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Les 6 étapes de l’interprétation simultanée

Afin de comprendre pourquoi être bilingue en français – langue des signes française (LSF) est une condition nécessaire mais pas suffisante pour espérer être un bon interprète il suffit d’étudier les mécanismes complexes mis en oeuvre pour produire une interprétation simultanée (c’est à dire interpréter le discours d’un intervenant en même temps qu’il s’exprime) de qualité.

2010_01_14

En effet, traduire ou interpréter n’est pas simplement remplacer un mot par un autre mot (ou signe). On peut d’ailleurs remarquer que les logiciels de traduction automatique qui emploie cette technique offrent rarement des résultats satisfaisants. De plus, lorsqu’une personne s’exprime, elle ne se contente pas de combiner syntaxiquement des termes de sa langue. Par sa voix, ses intonations, ses mouvements corporels, ses hésitations… elle module le sens de son expression, le nuance, le contredit…
Le sens (ou "vouloir-dire") de l’expression verbale est donc en réalité une synthèse de ces multiples facteurs. Par exemple en fonction de l’intonation que j’emploie, la signification du mot "bravo" peut être très différente (du compliment sincère à un certain mépris).

Afin d’extraire cette substantielle moelle des propos d’un locuteur, l’interprète utilise un procédé dénommé "déverbalisation". Cela signifie qu’il doit se détacher de la forme des propos du locuteur pour se concentrer sur le sens, et ne garder à l’esprit qu’une trame déverbalisée (l’idée, l’intention, le message mais sans les mots) de ce qu’il vient d’entendre. Il pourra ensuite donner une nouvelle forme à cette image déverbalisée qu’il a gardé en mémoire, dans la langue d’arrivée.

Marianne Lederer et Danica Seleskovitch dans leur célèbre ouvrage "Interpréter pour Traduire (2001)" résument ainsi notre travail : "En même temps que l’interprète entend le discours, il perçoit la situation globale [...] ; en même temps qu’il conceptualise ce qu’il vient d’entendre, il entend la suite et énonce le résultat de son opération de conceptualisation ; ce faisant, il écoute également ce qu’il dit lui-même pour vérifier la correction de son expression."

Autrement dit, on peut découper le processus d’interprétation du français vers la LSF en 6 étapes :

  1. Écouter / entendre : avant de pouvoir commencer à traduire il faut disposer d’un certain nombre d’éléments d’information, d’où un décalage nécessaire entre l’énoncé et l’interprétation de cet énoncé ;
  2. Comprendre et analyser le sens : cela signifie non seulement comprendre la langue mais aussi toutes les composantes du message à interpréter (explicites et implicites) ;
  3. Retenir le sens : il s’agit de mémoriser la phrase afin de pouvoir l’organiser pour la transmettre dans la langue cible ;
  4. Visualiser des images mentales, ébaucher une première interprétation mentale : c’est la phase la plus délicate. La langue des signes étant une langue visuelle, qui se déploie dans un espace en 3D, le travail de l’interprète est de créer des images auxquelles il donnera vie via des signes normés. Il faut donc parvenir à se représenter le discours en images mentales comme une succession de dessins de bandes-dessinées ;
  5. Interpréter vers la LSF : il s’agit de trouver les signes, les structures de grande iconicité (donner à voir) ou expressions signées les plus adéquates pour rendre compte des images mentales préalablement construites. C’est à ce moment par exemple qu’on met en place des stratégies d’interprétation pour contourner une difficulté comme l’absence d’un signe par exemple en imaginant des périphrases ;
  6. Contrôler mentalement la bonne qualité de la traduction : avoir un regard critique sur sa production, vérifier que les signes sont correctement configurés et justement placés dans l’espace de signation, que tous les éléments sont présents (rythmes, intonations, expressions du visage…).

Bien sur ce processus n’est pas linéaire : tandis que je construis mes images mentales je continue d’écouter et de mémoriser  la suite du discours tout en contrôlant ma propre expression, l’ensemble de ces étapes s’effectuant à la vitesse de l’éclair.
C’est pourquoi, en raison des efforts cérébraux fournis, des pauses régulières et le respect d’une durée de travail maximum sont nécessaires. Ainsi on considère que pour une conférence de 3h, trois interprètes F-LSF se relayant toutes les 15mn seront nécessaires. Au delà de cette durée, les mécanismes se grippent : la qualité de l’interprétation baisse proportionnellement à la fatigue de l’interprète et elle nuit à sa santé avec par exemple l’apparition de TMS.

