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"Un ange gardien dans une guerre"

Anuj Chopranuj, journaliste à l’AFP, rend un très bel hommage à l’interprète-traducteur qui l’a accompagné lors d’un séjour à Alep en Syrie.

Voici un extrait de son article en espérérant qu’il vous donnera envie de lire le reportage dans son intégralité sur le site de l’AFP "making-of, les coulisses de l’info" :

"En terre étrangère, un journaliste ne peut être bon que si son interprète l’est aussi. L’interprète est vos yeux et vos oreilles. Il est votre guide dans un monde inconnu, la lumière qui vous aide à comprendre les situations les plus complexes. Et Karim s’avère être encore bien plus que ça. Il a le don pour déclencher de petites étincelles magiques de sincérité chez le plus raide et le plus taciturne des interviewés.
C’est à travers les yeux de Karim que je peux saisir toute la misère, tout le désespoir qui sévit à Alep. Karim est ma fenêtre sur cette ville, ancien centre de gravité pour tous les musiciens, artistes et intellectuels de Syrie, et qui n’est maintenant plus qu’un monde de souffrances. L’Alep de 2013 est laide, glauque et dangereuse à tous les coins de rue. C’est une ville figée dans une impasse meurtrière. Le bruit sourd des échanges d’artillerie rythme le jour comme la nuit."

 

Pour prolonger cet article, voici le lien vers un reportage de Marie Le Douaran sur le devenir des interprètes ayant travaillé auprès de l’armée française en Afghanistan :
Que deviennent les interprètes afghans de l’armée française ?

Lingwa Tas-Sinjali Maltija (LSM)

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Tandis que je me prélasse sur les plages de cette île, je vous laisse découvrir la langue des signes maltaise (LSM).
Etonnamment, elle se rapproche plus de la langue des signes française (LSF) que britannique (BSL) bien que ce territoire a été colonie anglaise jusqu’en 1964.
Les plus aguerris d’entre vous reconnaîtront aussi quelques signes de la langue des signes suisse romande comme le signe [gouvernement] la main formant une boule sur la tête.

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Et si vous souhaitez approfondir votre connaissance de cette langue signée, voici son alphabet :

alphabet langue signes maltaise LSM

Plus d’infos sur le site de l’Association des Sourds Maltais .

Tabarnak, c’est quoi cet interprète en langue des signes ?

Dans la série "mieux vaut en rire qu’en pleurer" après la France, voici le Canada…

Souvenez-vous :
On s’était insurgé devant les ridicules pantomimes de Marianne Dubois, députée française tentant désespérément de traduire en LSF le discours de sa copine Roselyne Bachelot.
On s’était désespéré en regardant le fils d’une amie de Christiane Brunet (candidate UMP) faisant office d’interprète en langue des signes française durant la dernière campagne législative.
Voici que je découvre (grâce à ma collègue Sandrine)  que la France (malheureusement) ne détient plus l’exclusivité de ces bévues.

Ce qui va suivre se déroule au Québec.
Marguerite Blais est une députée, qui s’intéresse et soutient depuis longtemps la communauté sourde. D’ailleurs elle a écrit de nombreux ouvrages à ce sujet : "Quand les Sourds nous font signe : histoires de sourds", "La culture sourde : Quête identitaires au cœur de la communication", "Apprendre à vivre aux frontières des cultures sourdes et entendantes") et elle milite ardemment pour une plus grande présence de la langue des signes québécoise (LSQ) dans la société.

Aussi a-t-elle logiquement décidé que son message vidéo pour souhaiter un joyeux noël à ses concitoyens serait interprété en LSQ. Mais curieusement elle n’a pas songé à faire appel à un interprète diplômé (pourtant il y en a d’excellents dans la belle province) et elle a pris le premier venu qui s’est porté volontaire pour faire le job.
Hélas ! Le résultat est pitoyable comme le montre cette vidéo :

Les sourds québécois sont bien sûr furieux devant une telle clownerie. Alors, pour souligner le caractère farfelu de cette vidéo ils ont sous-titré ce que tente maladroitement de signer l’homme derrière la députée afin de montrer le non-sens, le décalage avec le discours.

Réponse de la députée à ces critiques légitimes : "Une autre fois, je veillerais à ce que l’interprète soit conforme aux normes. J’ai demandé un interprète et c’est lui qui est venu avec toute sa bonne volonté".
Bref les mêmes excuses qu’en France : "désolé, je savais pas, mieux que rien, bonne volonté, pas rendu compte…" . 

