Les 6 étapes de l’interprétation simultanée

Afin de comprendre pourquoi être bilingue en français – langue des signes française (LSF) est une condition nécessaire mais pas suffisante pour espérer être un bon interprète il suffit d’étudier les mécanismes complexes mis en oeuvre pour produire une interprétation simultanée (c’est à dire interpréter le discours d’un intervenant en même temps qu’il s’exprime) de qualité.

2010_01_14

En effet, traduire ou interpréter n’est pas simplement remplacer un mot par un autre mot (ou signe). On peut d’ailleurs remarquer que les logiciels de traduction automatique qui emploie cette technique offrent rarement des résultats satisfaisants. De plus, lorsqu’une personne s’exprime, elle ne se contente pas de combiner syntaxiquement des termes de sa langue. Par sa voix, ses intonations, ses mouvements corporels, ses hésitations… elle module le sens de son expression, le nuance, le contredit…
Le sens (ou « vouloir-dire ») de l’expression verbale est donc en réalité une synthèse de ces multiples facteurs. Par exemple en fonction de l’intonation que j’emploie, la signification du mot « bravo » peut être très différente (du compliment sincère à un certain mépris).

Afin d’extraire cette substantielle moelle des propos d’un locuteur, l’interprète utilise un procédé dénommé « déverbalisation ». Cela signifie qu’il doit se détacher de la forme des propos du locuteur pour se concentrer sur le sens, et ne garder à l’esprit qu’une trame déverbalisée (l’idée, l’intention, le message mais sans les mots) de ce qu’il vient d’entendre. Il pourra ensuite donner une nouvelle forme à cette image déverbalisée qu’il a gardé en mémoire, dans la langue d’arrivée.

Marianne Lederer et Danica Seleskovitch dans leur célèbre ouvrage « Interpréter pour Traduire (2001) » résument ainsi notre travail : « En même temps que l’interprète entend le discours, il perçoit la situation globale […] ; en même temps qu’il conceptualise ce qu’il vient d’entendre, il entend la suite et énonce le résultat de son opération de conceptualisation ; ce faisant, il écoute également ce qu’il dit lui-même pour vérifier la correction de son expression. »

Autrement dit, on peut découper le processus d’interprétation du français vers la LSF en 6 étapes :

  1. Écouter / entendre : avant de pouvoir commencer à traduire il faut disposer d’un certain nombre d’éléments d’information, d’où un décalage nécessaire entre l’énoncé et l’interprétation de cet énoncé ;
  2. Comprendre et analyser le sens : cela signifie non seulement comprendre la langue mais aussi toutes les composantes du message à interpréter (explicites et implicites) ;
  3. Retenir le sens : il s’agit de mémoriser la phrase afin de pouvoir l’organiser pour la transmettre dans la langue cible ;
  4. Visualiser des images mentales, ébaucher une première interprétation mentale : c’est la phase la plus délicate. La langue des signes étant une langue visuelle, qui se déploie dans un espace en 3D, le travail de l’interprète est de créer des images auxquelles il donnera vie via des signes normés. Il faut donc parvenir à se représenter le discours en images mentales comme une succession de dessins de bandes-dessinées ;
  5. Interpréter vers la LSF : il s’agit de trouver les signes, les structures de grande iconicité (donner à voir) ou expressions signées les plus adéquates pour rendre compte des images mentales préalablement construites. C’est à ce moment par exemple qu’on met en place des stratégies d’interprétation pour contourner une difficulté comme l’absence d’un signe par exemple en imaginant des périphrases ;
  6. Contrôler mentalement la bonne qualité de la traduction : avoir un regard critique sur sa production, vérifier que les signes sont correctement configurés et justement placés dans l’espace de signation, que tous les éléments sont présents (rythmes, intonations, expressions du visage…).

Bien sur ce processus n’est pas linéaire : tandis que je construis mes images mentales je continue d’écouter et de mémoriser  la suite du discours tout en contrôlant ma propre expression, l’ensemble de ces étapes s’effectuant à la vitesse de l’éclair.
C’est pourquoi, en raison des efforts cérébraux fournis, des pauses régulières et le respect d’une durée de travail maximum sont nécessaires. Ainsi on considère que pour une conférence de 3h, trois interprètes F-LSF se relayant toutes les 15mn seront nécessaires. Au delà de cette durée, les mécanismes se grippent : la qualité de l’interprétation baisse proportionnellement à la fatigue de l’interprète et elle nuit à sa santé avec par exemple l’apparition de TMS.