Sources :
"L’Interprétation en Langue des Signes" (Alexandre Bernard, Florence Encrevé et Francis Jeggli)
"Entre Sourds et Entendants, un mois avec un interprète en langue des signes"(Pierre Guitteny)
"L’interprétation des expressions figées du français vers la Langue des Signes" Française (Corinne Ledée, mémoire de fin d’études)

L’arnaque du couteau suisse

couteau-suisse

Couteau suisse : c’est ainsi qu’une de mes professeures d’interprétation F-LSF, surnommait les interfaces de communication en langue des signes françaises (LSF) car ils se prévalent souvent d’une myriade de compétences  et de références impressionnantes qui dissimule en réalité une absence de qualités professionnelles. Un peu comme cet instrument qu’on croit universel mais qui finalement ne coupe pas très bien le saucisson, débouche mal les bouteilles, décapsule difficilement les bières et ne scie pas du tout les branches des arbres.

L’exemple ci-dessous (merci à Didier pour cette trouvaille), ou cette autre annonce parue le lendemain sur le site leboncoin.fr, résume parfaitement la situation ambiguë de ces personnes qui se présentent comme des professionnels de la langue des signes française (interface, médiateur, professeur, traducteur, interprète…) mais qui en fait ne possèdent ni diplôme ni parcours universitaire ou même études supérieures justifiant une telle mise en avant.

Souvent, parce qu’ils ont suivi une initiation à la LSF de quelques semaines ou parce qu’ils ont des parents sourds, ils ou elles se jugent parfaitement à même d’exercer nombre d’emplois demandant une compétence en langue des signes (que malheureusement ils ne possèdent pas). Mieux certains imaginent même pouvoir enseigner cette langue qu’ils pratiquent si maladroitement !

Pour mieux comprendre ce que représente ces petites annonces, imaginez simplement votre réaction devant une personne qui, se souvenant vaguement de ses cours d’anglais en 6ème, se présenterait à vous comme experte en cette langue !!!

Capture d’écran 2013-06-05 à 06.37.43

Néanmoins je ne souhaite pas ici jeter l’opprobre sur les associations qui permettent un rapprochement entre les sourds et les entendants grâce notamment à des animateurs/trices qui, bien que maîtrisant parfois mal la LSF, proposent des activités à des personnes sourdes et/ou entendantes dans le but d’aider ces deux communautés à mieux se connaître ou bien qui organisent des permanences d’accueil et d’écoute au sein d’administrations publiques.
Ils font oeuvre de médiation certes – parfois sans la présence d’interprètes, hélas – mais au moins ils ne s’arrogent pas des titres ou des fonctions qu’ils ne possèdent pas.

Ce que je dénonce inlassablement au fil de mes billets (malgré les nombreuses critiques que cela me vaut comme celle-ci ou celle-là) ce sont des individus comme "Martin" qui, n’ayant suivi aucune formation diplômante, s’arroge le droit d’exercer une activité auprès d’un public souvent fragilisé car mal intégré dans la société française, peu informé, manquant de repères.

Ce sont ces personnes illégitimes que j’accuse effectivement d’exploiter la faiblesse et la naiveté de certaines personnes sourdes pour leur propre bénéfice (financier bien sur) et le contentement de leur ego ("regardez comme je suis gentil, j’aide les sourds").
Cette annonce parue sur leboncoin.fr en est la preuve éclatante et malheureusement, un peu partout en France, des personnes bien ou mal intentionnées profitent du flou entourant la reconnaissance de la profession d’interprète en langue des signes française pour arnaquer des personnes sourdes ou malentendantes.
Cela doit donc nous motiver nous, les interprètes F-LSF, à nous battre pour obtenir enfin des pouvoirs publics une reconnaissance officielle de notre activité d’interprète/traducteur afin d’éviter ce type d’arnaque.

Quand on lit l’annonce ci-dessus on a envie de rire, mais, comme l’écrit un de mes collègues interprète, "interpréter sans compétence, c’est mettre en danger les usagers". Imaginer simplement les dégâts que cause cette femme en traduisant n’importe comment une consultation médicale…

Pater noster – Padre nostro – notre Père

L’annonce, la semaine dernière, de l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio sur le trône de Saint-Pierre a donné lieu à une jolie controverse sur la mauvaise qualité de l’interprétation de l’italien vers le français des  prières "Notre Père" et "Je vous Salue Marie" que François 1er récitait du haut de son balcon.
Sur TF1, la traduction fut hésitante, les phrases bizarrement construites si on se réfère au texte traditionnel de la première, l’interprète délivrant une traduction littérale et non la version habituelle en français de la prière comme le montre cette vidéo :

françois

C’est ainsi que sur le forum du site de TF1, on pouvait lire des messages critiques postés par les internautes déboussolés : "j’ai tenté de suivre hier sur votre chaîne les premières images et surtout les premiers mots du Pape François. Le Pape avait choisi de s’exprimer en italien et à juste titre vous disposiez d’une traductrice. Les hésitations à répétitions et les absences de traduction ont rendu incompréhensibles les propos du Pape. La tentative de traduction littérale des deux prières connues par plus d’un milliard de personnes sur Terre a été le sommet. Ce n’était pas digne de l’événement."