Διακοπές !

Quelques signes standards pour pouvoir communiquer en langue des signes grecque (ENΓ) pour si, comme moi, vous avez décidé de passer quelques jours de vacances dans ce si beau pays.

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PS : bonne nouvelle : [boire] se signe à l’identique dans les deux langues !

Interprète en langue des signes : une espèce en voie de disparition ?

En lisant l’actualité des rubriques "nouvelles technologies" on pourrait penser que les chercheurs du monde entier n’aiment pas les interprètes en langue des signes et qu’ils ont décidé de se liguer afin de les faire disparaitre à tout jamais.

En effet, je vous avais parlé, il y a quelques mois, de ce projet développé au Japon qui voulait convertir des chaînes de mots japonais en signes via un avatar virtuel.

Plus récemment, trois chercheurs (Oleg Imanilov, Zvika Markfeld et Tomer Daniel) ont présenté un gant qui offre la possibilité de rédiger des SMS et des e-mails sur un smartphone sans avoir à taper sur un clavier mais en utilisant la langue des signes. Chaque mouvement est traduit en texte, le gant étant pourvu de capteurs gyroscopiques, d’accéléromètre etc.

Enfin, hier, on apprenait que des scientifiques développaient un programme informatique permettant de traduire les langues des signes en texte écrit. Cela "révolutionnerait la vie des personnes sourdes et malentendantes" croient-ils utile de préciser.
Le logiciel serait utilisable via des appareils portables (ordinateur ou téléphone) et fournirait une traduction simultanée vers la langue écrite.

Ernesto Compatangelo, maître de conférences en informatique à l’université d’Aberdeen en Ecosse nous présente ce "traducteur de langue des signes portable (pSLT)" : "l’utilisateur signe devant une caméra standard intégrée dans un ordinateur portable, netbook, smartphone, tablettes… Les signes sont immédiatement traduits en texte et ainsi la personne avec qui il veut communiquer peut lire le texte traduit et comprendre son discours".
Le chercheur ne précise pas comment celui-ci lui répond mais j’imagine que c’est à cet instant que l’interprète-avatar japonais entre en scène.

Cette nouvelle technologie serait compatible avec une large gamme de langues des signes et est d’abord destinée aux jeunes sourds (âgés de plus de 16 ans) dans les domaines de l’éducation ou de la formation.

"L’objectif essentiel est de permettre aux utilisateurs qui s’expriment en langue des signes à surmonter ce handicap de communication qu’ils éprouvent afin qu’ils puissent réussir leur parcours éducatif puis leur arrivée sur le marché du travail. L’un des aspects fondamental de ce nouveau logiciel est qu’il permet de personnaliser les signes/vocabulaire à traduire. Par exemple pour un étudiant qui suit une formation en menuiserie, il n’existe pas de signe en BSL (British Sign Language) qui signifie " une queue d’aronde"
[précision : je ne connais pas non plus le signe en LSF !].
Un étudiant en utilisant le pSLT pourra créer ses propres  signes pour signifier "queue d’aronde" et ainsi communiquer aisément avec son tuteur ou ses camarades de classe"
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Par ailleurs, les scientifiques précisent que ce logiciel de "reconnaissance des signes" pourrait être utilisé à d’autres fins comme permettre à une personne à mobilité réduite de contrôler les appareils dans sa maison, par exemple l’ouverture des rideaux ou tout simplement zapper devant sa télévision.

Ce service devant être mis sur le marché vers la fin de l’année prochaine, dois-je alerter Pôle Emploi qu’il faudrait réfléchir dès à présent à la reconversion professionnelle des interprètes (humains) en langue des signes ?

D’un monde à l’autre, le métier d’interprète en langue des signes (3)

Suite (et fin) de notre découverte du reportage sur le métier d’interprète en langue des signes, diffusé le 21 janvier 2012, sur la Télévision Suisse Romane (TSR 1) via son émission Signes.

Après “La conquête de l’autonomie"et "L’interprète dans la vie des sourds",  je vous propose un troisième et dernier extrait.

