Un entretien avec Frédéric Poivre, interprète F/LSF

Quelle chance !
Actuellement mon emploi du temps ne me laisse que peu de temps pour me consacrer à ce blog.

Heureusement, le week-end dernier, La Voix du Nord publiait une interview de Frédéric Poivre, interprète en langue des signes française depuis une dizaine d’années.

Je suis d’autant plus content de le citer qu’il fut mon 1er tuteur quand j’étais encore stagiaire. J’ai le souvenir d’un homme super sympa, attentif avec une langue des signes efficace et particulièrement dynamique.
Voici son interview où il vous parle de son parcours, de son métier et de Via, la Scop au sein de laquelle il travaille.

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Frédéric Poivre et la Scop « Via »
pour gommer le handicap des sourds

La reconnaissance de la langue des signes en tant que langue a part entière n’est reconnue que depuis la loi de 2005 portant sur l’insertion des personnes handicapées. Aujourd’hui, il existe treize interprètes en langue des signes française dans le Nord – Pas-de-Calais donc cinq sont installés à Roubaix, « pour des besoins de plus en plus criants », explique Frédéric Poivre, l’un des cofondateurs de « Via ».
Entretien avec celui qui a su concilier profession et éthique en essayant de gommer les différences et en travaillant en coopérative.

 Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l'entendant.
Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne
sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l’entendant

 

Pourquoi avoir fait des études de langue des signes ?

« J’ai été scolarisé dans une école qui accueillait des enfants sourds. À la récréation, je voyais des échanges en langue des signes et ça m’interpellait déjà. Plus tard, j’ai rencontré l’association lilloise de formation en langue des signes et j’ai adoré cette langue que j’ai pratiquée, au départ, sans vue professionnelle. Le métier d’interprète m’attirait également. Devant le manque cruel d’interprètes en langue des signes française, j’ai décidé de concilier les deux. »

Pourquoi avoir choisi de créer une coopérative ?

« J’ai eu mon Master II (bac + 5) en 2004 à Paris. Je suis revenu dans le Nord, d’où je suis originaire. J’ai rencontré deux interprètes en libéral. Nous avons décidé de mettre en commun nos compétences, de travailler en binômes. Vous savez, pour couvrir une journée complète de conférence il faut être plusieurs ! Et la valeur de la coopérative nous importait : nous voulions être à la fois salariés de l’entreprise et en même temps lui donner son itinéraire, pouvoir rester collés au code de bonne pratique… Les décisions sont prises par le conseil des associés. Les bénéfices engrangés vont à l’entreprise. On fait tourner la boîte et on sait où on va. « Via » a été créé en 2004 à Douai. Nous sommes arrivés à l’hôtel d’entreprises Roussel à Roubaix en 2007 et nous sommes maintenant cinq interprètes, diplômés en langue des signes. »

Quels services apportez-vous aux personnes sourdes ?

« Nous intervenons sur la métropole, le département, la région et bien au-delà s’il le faut. Nous sommes interprètes en langue des signes français comme dans les langues vocales : nous traduisons en simultané le français en langue des signes. Nous faisons de la liaison entre deux personnes, une entendante et une sourde, ou dans des réunions, autant pour des particuliers que des entreprises du privé ou du public. Nous sommes aussi appelés dans des conférences. Par exemple, depuis trois ans, nous traduisons en direct le conseil municipal de Lille qui est retransmis par Streeming sur Internet. On nous demande aussi à des cérémonies des vœux, des bilans annuels… Cette année, nous étions aux meetings des candidats aux présidentielles et aux législatives. Nous sommes également à certains cours : nous sommes en lien avec des universités, comme Lille III ou la Catho à Lille. »

Faites-vous aussi de la traduction ?

« Oui bien sûr nous traduisons d’une langue écrite à un format vidéo, ou d’un petit film vidéo d’une entreprise à un autre petit film introduit en captation en médaillon dans cette vidéo. Nous faisons aussi de la prise de notes pour une personne sourde qui ne maîtrise pas la langue des signes par exemple. Nous pouvons également l’accompagner à un rendez-vous médical, à une négociation bancaire, chez le notaire… »

Votre métier est-il viable ?

« En période de crise, le financement des besoins est difficile. Mais nous répondons à toutes les demandes, même le soir et le week-end comme pour guider dans des musées… Nous restons collés au code de déontologie, une valeur. Et coopérative est notre force. ».

Propos recueillis par Marie-Claude Guillement.

© La Voix du Nord

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