Plus étonnant est le débat qu’a ouvert le site internet "Arrêt sur Image" en se demandant si "la traductrice se devait de connaître le Notre Père, alors que TF1 est une chaîne généraliste et laïque ?" Et d’ajouter : "traduire le Notre père en le récitant, est-ce de la culture ou de la religion ?"

Avant d’essayer de répondre à cette question, il faut d’abord rappeler que tous les interprètes/traducteurs doivent posséder une connaissance approfondie (sociale, culturelle, politique…) des deux communautés pour lesquelles il travaille, sourds et entendants pour les interprètes en langue des signes. C’est par exemple connaître les productions artistiques des deux communautés (pièces de théâtre, poèmes…) les événements historiques,, les personnages célèbres, les discours emblématiques… pour être capable de traduire au plus juste un locuteur qui y ferait allusion.
Ainsi que le souligne Daniel Gile"certains termes et expressions, notamment les termes culturels sont indissociables d’un fait historique, d’un environnement social, d’une affectivité propre à une communauté linguistique, qui ont des incidences textuelles à travers des nuances dans des emplois et des sens." 

Or, alors que l’interprète fait d’habitude le choix de ne traduire que le sens, souvent au détriment de la forme (surtout quand il travaille dans l’urgence, en interprétation simultanée) dans ces situations ou la référence culturelle est prégnante (comme lors de cérémonies rituelles) et où la forme elle-même devient porteuse de sens il se doit de la respecter intégralement, l’objectif premier étant, bien sur, que le message soit compris. C’est seulement ainsi qu’il sera réellement fidèle au discours et à l’intention du locuteur.
En modifiant la forme de phrases que certains téléspectateurs ont apprises par coeur lors de cours de catéchisme, l’interprète a rendu ces phrases incompréhensibles non parce que le sens était faux ou peu clair mais parce qu’elles n’étaient plus reconnues.

Sans vouloir accabler ma collègue qui officiait ce soir là durant la grande messe du 20h (nous ne connaissons ni le contexte de son intervention, ni ses conditions de travail) sa mésaventure nous rappelle en outre qu’il faut posséder une culture générale de qualité quand on veut exercer le métier d’interprète quelles que soient les langues de travail.
En l’occurrence, on peut imaginer qu’un interprète intervenant lors de l’élection d’un pape va, à un moment ou un autre, se trouver à devoir traduire des textes "normés" (comme les prières). D’où la nécessité d’avoir une bonne culture religieuse dans les deux langues pour pouvoir traduire justement en respectant et le fond et la forme non seulement ces textes mais aussi le vocabulaire spécifique comme camerlingue, protodiacre…

D’ailleurs, comme le stipule l’article 2 du deuxième titre du code éthique de l’Afils (Association Française des Interprètes en Langue des Signes) : "l’interprète s’engage, dans la mesure du possible, à se former dans le but de répondre aux besoins des usagers."

Cela signifie, pour poursuivre sur le thème du religieux, que si un interprète est amené à traduire en LSF (par exemple) un mariage ou un enterrement suivant le rite catholique il fera auparavant des recherches pour savoir si des sourds ou d’autres interprètes ont déjà proposé des traductions des textes ou des prières qui seront lus ou, si ce n’est pas le cas, il réfléchira à des stratégies d’interprétation pour tel ou tel terme ou expression.
Il pourra par exemple se reporter au DVD "L’Evangile de Luc traduit en LSF" dont je vous ai déjà parlé lors d’un précédent billet.
Idem s’il traduit un événement en lien avec la religion musulmane, il pourra certainement trouver des informations précieuses en consultant le site "Donne Moi un Signe."
Mais cela nécessite donc d’avoir du temps pour la préparation afin de garantir une traduction de qualité ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Par conséquent, se demander si, en exigeant d’un interprète traduisant une cérémonie au Vatican qu’il connaisse la version française du "Notre Père", ce serait renoncer à l’exigence de laïcité de l’espace publique (la télévision en l’occurrence) est absurde.
En tant qu’interprète, quand je traduis un événement catholique je me dois de connaître les principales prières non pour des motifs religieux (je laisse mon éventuelle foi de coté quand je travaille car je suis neutre) mais simplement car mon travail pour être compris de tous, doit respecter les références socio-culturelles de chacun.
C’est comme cela que l’interprète est le médiateur entre deux langues, mais aussi entre deux cultures, le pont entre deux communautés.

À lire également : cet intéressant point de vue sur le blog "Les Piles Intermédiaires" .

Journal de l’AFILS n°83

Après quelques vicissitudes, le numéro 83 du Journal de l’AFILS (Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes) est enfin disponible.

À noter, dans ce numéro, la présence d’un dossier très complet sur les SCOP, structure juridique fréquemment choisie par les services d’interprètes F/LSF et un article passionnant sur "le décalage en interprétation vers la langue des signes".

Si vous souhaitez commander un numéro (celui-ci ou un plus ancien) ou vous abonner, il vous suffit d’aller sur le site de l’Afils où vous trouverez un bon de commande : 
http://bit.ly/journalafils
 .

