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Témoignage d’une interprète belge en LS

Les citoyens belges ne sont pas uniquement soucieux de trouver rapidement un 1er ministre.
L’absence de formations pour devenir interprète en langue des signes entraînant une probable pénurie de ces professionnels diplômés les préoccupe tout autant comme je vous l’expliquais dans un billet hier.

Ainsi, aujourd’hui, le journal belge L’Avenir propose une interview de Christiane Broekman interprète en langue des signes depuis 25 ans:

Christiane Broekman, vous êtes interprète officiel depuis près de 25 ans. Pouvez-vous préciser la différence entre langue des signes et langage des signes ?
La langue des signes est une langue qui a été reconnue par la Communauté française. Le terme langage des signes est donc péjoratif à l’heure actuelle. Il y a une croyance erronée qui dit que la langue des signes ne serait pas accessible à tous et ne serait utile que pour les personnes sourdes elles-mêmes et entre elles.

Justement, l’apprentissage de la langue des signes est-il accessible à tout le monde ?
Oui, bien sûr. À tout le monde. Mais il faut avoir la volonté de vouloir l’apprendre, malgré les difficultés. Comme pour n’importe quelle langue.

Quelles sont-elles, vous qui avez choisi d’apprendre cette langue ?
En ce qui me concerne, le plus difficile a été de me détacher du français. Il faut vraiment laisser tomber son esprit de personne entendante, et véritablement se laisser entraîner dans le monde des malentendants. D’autant qu’il s’agit d’un apprentissage qui prend du temps. Car ce n’est pas une langue qui s’écrit. Donc il faut beaucoup la pratiquer avant de pouvoir la maîtriser totalement. Et cela ne peut se faire qu’en côtoyant le monde des sourds et malentendants. Aussi, la langue des signes est une langue vivante, elle évolue au fil du temps, avec de nouveaux mots qui apparaissent, comme internet, etc.

Existe-t-il, à l’heure actuelle, un enseignement pour apprendre cette langue ?
Non, cela ne se fait qu’à partir de cours en promotion sociale, en soirée et sur une durée de cinq ans.

N’est-ce qu’une impression ou la langue des signes est de plus en plus implantée dans notre société ?
C’est vrai qu’on en parle de plus en plus. Beaucoup soutiennent vouloir apprendre cette langue. Mais il y a encore un pas entre l’envie d’apprendre et apprendre réellement. C’est aussi devenu un petit phénomène de mode. Nous sommes de plus en plus sollicités pour les concerts, les réunions, le théâtre, les congrès politiques, etc. Et dans certains cas, c’est uniquement pour se donner une bonne image. Mis à part cela, on sent tout de même que les choses évoluent positivement.

Gil BIDOUL – L’Avenir.net

Vers une pénurie d’interprètes en LS en Belgique

Comme le soulignait Shimrod dans un récent commentaire, le manque d’interprètes en langue des signes française (LSF) en France est manifeste et favorise des solutions bancales comme la multiplication d’interfaces et autres personnes revendiquant à tort le titre d’interprètes.
Ainsi que je le soulignais dans ma réponse, il y a actuellement en France environ 280 interprètes diplômés qui exercent leur profession (c’est autant que pour la seule ville de New-York) et on considère que 1000 interprètes diplômés seraient un minimum. Autre comparaison : en Suède ils sont 3000 pour une population de 9 millions d’habitants.
Il faut donc encourager ceux qui souhaitent se former à ce métier, faciliter la formation continue pour justement permettre à des personnes ayant déjà une bonne connaissance de la LSF de devenir interprètes diplômés.

Ce manque d’interprètes en langue des signes n’est pas propre à la France ainsi que le révèle un article du journal belge L’Avenir. Pire les sourds de Belgique doivent parfois faire venir de France des interprètes en LSF pour traduire des manifestations ce qui peut poser quelques problèmes de compréhension car la langue des signes de Belgique francophone (LSFB) diffère légèrement de la langue des signes française.
Voici cet article qui est paru le 23 Septembre 2011 :

"Depuis 5 ou 6 ans, plus un seul interprète en langue des signes n’a été diplômé. Pour une bonne raison : il n’y a plus de formation. La situation devient critique.
Ce samedi 24 septembre marque la journée mondiale des sourds. Le chef de groupe cdH au Parlement de la Communauté française, Marc Elsen en profite pour rappeler qu’il y a urgence au moins sur un point : la création d’une formation d’interprètes en langue des signes.
Il n’existe plus aucune formation qualifiante dans ce secteur depuis quelques années. «Il est urgent de former des interprètes de haut niveau pour l’aide administrative, judiciaire, hospitalière et autres situations qui nécessitent un vocabulaire spécialisé», avance Marc Elsen.
«On cherche. Et on n’en trouve pas. Forcément…».
À l’association belge des interprètes, Isabelle Hulin confirme à 100 %. «On se bat pour qu’une formation revoie le jour, on multiplie les démarches. Il y a une piste en ce moment : une formation de promotion sociale, en collaboration avec l’université de Lille», explique-t-elle.
«On espérait même que ce serait prêt pour la rentrée 2011, mais c’est raté. En 2012, sans doute. Mais les besoins sont là, urgents. On cherche des interprètes en langue des signes maintenant. Et on n’en trouve pas !Forcément, puisque plus aucun diplôme n’’est délivré» insiste Isabelle Hulin.
Et, par ailleurs, il n’y a toujours pas de formation de niveau supérieur, en cinq ans. "Les deux dernières engagées étaient des Françaises. On tourne en rond".
Marc Elsen a interrogé à ce sujet le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt. Le ministre est partant pour lancer un master. Mais c’est très compliqué et les réseaux ne sont pas prêts à collaborer. «Aujourd’hui, le projet semble au point mort», en conclut Marc Elsen.
«Les personnes sourdes ont des droits. Et un de leurs droits essentiels est de pouvoir bénéficier d’un interprète. Elles en ont besoin dans tous les domaines. Se marier, baptiser un enfant, acheter une maison…», rappelle Isabelle Hulin. «Et là, on nie ces droits. Ce sont pourtant des citoyens à part entière !».

Source : http://www.lavenir.net

Notons que ce problème est ancien car l’année dernière, La Libre Belgique évoquait déjà cette pénurie. Vous trouverez l’article en suivant ce lien.

J’en profite pour saluer Maurice Hayard, Directeur de l’Agence de sensibilisation Surdimobil située à Loncin en Belgique et qui œuvre sans cesse pour la reconnaissance de la communauté sourde, de sa culture, de la langue des signes et qui est un ardent défenseur des droits de la personne handicapée et de l’égalité des chances pour tous.
C’est lui qui m’a alerté sur les problèmes rencontrés au quotidien par les sourds belges qui s’inquiètent de bientôt ne plus pouvoir trouver d’interprètes en langue des signes de Belgique francophone diplômés.
Il me signale d’ailleurs que si j’ai "des amis interprètes en LSF qui cherchent des emplois, il y a 2 places vacantes".