Sources :
« L’Interprétation en Langue des Signes » (Alexandre Bernard, Florence Encrevé et Francis Jeggli)
« Entre Sourds et Entendants, un mois avec un interprète en langue des signes« (Pierre Guitteny)
« L’interprétation des expressions figées du français vers la Langue des Signes » Française (Corinne Ledée, mémoire de fin d’études)

5 formations pour devenir interprète en langue des signes

[un article plus récent sur le même thème avec
des liens mis à jour est disponible  ici]

 

Régulièrement, dans les commentaires postés par les lectrices ou lecteurs de ce blog, on me reproche de dénigrer les interfaces, voire d’être insultant à leur égard.

Il est vrai que je suis mal à l’aise avec cette activité qui n’est encadrée par aucun diplôme, ni aucune formation. On y voit donc tout et souvent n’importe quoi.
Néanmoins, si des personnes veulent apprendre la langue des signes pour ensuite aider accompagner des personnes sourdes dans leurs démarches administratives, les guider dans les méandres des procédures judiciaires, leur expliquer le fonctionnement de Pôle Emploi, pourquoi pas ?
En revanche, il est malhonnête de s’auto-proclamer interprète en langue des signes uniquement parce qu’on pratique cette langue et d’endosser ce rôle d’interprète comme le font parfois des interfaces.

C’est pourquoi si vous souhaitez exercer la profession d’interprète Français/Langue des Signes Française, vous devez posséder l’un des diplômes requis.
En effet, avoir un bon niveau en langue des signes est une condition nécessaire mais pas suffisante pour devenir interprète. Pour exercer ce métier il faut suivre une formation de cinq années après le bac où en plus de parfaire votre expression en LSF et en français (qui sont les deux langues de travail), vous apprendrez à connaitre, comprendre et appliquer le code éthique (secret professionnel, fidélité, neutralité), vous étudierez  différentes stratégies d’interprétation (par exemple à vous décaler du discours original) , vous découvrirez ce que signifie déverbaliser, vous vous familiariserez avec la théorie des efforts…
De plus, de longues périodes de stage pratique auprès d’interprètes diplômés vous permettront d’acquérir les bases de ce métier.

Aujourd’hui en France 5 universités délivrent un diplôme d’interprète F/LSF reconnu pas l’AFILS (Association Française des Interprètes Traducteurs en Langue des Signes).

Dans un mois débuteront les inscriptions alors si vous êtes tentés par ce métier, consultez les sites internet de ces universités et n’hésitez pas à les contacter pour d’autres informations.
Généralement pour postuler à l’examen d’entrée, on vous demande en plus de solides compétences en français et LSF, de posséder une licence, quelque soit sa spécialité.

carte formations

Université Paris 3 (ESIT) :
Centre Universitaire Dauphine (2ème étage)
Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 75016 PARIS
Tel : 01 44 05 42 14
Lien vers le site Internet

Université Vincennes Saint-Denis (Paris 8) : 
2 rue de la Liberté 93526 SAINT-DENIS
Bât A, salle 144
Tel : 01 49 40 64 18
Lien vers le site Internet

Université de Toulouse Le Mirail (CETIM) :
Bâtiment 31- bureau LA 16
5 allées Antonio Machado 31058 TOULOUSE Cedex 9
Tel : 05 61 50 37 63
Lien vers le site Internet

Université Charles de Gaulle (Lille 3) :
UMR STL–bâtiment B
B.P. 60149 59653 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX
Tel : 03 20 41 68 87 ou 03 20 41 69 36
Lien vers le site Internet

Université de Rouen : 
rue Lavoisier
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tel : 0235146000
Lien vers le site Internet

Merci à Antony pour la carte

Comment évaluer la qualité d’une interprétation ?

C’est la fin de l’hiver et telles les hirondelles annonçant le printemps, voici les stagiaires interprètes qui apparaissent un peu partout en France. Suivis par un tuteur, ils ou elles se frottent (angoissés) à la réalité du métier : ils vont enfin apprendre durant plusieurs mois les astuces de la profession, s’entrainer à résister à la pression, parfaire leur expression en langue des signes et en français. Bref il vont apprendre à être un « bon » interprète.

C’est en discutant avec un tuteur sur les critères d’évaluation (« comment évaluer la qualité d’une interprétation ») que m’est revenu en tête l’article que R. Locker McKee avait rédigé en 2008 et intitulé « Quality in Interpreting », The Sign Language Tranlator and Interpreter et qui est présenté dans l’ouvrage « Entre Sourds et Entendants » publié sous la direction de Pierre Guitteny.

Dans son étude, l’auteur note que les critères de qualité d’une interprétation en langue des signes varient selon le point de vue d’où on se place, coté interprètes ou coté sourds : les premiers mettent l’accent sur la neutralité, l’attitude professionnel (bref sur un respect scrupuleux du Code déontologique), tandis que les seconds mettent en avant la « fiabilité » de l’interprète, qui comprend sa connaissance du monde des sourds, de leur culture, son respect de la communauté sourde, un mélange d’éléments linguistiques, affectifs et interactionnels.