Ce numéro est aussi le dernier qui est publié sous la houlette de l’actuel comité de rédaction composé de Thibaut Dalle, Estelle Eckert-Poutot, Isabelle Guicherd, Fabienne Jacquy et Sabine Montier.
Après plusieurs années d’investissement personnel pour garantir une diffusion régulière de cette publication, certains de ses membres veulent prendre le large et voguer vers de nouveaux horizons.
Alors bon vent à eux, et bienvenus à ceux qui reprennent la barre !

83/1

 

83/2

Présentation du métier d’interprète en langue des signes

Il me semble intéressant en ce début d’année (et aussi pour répondre collectivement aux nombreux mails que je reçois qui me questionnent sur mon métier) de rédiger une présentation synthétique du métier d’interprète en langue des signes française.

Métier ILS

1/ Son rôle
L’interprète est un professionnel formé aux techniques d’interprétations et diplômé. Il intervient aussi bien pour les personnes sourdes que pour les personnes entendantes en interprétant tous les échanges. C’est un pont linguistique et culturel entre deux communautés, celle des sourds et celle des entendants.
Il est bien sûr bilingue et biculturel (il est indispensable d’avoir une excellente connaissance de la culture sourde).
Il favorise aussi l’accessibilité à la vie quotidienne, professionnelle, sociale, culturelle et citoyenne des personnes sourdes qui s’expriment en langue des signes (française en l’occurrence).

Contrairement aux interprètes de langue vocale qui ne travaillent généralement que vers une langue, l’interprète en langue des signes travaille "dans les deux sens" :
il interprète les discours émis en français (oral) vers la langue des signes ou les discours émis en langue des signes vers le français (oral).
Il traduit les textes écrits en français vers la LSF et les discours signés en LSF vers le français écrit.

L’interprète respecte le code éthique de sa profession tel qu’il a été défini par l’Association Française des Interprètes/Traducteurs en Langue des Signes (AFILS). Les 3 règles principales sont :

  • le secret professionnel : l’interprète est tenu au secret professionnel, il s’interdit toute exploitation personnelle d’une information confidentielle ;
  • la fidélité : l’interprète se doit de restituer le plus fidèlement le message en présence des parties concernées ;
  • la neutralité : l’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut participer à une conversation qu’il traduit. Il est particulièrement vigilant à rester neutre, aussi bien durant toutes les situations d’interprétation que durant les moments plus informels (pause-café par exemple).

2/ Ses différents types d’interventions
Nous interprétons des situations :

  • de liaison (rendez-vous professionnel, social, médical, juridique) ;
  • de réunion (entreprise, administration, réunion d’équipe) ;
  • de formation (milieu scolaire, universitaire, professionnel) ;
  • de conférence (Assemblée générale, séminaire, colloque, débat public, meeting) ;

L’interprète peut aussi intervenir en milieu artistique (visite de musées) , religieux (mariage, enterrement) ou à la télévision (traduction des journaux télévisés).
Il peut également interpréter à distance, via la visio-interprétation, afin de relayer un appel téléphonique entre un sourd et un entendant.

L’interprète peut refuser une intervention si, pour une raison éthique ou personnelle, il sent que sa prestation ne sera pas conforme à son code déontologique.

A noter : afin de fournir une interprétation optimale, un temps de préparation est indispensable. L’interprète (qui se doit bien sûr de déjà posséder une excellente culture générale) sollicite les intervenants en amont de ses interventions afin de recueillir des informations relatives au contenu des échanges et tout document susceptible de l’aider à améliorer et/ou faciliter sa prestation.

3/ L’organisation de son travail
Un interprète peut travailler :

  • en indépendant : auto-entrepreneur ou profession libérale ;
  • au sein d’un service d’interprètes en langue des signes comme salarié ou vacataire ;
  • au sein de diverses structures nécessitant les services d’un ou plusieurs interprètes comme les Instituts de Jeunes sourds, des établissements spécialisés, des structures hospitalières…

Une journée de travail correspond à 2 vacations (matin, après-midi ou soir) soit 4 heures d’interprétation effective.
En effet, afin de garantir une interprétation de qualité, le nombre d’heures maximum d’interprétation consécutive est de 2h par demi-journée (une pause de 10mn étant à prévoir à l’issue de la 1ère heure d’intervention).
Dans les situations nécessitant plus de 2 heures d’interprétation consécutive ou si l’aménagement d’une pause entre les 2 heures n’est pas possible, lors d’une conférence par exemple) un 2ème interprète est nécessaire selon deux modalités possibles :
- les 2 interprètes sont présents durant la période d’intervention avec un relais toutes les 15 à 20mn
- un interprète intervient seul pendant la première heure puis un 2ème interprète lui succède pour l’heure suivante (avec une présence conjointe en amont d’au moins 15mn, permettant d’assurer un passage de relais satisfaisant).

