécifique effectué par des interprètes en langue des signes française (LSF).
C’est aussi un support qui permet aux associations, artistes et professionnels sourds ainsi qu’aux professionnels entendants créateur de projets accessibles ou mixtes, de déposer des annonces, de se faire connaître ou de faire connaître leurs œuvres.

Belle mise en page, photographies soignées,remarquables interviews de professionnels sourds ou entendants qui œuvrent dans le secteur culturel, surprenants reportages sur la mode, la télévision, l’art, informations pointues sur les nouvelles technologies, ce magazine est une source d’informations passionnantes sur la culture sourde et ses passerelles vers le monde des entendants.

Bref, vous l’aurez compris, allez vite sur le site de ce nouveau magazine et abonnez-vous, c’est gratuit : Art’Pi Abonnement.
Ou consultez le en ligne grâce à la version feuilletable.

Et voici le sommaire du N°2 pour vous mettre l’eau à la bouche :

Au Japon des interprètes virtuels en langue des signes

Poursuivons notre tour du monde. Après notre escale à Los Angeles, embarquons de nouveau dans un avion pour franchir le Pacifique et nous poser à Tokyo.

Au Japon, des chercheurs des laboratoires NHK Science & Technology développent actuellement une technologie automatisée de traduction vers la langue des signes avec un avatar virtuel.

Cette technologie est capable de convertir des chaînes de mots japonnais en gestes via un avatar virtuel. L’objectif est d’améliorer la compréhension des émissions de télé pour les personnes sourdes et malentendantes car à ce jour dans ce pays, peu de programmes diffusent une traduction en langue des signes.
Et nous savons que les sous-titres ne sont pas la solution idéale pour garantir une compréhension optimum des programmes. En effet, les personnes qui sont nées sourdes et dont la première langue enseignée est celle des signes (leur langue maternelle donc) ont plus de difficultés pour comprendre les sous-titres.

Ce système traduit du texte en langue des signes et présente le résultat via un avatar animé situé sur un plateau télé virtuel. Il est également capable de remplacer par des synonymes des mots qui ne peuvent pas être traduits directement.
Cette technologie de traduction est encore imparfaite car elle peut manquer de fluidité. Les tests effectués montrent que les personnes sourdes ont pu comprendre les gestes de l’avatar à un niveau basique. Le programme prévoit une intervention humaine pour corriger et ajuster les traductions en cas d’erreur.

En voici un exemple ci-dessous :

Il faut cependant noter que la France développe aussi ce type d’interprète virtuel en LSF via la société WebSourd. WebSourd et sa nouvelle offre 3DSigner : un personnage virtuel qui s’exprime en langue des signes française.

Dans notre environnement quotidien, que ce soit dans les domaines des transports, des médias, et plus généralement dans tous les dispositifs nécessitant de faire passer un message au public, les systèmes d’informations prennent la forme de contenus textuels difficilement compréhensibles par les personnes sourdes. Les procédés de synthèse vocale largement répondus leurs sont également inaccessibles. En conjuguant les technologies de l’information et de la communication avec son savoir-faire en matière de traduction en langue des signes, WebSourd a développé un nouveau moyen de délivrer des messages en langue des signes à destination du public sourd : la solution 3DSigner.

3DSigner, c’est un avatar signant, un personnage virtuel qui s’exprime en langue des signes. Qu’il s’agisse de délivrer un simple message ou d’adapter l’ensemble d’un système d’information pour qu’il soit accessible, la solution 3DSigner permet de mieux cibler la communication d’une structure vers le public sourd.

Cette offre a vu le jour en 2008, lorsque WebSourd a commencé à développer pour la SNCF un signeur virtuel en 3D, en partenariat avec le laboratoire LIMSI du CNRS. La Gare de l’Est à Paris a ainsi été équipée de nouveaux écrans d’affichage qui intègrent d’ores et déjà Jade, hôtesse d’accueil virtuelle, qui devrait être présente dans de nombreuses gares prochainement.

Plus d’infos sur le site de 3DSigner