3- Les exigences du métier (4’49) :

L’interprète intervient dans des domaines très variés. Il est soumis à une déontologie stricte qui l’oblige à exercer dans un cadre clairement défini et à établir une relation de confiance avec les usagers. Les Sourds le considèrent avant tout comme un point linguistique entre leur monde et celui des entendants.
L’interprète passe d’une langue vocale à une langue visuelle; ce mécanisme requiert une grande concentration et un large éventail de compétences. Ce métier encore mal connu se développe considérablement avec l’éclosion des nouvelles technologies de communication pour les Sourds.

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo

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Si vous souhaitez voir la vidéo dans son intégralité (30’56), voici le lien :

http://bit.ly/dunmondealautre

Vues d’ailleurs

En Egypte, il y a au moins un interprète en langue des signes. Il officie chaque matin sur la 1ère chaîne de télévision.

Je devrais peut-être me laisser pousser la moustache, ça procure une sorte d’autorité naturelle…

 

Des langues des signes au Parlement européen

Tandis que l’Europe et sa monnaie, l’€uro, traversent quelques turbulences, il faut saluer les efforts constants du Parlement européen pour se rendre accessible non seulement à ses visiteurs mais aussi à certains de ses parlementaires s’exprimant en langue des signes, grâce, notamment à la présence d’interprètes et traducteurs.

Deux exemples pour illustrer ces démarches.

Depuis les élections européennes de 2009 Ádám Kósa, député sourd hongrois siège au Parlement européen. Comme le soulignait alors Carlotta Besozzi, la Directrice du Forum Européen des Personnes Handicapées (FEPH), "la langue des signes sera ainsi  d’avantage visible dans les couloirs du Parlement européen  durant les cinq années à venir. Le Parlement européen devra aussi clairement rendre ses sessions de travail accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes".

C’est ainsi qu’on peut voir Ádám Kósa durant une session du Parlement européen, s’exprimant en langue des signes hongroise et traduit vers le hongrois :

Toujours avec la volonté d’élargir l’accessibilité de la société européenne aux personnes handicapées pour une meilleure intégration de chacun, la semaine dernière, ce même Parlement s’est penché sur le rapport concernant la "mobilité et l’intégration des personnes handicapées et la stratégie européenne 2010-2020 en faveur des personnes handicapées". C’est (logiquement) l’eurodéputé hongrois Ádám Kósa qui le présenta. Ainsi par une résolution adoptée à une large majorité, les eurodéputés ont voulu rappeler que les mesures d’austérité mises en place par de nombreux gouvernements ne devaient pas déboucher sur des coupes dans les budgets des services aux personnes handicapées ou dans les projets d’insertion sociale. L’accent a été mis sur la reconnaissance de la langue des signes comme langue officielle des 27 états membres de l’UE. Et les collègues de ce député ont pu constater au sein de l’Assemblée strasbourgeoise la réalité de cette langue car  le rapporteur hongrois s’exprimait, bien sûr, en langue des signes en présence de deux interprètes qui traduisaient ses propos puis les questions orales durant le débat qui a suivi.

Si vous souhaitez "assister" à la session des débats européens autour de ce rapport, en présence des deux interprètes, cliquez sur l’image ci-dessous et choisissez votre langue de réception :


Une petite précision sur le circuit de traduction (apportée par un de mes collègues) : les interprètes en langue des signes hongroise sont devant et la femme blonde à droite traduit vers le hongrois. L’interprète qu’on entend en cabine de français traduit à partir du hongrois ou plus vraisemblablement à partir de la traduction anglaise.

Second exemple :
A Bruxelles, autre siège du Parlement européen, le Centre des visiteurs permet à tous de découvrir l’Institution qui les représente au plan supra-national.
Des écrans multimédias dynamiques et interactifs guident les visiteurs à travers l’histoire de l’intégration européenne et permettent de comprendre l’influence qu’elle a sur la vie quotidienne de chacun. Le centre accueille ses visiteurs dans les vingt-trois langues officielles de l’Union européenne plus en quatre langues des signes. En effet, pour les visiteurs sourds ou malentendants, les guides multimédias comportent des vidéos en langue des signes anglaise, française, allemande et néerlandaise. Il existe également un parcours d’une heure spécialement conçu pour ces visiteurs.

Ci-dessous, la vidéo dans les quatre langues des signes (ce qui est bien la preuve que chaque pays à une langue des signes qui lui est propre) présentant cette visite :

Journée Mondiale de la Traduction


Jérôme de Stridon, ou saint Jérôme
est né vers 347 à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie) et mort le 30 septembre 420 à Bethléem. Sa traduction de la Bible constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l’Église catholique. Il est considéré comme le patron des traducteurs en raison de sa révision critique du texte de la Bible en latin qui a été utilisée jusqu’au XXe siècle comme texte officiel de la Bible en Occident.