Bien que neutre et n’intervenant pas durant les échanges, l’interprète peut être amené à conseiller sur la situation d’interprétation pour garantir les bonnes conditions à son intervention telles que : configuration du lieu, organisation de la situation de communication, placement des différents intervenants, recadrage lorsque son rôle n’est pas bien compris avec si besoin explication des règles déontologiques, etc.

Il peut également endosser le rôle de tuteur pour des "élèves-interprètes" en formation.

4/ Sa rémunération
En début de carrière, la rémunération d’un interprète en langue des signes est modeste au regard des 5 années d’études supérieures nécessaires pour être diplômé : 1200 à 1500 € net par mois.
Ensuite, après quelques années d’expériences professionnelles elle devient très variable, en fonction des vacations effectuées, du statut…

5/ Une synthèse des compétences
Dans son mémoire de fin d’études mon collègue Christophe Ricono (qui travaille à Ex-aequo, Lyon) a proposé une synthèse des compétences requises par ce métier. Comme je ne ferais pas mieux qui lui, je reproduis son tableau :

compétences ILS

6/ Les contraintes du métier

  • disponibilité et souplesse (horaires non réguliers, décalés, nécessité de devoir répondre dans l’urgence à une demande, nombreux déplacements) ;
  • isolement professionnel ;
  • risques sur la santé dus à une usure physique et intellectuelle : TMS, stress, déplacements (douleurs dorsales…) ;
  • fatigue visuelle en visio-interprétation.

7/ Les diplômes d’interprètes F/LSF reconnus par l’Afils
Vous trouverez des infos plus détaillées sur les cursus proposés (Master 2, Bac +5) dans cet article : "devenir un interprète F/LSF diplômé".

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Sources :
En plus des nombreux articles déjà publiés sur ce blog, pour des informations plus approfondies sur ce sujet, je vous conseille :
- le site de l’Afils ;
- le mémoire de Christophe Ricono intitulé : "Regard sur les compétences des interprètes en langue des signes" (PDF).

Et d’aller rencontrer des interprètes en langue des signes pour discuter avec eux. Vous verrez, nous sommes très gentils !

PS : bien sur, cette description n’étant en rien exhaustive, n’hésitez pas à m’interroger si vous avez besoin de précisions ou d’éclaircissements.

"Les interprètes sont des messagers de paix"

"Demain je vais m’approprier un nouveau public. Pendant une semaine, je vais m’identifier aux participants. Leur cause sera la mienne. Leurs inquiétudes, les miennes. Et pourtant, je garderai toujours mon esprit critique, ma distance nécessaire à la réalisation de mon travail. Car même si je parle pour l’autre, en son nom, et même si je suis moi avec mon identité personnelle et unique, je suis et reste avant tout interprète, médiateur entre deux langues, deux cultures, passeur de messages, d’annonces, jeteur de ponts entre deux terres que tout sépare. Je suis le terrain neutre, l’îlot d’entente vers lequel ils convergent. Je suis interprète, et rien ne pourra acheter ma parole ni mon intégrité. Toujours, je serai au service du message et non pas de l’humain. Toujours , je rechercherai la vérité, non pas la vérité universelle, ni la vérité d’une philosophie ou d’une doctrine, mais la vérité des mots qui me sont confiés et je dois transporter vers l’autre rive pour permettre un échange, et si possible un accord.
Je suis consciente de l’importance de mon rôle : permettre le dialogue, créer de l’écoute dans un monde de bruits sourds et de coups de feu, où la parole n’a souvent que la seconde place derrière la violence, et où elle seule pourtant peut parfois résoudre des conflits.
Les interprètes sont des messagers de paix, car ils ne prennent jamais parti."

Jenny Sigot Müller : Entre Deux Voix, Journal d’une Interprète de Conférence.

Je ne pouvais pas trouver mieux comme texte
pour souhaiter à tous mes collègues interprètes/traducteurs
une très belle année 2013 !!!

PS : je n’oublie pas ceux tués en 2012 dans le cadre de leur fonction en Irak, en Syrie et surtout en Afghanistan :
Paris s’inquiète du sort de ses interprètes afghans in Le Monde

Interprète en langue des signes : la voix des mains

C’est sous ce joli titre que Laurence Merland, journaliste au magazine L’École des Parents a rédigé un bel article présentant notre métier "méconnu du grand public, qui exige à la fois une stricte neutralité et un fort engagement". Pour cela elle a interviewé cinq interprètes F/LSF (dont moi-même) qui éclairent certains aspects de cette profession.

Je vous en propose une copie et vous encourage à acheter la revue qui propose également un dossier passionnant intitulé "Des Rituels à Réinventer".

© L’Ecole des Parent – N°597 – Juillet/Septembre 2012

 

Un entretien avec Frédéric Poivre, interprète F/LSF

Quelle chance !
Actuellement mon emploi du temps ne me laisse que peu de temps pour me consacrer à ce blog.

Heureusement, le week-end dernier, La Voix du Nord publiait une interview de Frédéric Poivre, interprète en langue des signes française depuis une dizaine d’années.