Le chercheur a mené une enquête auprès d’interprètes en langue des signes de Nouvelle-Zélande. Parmi les critères de qualité d’une interprétation, ceux-ci ont retenu :
– la « précision », la fidélité de la traduction ;
– la « conduite professionnelle » (secret, ponctualité, intégrité…) ;
– la « gestion de l’interaction » (l’adaptation aux circonstances, l’adaptation culturelle culturelle, le rapport avec les clients).

Face à ces critères mis en avant par les interprètes néo-zélandais, il faut rappeler que généralement, pour évaluer la qualité d’une traduction on distingue 3 niveaux :

1- la justesse de la traduction : la fidélité au sens du message original ;
2- la finesse de la traduction : l’adaptation au style d’expression des locuteurs, à la situation, aux niveaux de langue, etc. ;
3- la beauté de la traduction : la capacité à trouver immédiatement l’image ou l’expression qui reflètera le plus adéquatement possible ce qui a été énoncé dans l’autre langue.

Le premier niveau est le niveau minimum requis pour réussir un examen d’interprète. Le deuxième niveau, pour des étudiants interprètes, est souvent considéré comme un plus lors des examens (ce qui fera passer la note de 12 à 18). Le troisième niveau est souvent perçu comme l’apanage d’interprètes expérimentés, le « Saint Graal » pour chacun d’entre nous.

Pour revenir à l’interprétation d’une langue vocale vers une langue des signes (du français vers la LSF par exemple) cette différence entre une traduction simplement bonne et une traduction très bonne, cette différence entre une traduction réalisée par un interprète débutant et un interprète plus expérimenté concerne principalement voire exclusivement le maniement de « l’iconicité ».

Ainsi, vers le français, une des principales difficultés concerne la capacité à trouver rapidement des mots ou expressions permettant de formuler, de retranscrire toute la richesse tout le foisonnement de l’image dépeinte  en signes dans l’espace de signation. Or cela peut-être un véritable défi : il est possible en quelques signes de planter un décor, dépeindre des personnages voire toute une situation, ce qui nécessite de longues et multiples phrases dans une langue vocale.
A l’inverse, vers la langue des signes, le plus difficile, ce qui permet aux locuteurs sourds d’apprécier la qualité des traductions, est de passer d’une succession de mots et de phrases non pas à une succession de signes, mais avant tout à un tableau spatialisé, toute une scène avec ses avant-plans et arrière-plans, ses rapports et distances, ses décors, ses personnages…

Or, il serait faux de croire que cela ne concerne que quelques types de traductions, comme les contes ou les récits imaginaires.
Ce passage d’un texte ou discours purement linéaire à une scène en trois dimensions peut concerne tout type de traductions, que ce soit l’austère cours de physique-chimie, l’ultra-technique cours d’informatique, une consultation médicale, un procès en cours d’assises…

Je me souviens que durant ma formation, on nous demandait de traduire des extraits de textes compliqués comme ceux d’une loi.
Par exemple, nous devions traduire vers la langue des signes française les articles du code civil que prononce le maire lors d’un mariage (ex : « si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives »).
En première intention, en interprétation directe, tous les étudiants produisaient une traduction de type linéaire, une suite de signes sans placement particuliers. On nous demandait alors de reprendre l’article en question et d’en réaliser une présentation sous forme dessinée (traduire en image sur une feuille de papier, déverbaliser), présentant les différents objets ou personnes dont il est question et leurs rapports, leurs intéractions. Puis nous signions ces schémas. Immédiatement ces traductions signés était plus claires, plus lisibles.

Ainsi tout texte, tout discours même le plus ardu ou qui peut sembler le plus rétif à une « bonne » traduction s’il passe par l’étape indispensable d’une représentation visuelle peut donner lieu à une traduction claire, précise concise en langue des signes.
Et c’est là sans doute qu’est le critère premier pour produire une interprétation de qualité : maîtriser ce que l’on nomme la pensée visuelle.

Jouons à « comprendre pour traduire »

En ce dimanche après-midi un peu maussade voici un petit jeu en lien avec la traduction ou l’interprétation vers des langues vocales ou vers des langues des signes.

D’abord un rappel théorique : l’interprète doit saisir le sens du discours pour le traduire vers une langue cible. Il ne s’agit pas simplement de traduire les mots, sinon, il ferait du transcodage. Comme le précise Danica Seleskovitch, interprète de conférence et ancienne professeur à l’université Paris III de l’ESIT, le «sens» du message est au cœur de tout processus interprétatif. «Pour interpréter, il ne faut jamais oublier que le but de l’opération est de transmettre un sens, qu’il convient de ne pas coller aux mots, et aux structures des phrases de l’original qui ne doivent pas être traduits tels quels car ils ne sont que des signaux qui indiquent la route à suivre et non la route elle-même». En résumer traduire/interpréter c’est d’abord comprendre.