Selon le calendrier liturgique de l’Église catholique sa fête est le 30 Septembre. C’est pourquoi (enfin j’imagine) ce jour a été décrété par l’Unesco "Journée Mondiale de la Traduction". En tant qu’interprète en LSF, cette journée revêt sans doute une importance particulière pour moi mais elle concerne en réalité chacun de nous.

Par exemple, imaginez un monde sans traducteurs : comment ferions-nous pour communiquer ? Avec près de 8 000 langues parlées ou signées dans le monde, les échanges commerciaux et culturels seraient impossibles. Les chefs d’Etat ne pourraient pas se parler. Les découvertes scientifiques ne seraient pas diffusées. Les flashs infos ne seraient à la portée que de quelques privilégiés (voir les articles "Rendre l’information télévisée accessible aux sourds" ). Les livres réservés à de petites communautés pratiquant la même langue. Etc.

Notre planète est riche de sa diversité linguistique. Les milliers de langues pratiquées dans le monde sont dépositaires de notre mémoire collective et sont de fait un héritage impalpable. Mais nous devons rester vigilant car cette diversité linguistique et culturelle est menacée : 96 % de ces langues sont parlées par moins de 4 % de l’humanité et des centaines d’entre elles disparaîtront bientôt à jamais.

La langue des signes française a elle-même failli disparaître suite à son interdiction lors du Congrès de Milan en 1880, la grande majorité des congressistes ayant conclu à la nécessité de promouvoir la méthode orale en proscrivant la langue des signes. Et il faudra attendre plus de 100 ans pour qu’elle ait de nouveau le droit d’être pratiquée et enseignée avec la loi du 11 février 2005 qui met fin officiellement à l’obligation de la méthode orale pour l’éducation des sourds en France (l’amendement de 1991 avait déjà autorisé les parents à choisir entre une éducation bilingue ou orale uniquement). Depuis, la langue des signes est considérée au même titre que la langue française et les sourds ont enfin le droit de bénéficier d’une éducation en langue des signes dans n’importe quelle école en France (en théorie car hélas en pratique cet objectif est loin d’être respecté).

En plus de leur rôle de passerelle entre différentes communautés, différentes cultures, les traducteurs et/ou interprètes ont donc une responsabilité particulière à l’égard de la préservation du multilinguisme et de la promotion d’une interaction harmonieuse entre les langues du monde. L’essor des nouvelles technologies, la diffusion de l’Internet, l’expansion du commerce mondial et le resserrement constant de la coopération scientifique et culturelle ont renforcé l’importance de notre rôle dans le monde moderne.

Ainsi, la traduction, l’une des professions les plus anciennes de l’humanité car indispensable à la bonne compréhension entre deux individus s’exprimant dans des langues étrangères, s’exerce désormais dans un contexte de plus en plus complexe. Il ne suffit plus de maîtriser les langues de départ et d’arrivée. Il faut approfondir des spécialités plus pointues, tout en ayant de vastes connaissances générales et une compréhension étendue des cultures.

Dans bien des pays, des associations nationales de traducteurs, interprètes et terminologues jouent un rôle de premier plan dans l’amélioration de la qualité de la traduction et la formulation de normes et de recommandations professionnelles. C’est par exemple l’AFILS pour les interprètes et traducteurs en langue des signes française ou la World Association of Sign Language Interpreter (WASLI).

Il existe également la Fédération Internationale des Traducteurs (FIT) qui pilote cette journée et qui réunit ces nombreuses Associations pour les faire profiter de l’échange des connaissances et des expériences de chacune. Pour cette Journée 2011 le thème retenu est : "Un pont entre les cultures".

Laissons le mot de la fin à notre cher saint Patron Jérôme qui écrivait judicieusement dans une lettre au Sénateur romain Pammachius : "Pour ma part, non seulement je confesse mais encore je professe, sans gêne et tout haut : quand je traduis les Grecs – sauf dans les Saintes Ecritures où l’ordre des mots est aussi un mystère – ce n’est pas un mot par un mot mais une idée par une idée que j’exprime". (Lettre LVII 5)