Je suis d’autant plus content de le citer qu’il fut mon 1er tuteur quand j’étais encore stagiaire. J’ai le souvenir d’un homme super sympa, attentif avec une langue des signes efficace et particulièrement dynamique.
Voici son interview où il vous parle de son parcours, de son métier et de Via, la Scop au sein de laquelle il travaille.

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Frédéric Poivre et la Scop « Via »
pour gommer le handicap des sourds

La reconnaissance de la langue des signes en tant que langue a part entière n’est reconnue que depuis la loi de 2005 portant sur l’insertion des personnes handicapées. Aujourd’hui, il existe treize interprètes en langue des signes française dans le Nord – Pas-de-Calais donc cinq sont installés à Roubaix, « pour des besoins de plus en plus criants », explique Frédéric Poivre, l’un des cofondateurs de « Via ».
Entretien avec celui qui a su concilier profession et éthique en essayant de gommer les différences et en travaillant en coopérative.

 Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l'entendant.
Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne
sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l’entendant

 

Pourquoi avoir fait des études de langue des signes ?

« J’ai été scolarisé dans une école qui accueillait des enfants sourds. À la récréation, je voyais des échanges en langue des signes et ça m’interpellait déjà. Plus tard, j’ai rencontré l’association lilloise de formation en langue des signes et j’ai adoré cette langue que j’ai pratiquée, au départ, sans vue professionnelle. Le métier d’interprète m’attirait également. Devant le manque cruel d’interprètes en langue des signes française, j’ai décidé de concilier les deux. »

Pourquoi avoir choisi de créer une coopérative ?

« J’ai eu mon Master II (bac + 5) en 2004 à Paris. Je suis revenu dans le Nord, d’où je suis originaire. J’ai rencontré deux interprètes en libéral. Nous avons décidé de mettre en commun nos compétences, de travailler en binômes. Vous savez, pour couvrir une journée complète de conférence il faut être plusieurs ! Et la valeur de la coopérative nous importait : nous voulions être à la fois salariés de l’entreprise et en même temps lui donner son itinéraire, pouvoir rester collés au code de bonne pratique… Les décisions sont prises par le conseil des associés. Les bénéfices engrangés vont à l’entreprise. On fait tourner la boîte et on sait où on va. « Via » a été créé en 2004 à Douai. Nous sommes arrivés à l’hôtel d’entreprises Roussel à Roubaix en 2007 et nous sommes maintenant cinq interprètes, diplômés en langue des signes. »

Quels services apportez-vous aux personnes sourdes ?

« Nous intervenons sur la métropole, le département, la région et bien au-delà s’il le faut. Nous sommes interprètes en langue des signes français comme dans les langues vocales : nous traduisons en simultané le français en langue des signes. Nous faisons de la liaison entre deux personnes, une entendante et une sourde, ou dans des réunions, autant pour des particuliers que des entreprises du privé ou du public. Nous sommes aussi appelés dans des conférences. Par exemple, depuis trois ans, nous traduisons en direct le conseil municipal de Lille qui est retransmis par Streeming sur Internet. On nous demande aussi à des cérémonies des vœux, des bilans annuels… Cette année, nous étions aux meetings des candidats aux présidentielles et aux législatives. Nous sommes également à certains cours : nous sommes en lien avec des universités, comme Lille III ou la Catho à Lille. »

Faites-vous aussi de la traduction ?

« Oui bien sûr nous traduisons d’une langue écrite à un format vidéo, ou d’un petit film vidéo d’une entreprise à un autre petit film introduit en captation en médaillon dans cette vidéo. Nous faisons aussi de la prise de notes pour une personne sourde qui ne maîtrise pas la langue des signes par exemple. Nous pouvons également l’accompagner à un rendez-vous médical, à une négociation bancaire, chez le notaire… »

Votre métier est-il viable ?

« En période de crise, le financement des besoins est difficile. Mais nous répondons à toutes les demandes, même le soir et le week-end comme pour guider dans des musées… Nous restons collés au code de déontologie, une valeur. Et coopérative est notre force. ».

Propos recueillis par Marie-Claude Guillement.

© La Voix du Nord

L’annuaire des interprètes en LSF

Après de nombreuses péripéties, plusieurs mois d’attente et quelques désillusions, un nouvel et efficace annuaire des interprètes en langue des signes française est enfin disponible sur internet.

Cet annuaire ne se contente pas de lister le nom des interprètes détenteurs d’un diplôme reconnu par l’AFILS.
On y trouve aussi des informations sur les régions et les lieux de travail des interprètes, s’ils sont ou pas affiliés à l’AFILS, de quelle université ils sont diplômés, à quelle date ils ont débuté leur activité, le nom des structures dans lesquelles ils évoluent, leurs statuts…
En bonus vous pourrez également consulter une sélection de mémoires de recherche ayant trait à l’interprétation/traduction en langue des signes.