Voici l’extrait d’une décision du Conseil d’Etat (qui nous a été transmise par un de nos collègues facétieux proposant qu’il serve d’exercice d’entraînement aux futurs interprètes en langue des signes française) :

« Considérant, en deuxième lieu, que le refus de prendre, de modifier ou d’abroger un acte réglementaire ne saurait être regardé comme purement confirmatif d’un refus antérieurement opposé à une demande tendant aux mêmes fins ; qu’il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de ce que le caractère prétendument définitif d’un refus d’abrogation de la recommandation litigieuse, antérieurement opposé par la Haute Autorité de santé, ferait obstacle à ce que la décision du 7 septembre 2009 puisse être contestée au contentieux, ne peut qu’être écartée ; »

Alors pour occuper votre dimanche après-midi je vous propose :
1- de comprendre le sens de cette phrase (en d’autres termes de parvenir à la reformuler dans la langue source) ;
2- d’imaginer comment traduire cet extrait vers une langue cible.

Bon courage !

Et si vous n’en avez pas assez, voici le texte complet : http://bit.ly/jurisprudencece

Vous noterez que cette décision est rendue « au nom du peuple français ». Il serait peut-être judicieux de créer une spécialisation interprète français/français.

Déverbaliser vers la langue des signes

Comme nous l’avions déjà expliqué, interpréter un discours en français vers la langue des signes ne signifie pas accoler un signe à un mot à toute vitesse. Ce serait un travail fastidieux voire impossible et la langue des signes perdrait son statut de langue pour devenir un simple langage (comme le langage informatique par exemple) puisqu’il ne s’agirait alors que d’effectuer du transcodage.
Pour parvenir à effectuer une interprétation de qualité, pour pouvoir affirmer que tous les propos, les thèmes ou les situations sont interprétables du français vers la langue des signes (et inversement) il est nécessaire d’opérer un travail de déverbalisation.
En d’autres termes, pour faire comprendre le sens d’un énoncé dans une autre langue, il faut le réexprimer dans des formes qui seront d’autant plus claires qu’elles auront été trouvées dans le refus conscient de la transposition verbale (ou transcodage).

Généralement, le processus d’interprétation (qui est aussi valable pour les interprètes en langue vocales) se découpe en 6 étapes :
1- Ecouter
2- Comprendre et analyser le sens
3- Retenir le sens
4- Visualiser des images mentales, ébaucher une première interprétation mentale
5- Interpréter vers la langue des signes
6- Contrôler mentalement la bonne qualité de la traduction.

L’acte de déverbaliser se situe entre la 3ème et la 4ème étape et c’est évidemment l’étape la plus importante dans le processus d’interprétation. Il s’agit pour chaque unité syntaxique (ou phrase) de libérer le message de l’auteur de la langue qui lui a donné naissance et de le transformer en images mentales qui ne reposent sur aucun support langagier. Le sens est alors « déverbalisé » (en simplifiant, on pourrait dire détaché du mot, du verbe, de l’adjectif). Cette étape est assurément la plus mystérieuse de tout le processus de traduction. Le sens est là, on le « voit » mais il n’est ancré dans aucun réceptacle. Plus le sens se détache de son support premier et plus facile est l’étape qui suit, à savoir le réancrage du sens dans la langue d’arrivée (en l’occurrence l’étape n°5, l’interprétation en langue des signes).

C’est pourquoi, nous (les interprètes en général et plus particulièrement les interprètes en langue des signes) devons impérativement, dans notre démarche de traduction, passer par des schémas (mentaux) qui nous permettent de construire puis de « voir » des images. De plus, les langues des signes étant des langues visuelles, ces images nous aideront ensuite à « placer » le discours que nous interprétons dans l’espace de signation situé devant nous.
Ceci explique également pourquoi nous avons besoin d’avoir un léger décalage (une à deux secondes généralement) entre le discours original et son interprétation. En effet, dès le début du discours, et afin de pouvoir correctement déverbaliser (ou visualiser) il nous faut un temps d’écoute actif durant lequel nous analysons le sens du message avant de le retransmettre en langue des signes.

Pour illustrer ce propos, voici un texte extrait d’un journal télévisé (journal de BFM TV du 11 Août 2010) puis un exemple de déverbalisation permettant de le « construire en images » afin de le traduire en langue des signes française :

La transcription (trame de l’interprétation finale) en langue des signes donnerait quelque chose comme ceci :

<marée noire de pétrole> <dirigeants BP ont quitté> <sont allés à la Maison Blanche à Washington> <ils ont vu Obama> <20 milliards de dollars sont prêts pour les victimes> <Obama content> .