Maisons closes cherchent interprètes en langue des signes

Les problématiques liées à l’accessibilité se nichent parfois dans des endroits inattendus.

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Nous sommes à Poiskaï, en Belgique. Un pays qui, officiellement, condamne le racolage et le proxénétisme, mais tolère les maisons closes. Il existe même des taxes spécifiques pour ces établissements et des arrêtés municipaux précisant l’obligation de changer les draps à chaque client.

Dans la cuisine où les filles en peignoir fument et regardent la télé, les portables n’arrêtent pas de sonner. Ouvert depuis seulement quelques mois, cette villa, qui compte huit chambres à thèmes (jacuzzi, donjon, gang-bang, Dracula, sirènes du Pacifique…), ne désemplit pas.

Rien que de très banal. Sauf que depuis le 1er avril, un décret oblige les propriétaires de ces instituts à les rendre accessibles à toute personne handicapée, sourds compris.

C’est le journal "Le Temps de Bruxelles" qui nous révèle cette surprenante information : "dorénavant, les maisons closes devront être accessibles à toutes les personnes en situation de handicap. Des rampes d’accès ont été installées à la va-vite pour les fauteuils roulants, les tarifs des prestations sexuelles sont disponibles en braille et plus étonnant, des interprètes en langue des signes seront mis à la disposition des clients sourds."

Comme le reconnaît Gérard Saumon, le patron du club "Les Vagues de Plaisir", "jusqu’à présent nos clients malentendants avaient des difficultés à expliquer leurs désirs, leurs fantasmes à mes filles. Ils devaient généralement se contenter d’une fellation et de la position du missionnaire. Pendant l’acte sexuel on peut difficilement lire sur les lèvres, la communication est limitée, il y a de nombreux malentendus, on ne comprend pas ce qu’ils veulent, c’est frustrant pour tout le monde. Il n’y avait aucun préliminaire, pas de contact autre que purement sexuel. Dorénavant un interprète diplômé sera installé dans la chambre afin de permettre aux deux amants d’échanger, de se parler, de se comprendre." 

Placé sur une estrade au pied du lit et grâce à une veilleuse allumée en permanence, mon ou ma collègue pourra traduire les signes du client expliquant ses fantasmes, ses envies, ses manies sexuelles, et inversement, il interprètera en langue des signes les remarques, les questions de la prostituée voir les ordres si le couple se trouve dans la chambre sado-maso.

Aux critiques qui ne tarderont pas à fleurir, on pourra rétorquer qu’on parle toujours d’accessibilité pour les grands événements, les interviews présidentielles, les journaux télévisés mais jamais pour les plaisirs privés. Or pourquoi le plaisir, la jouissance ne devrait pas être accessible au plus grand nombre ?

Seule inconnue : les interprètes langue des signes devront-ils également traduire les cris "oh ! ah ! hum !" que pourraient pousser les filles pour encourager le client sourd et indiquer l’intensité de leur plaisir ?

Quand Pierre Desproges "faisait" l’interprète en langue des signes

Nous sommes dans les années 80 et Pierre Desproges s’essayait à l’interprétation en LSF.
On ne peut manquer de remarquer un certain réalisme dans le choix de ses signes et des expressions de son visage…

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Merci à ma collègue Christine Peuch a qui nous devons cette trouvaille.

La prochaine fois, prenez un interprète !

En matière de sensibilisation qui, mieux que les personnes handicapées, peuvent évoquer les difficultés quotidiennes, les obstacles rencontrés dans le monde du travail par cette population.
C’est en partant de ce constat que les représentants de la Commission Handicap du Comité d’établissement d’Orange ont imaginé des sketchs inspirés de faits réels afin d’apporter un autre regard sur le handicap dans l’entreprise en pointant, sur un ton humoristique, les difficultés et les préjugés rencontrés par ces personnes tout au long de leur parcours professionnel. 
Un exemple de cette série où l’absence d’un interprète F/LSF se fait cruellement sentir :
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L’intérêt de ce sketch est aussi de nous rappeler que l’interprète n’est pas uniquement "utile" à la personne sourde, qui ne peut pas suivre la réunion sans sa présence, mais également aux personnes entendantes qui sont incapables de comprendre les remarques ou les questions signées si un professionnel n’est pas là pour les traduire. CQFD.

Arsène, interprète en LSF, à l’hôpital

Arsène est interprète en langue des signes française (LSF).
Cette après-midi, il se rend dans un hôpital en région parisienne pour traduire une consultation dans le service de cardiologie du Professeur Vainecave :


Pour voir la vidéo sous-titrée en français cliquez sur ce lien :
http://bit.ly/arsenealhopital

Arsène

(toute ressemblance avec des évènements ou des personnes ayants existé
n’est peut-être pas fortuite ou une simple coïncidence)

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Merci à Lynne Kelly qui m’a donné l’idée de ce petit film

Sens et contresens

Les interprètes en langue des signes (comme dans les autres langues d’ailleurs) traduisent du sens et non du mot à mot ou, dans mon cas, du mot à signe (et inversement).
Ainsi, pour espérer produire une traduction de qualité nous devons respecter les différentes étapes du processus d’interprétation qu’on peut résumer ainsi :

1 – Comprendre le message (en extirper le sens) dans la langue source ;
2 – Le mémoriser puis l’organiser pour le traduire dans la langue cible ;
3 – Le reformuler en langue cible.

Cette nécessaire gymnastique de l’esprit entraîne parfois des malentendus, des quiproquos, l’interprète n’ayant pas compris correctement le sens du discours, les causes en étant multiples (ambiance bruyante, locuteur qui marmonne, absence de contexte, homonymes…) .

Pour illustrer ces propos, voici deux anecdotes survenues à des collègues interprètes F/LSF  telles qu’elles nous sont racontées dans le dernier numéro du Journal de l’Afils (N°84 – mars 2013).

1er exemple :
La scène se déroule dans un Institut pour jeunes enfants handicapés. Depuis quelques minutes mon collègue traduit vers la langue des signes française une réunion de synthèse. Il interprète notamment le référent d’Arthur qui explique : "Arthur adore la balle Néo, ça l’amuse beaucoup. Dès qu’on lui propose la balle Néo, il est fou de joie…".
Bien sur l’interprète, dans sa traduction, signe un enfant  jouant à la balle quand soudain une phrase mentionnant la température de l’eau sème le doute dans son esprit. Il doit alors interrompre l’animateur en lui expliquant qu’il avait confondu la "balnéo…thérapie" avec une balle qui se serait appelée Néo !!!

2ème exemple :
Il s’agit d’une formation professionnelle dans le domaine de l’énergie. C’est la fin de l’après-midi et les interprètes qui se sont relayés toute la journée commencent à fatiguer. L’un des participants témoigne sur son travail et explique que dans son cas, "les concurrents sont kamikazes".
Double difficulté pour l’interprète qui doit non seulement faire passer le sens  de "concurrents acharnés qui n’ont peur de rien", tout en utilisant l’image de terroristes prêts à faire exploser leur avion sur les tours jumelles de New-York. Quand soudain elle réalise, en voyant le regard surpris de son collègue, que les-dits concurrents ne sont pas des fanatiques religieux prêts à tout mais Qualigaz, une simple norme de certification de conformité !