A ce jour, 268 interprètes sont recensés mais ce chiffre devrait rapidement grossir avec les récemment diplômés de septembre.


http://www.annuaire-interpretes-lsf.com

Travailler avec un interprète, le mode d’emploi de la CIA

La torpeur estivale recouvre enfin la capitale, les interprètes en langue des signes se tournent les pouces. On profite des terrasses des cafés et on se contente de traduire les journaux télévisés (France 2, BFMTV, iTélé, LCI).

Aussi profitons-en pour nous échapper un peu, envolons-nous vers les États-Unis.
Je vous propose, en lien avec le billet précédent, de poursuivre notre immersion dans le monde mystérieux des services secrets en découvrant des extraits (traduits par moi-même) du "Manuel de l’Interrogatoire" rédidé par la Central Intelligence Agency (CIA) et destiné à ses agents (édition 1988) afin qu’ils apprennent à travailler en bonne intelligence avec les interprètes s’ils en avaient besoin un jour.

Bien sûr ces recommandations sont valables quelle que soient les langues de travail (langue des signes comprise).

INTERPRÈTES

I- Introduction :
En de nombreuses occasions (clandestins, réfugiés, prisonniers de guerre, agents suspects) les personnes interrogées ne parleront votre langue. C’est pourquoi la présence d’un interprète sera indispensable pour mener à bien l’interrogatoire.
Utilisé à bon escient, un interprète peut être un atout essentiel dans la conduite de votre mission en vous permettant notamment de respecter les diverses coutumes et traditions des personnes interrogées.
Cependant n’oubliez jamais que la présence d’un interprète ne peut remplacer avantageusement un échange direct entre vous et le suspect.

II- Difficultés et limites :
A- Le temps nécessaire pour conduire un interrogatoire sera plus que doublé.
B- Vous éprouverez des difficultés importantes à essayer d’établir un lien direct avec le suspect en raison d’un manque de contact personnel avec lui car vous ne pouvez pas lui parler directement.
C- Il est très difficile d’utiliser certaines techniques d’interrogatoire telles qu’un tir nourri de questions en présence d’un interprète.
D- Certains éléments signifiants comme l’inflexion de votre voix, le ton utilisé, ne pourront pas être perçus par le sujet (à cause du recours à un interprète) ce qui augmente les risques de malentendus.
E- La présence d’un interprète peut amener le suspect à ne pas dévoiler des informations durant l’interrogatoire. Des personnes acceptent de révéler certains éléments uniquement si elles ont l’assurance que leur propre camp ne sera pas au courant qu’elles parlent ceci afin d’éviter toutes représailles. La présence d’un troisième personnage durant l’interrogatoire, même si c’est un interprète, peut faire douter le suspect sur les promesses de confidentialité.
F- Il existe un risque sécuritaire en raison de la présence d’un interprète qui sera une personne de plus au courant de nos besoins en renseignements et il entendra un nombre considérable d’informations classifiées durant la conduite de l’interrogatoire.

III- Sélectionner les interprètes :
A- Il est important que l’interprète ait les habilitations de sécurité nécessaires car l’ennemi cherche continuellement à pénétrer notre organisation afin d’apprendre nos besoins en renseignements.
B- Il doit parfaitement parler votre langue ainsi que celle du sujet interrogé. Il doit aussi être parfaitement à l’aise à l’écrit dans les deux langues.
C- Autant que faire ce peut, la personnalité de l’interprète doit être aussi proche que possible de la votre. Cela deviendra le cas si vous êtes amenés à travailler régulièrement ensemble. En cas d’incompatibilité vous devrez prendre un autre interprète. Il doit aussi pouvoir adapter sa personnalité en fonction du suspect et des techniques d’interrogatoire employées.
D- (…) Dans certaines sociétés les femmes sont souvent considérées comme socialement inférieures. Aussi prendre une interprète féminine n’est pas conseillé si vous interrogez un homme. Certaines intonations masculines ne pourraient pas être retransmises par la voix d’une interprète féminine. Or, d’après des recherche en psychologie, hommes et femmes répondent mieux s’ils sont interrogés par un homme.
(…)

IV- Formation des interprètes :
A- Établissez dès que possible votre autorité et assurez-vous que l’interprète prend conscience des limites de sa propre autorité. C’est votre rôle d’informer l’interprète de ses devoirs, du comportement attendu, des techniques d’interrogatoire qui seront pratiquées et tous les autres éléments que vous jugerez nécessaires.
B- Déterminez son niveau de formation et d’expérience, notez tout ce qui vous semblera inapproprié et notifiez-lui fermement ce qu’il doit modifier. (…)
C- L’exactitude des traductions est primordiale. Il doit savoir que s’il ne comprend pas ce que vous essayez de dire il ne doit pas déformer vos propos. Il faut dans ce cas qu’il en discute d’abord avec vous avant de les traduire.
Il doit comprendre qu’il est votre porte-parole et qu’il est indispensable à la bonne tenue de l’entretien.
Cependant il faut l’avertir qu’il ne doit pas intervenir avec ses propres idées durant l’interrogatoire. Il doit traduire directement tout propos énoncé par vous ou la personne interrogée. Il doit éviter les expressions telles que "il veut savoir si vous…" ou "il me dit de vous dire que…".
(…)
E- Une attention particulière doit être portée sur la maîtrise par l’interprète de terminologies techniques dans des domaines précis. L’utilisation de vocabulaires techniques accroît la complexité dans la compréhension des questions ou des réponses. C’est pourquoi l’interprète doit être aussi compétent que vous sur les sujets abordés.
F- Faites-lui clairement comprendre que la quantité et la qualité des informations obtenues durant l’interrogatoire dépendra de ses compétences.

V- L’utilisation des interprètes :
A- Il faut toujours intégralement briefer l’interprète avec les informations en votre possession en liaison avec les objectifs de l’interrogatoire.
En amont de l’interrogatoire, l’interprète doit pouvoir mener les recherches de vocabulaire techniques ou professionnels qu’il jugera nécessaires. Dans certains cas il sera nécessaire que vous lui fournissiez une définition précise des termes que vous emploierez afin de vous assurer qu’ils sont clairement compris par l’interprète.
(…)
C- Il existe deux méthodes d’interprétation: consécutive  ou simultanée. Vous choisirez la méthode retenue en fonction de votre évaluation des capacités de l’interprète et de ses caractéristiques personnelles.

Chacune des méthodes a ses propres avantages et inconvénients que vous devez connaître.
Interprétation consécutive : vous dites des phrases entières voire des paragraphes. Puis vous attendez que l’interprète les traduise. Cela demande à l’interprète d’avoir une excellente mémoire. Mais cela lui permet aussi de correctement reformuler les phrases afin d’être sur qu’elles seront compréhensibles dans la seconde langue. C’est important si la structure de la langue du sujet interrogé est très différente de la votre.
L’inconvénient de cette méthode est qu’elle rend plus évidente la présence de l’interprète. Elle rompt le contact visuel "les yeux dans les yeux" entre vous et le sujet interrogé.
L’interprétation simultanée : l’interprète traduit vos mots au fur et à mesure que vous parlez. Il  colle à vos propos le plus possible, souvent il n’y a que quelques mots d’écart entre vous et lui. Cela lui permet de mieux exprimer les finesses dans l’expression, de mieux faire percevoir votre attitude mentale ou celle du suspect. Comme il n’y a pas de pause tandis que vous ou le sujet parlez cette méthode favorise une écoute attentive, améliore le lien entre vous et le sujet.
L’interprétation simultanée a pour inconvénient d’augmenter le risque d’erreur dans l’interprétation surtout s’il y a de grandes différences dans la structure des phrases entre les deux langues. Elle nécessite aussi une très grande compétence dans les deux langues.

D- Quelques recommandations
Informez l’interprète sur le déroulement de l’interrogatoire et les techniques qui seront utilisées. Si possible entrainez-vous avant avec lui dans des conditions le plus proche possible de la réalité.
Lors du premier contact avec le sujet, vous devez l’informer sur le rôle de l’interprète durant l’interrogatoire, à savoir qu’il est là pour traduire précisément tout ce qui sera dit entre vous et lui.
Informez également le sujet qu’il doit s’adresser directement à vous, pas à l’interprète et qu’il doit vous regarder quand il parle et pas l’interprète.
Dites au sujet qu’il doit s’exprimer directement à vous sans utiliser les phrases telles que "dites lui que…" ou "je tiens à vous faire dire…".
E- La constitution du rapport
L’interprète doit vous aider à préparer le dossier et le rapport suite à l’interrogatoire pour s’assurer qu’il n’y a pas de malentendus dans ce qu’a dit le sujet et que vous avez correctement évalué son état d’esprit psychologique. S’il doit y avoir par la suite d’autres interrogatoires avec le suspect, vous pourrez ainsi mieux ajuster votre technique et prendre un avantage psychologique sur lui.

VI- Conclusion :
Rappelez-vous que l’interprète peut faire la différence entre la réussite ou l’échec d’un interrogatoire. Si vous devez faire appel à un interprète, utilisez le à bon escient. Tenez compte de vos besoins, choisissez-le avec attention, entrainez-le bien et utilisez des techniques adaptées.

Si vous avez un interprète lors d’une situation "salle de classe" et qu’il y a deux instructeurs, n’oubliez pas que l’interprète devra travailler deux fois plus dur ; s’il y a trois instructeurs, trois fois plus dur.

Peu importe à quel point l’instructeur s’exprime mal, l’interprète rendra toujours son propos juste.
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L’intégralité du document (en anglais) se trouve ici :
Human Resource Exploitation – Training Manual

Merci à Pierre Guitteny (interprète français/LSF en Aquitaine) qui a exhumé ce manuel.