Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentielle

Récemment, un article du Monde et un article de Ouest-France s’inquiétaient que la campagne pour l’élection présidentielle était peu accessible aux personnes handicapées et notamment aux personnes sourdes. Comme le rappelle le journaliste Olivier Razemon, "tout le monde vote, y compris les handicapés. Mais tout le monde ne peut pas participer aux meetings. Les réunions de quartier, conférences thématiques ou séminaires qui ponctuent une campagne électorale sont rarement accessibles à tous : sourds, aveugles, personnes se déplaçant difficilement ou souffrant d’un handicap psychique (la claustrophobie, par exemple). La loi de 2005 relative au handicap fait pourtant de cette accessibilité un objectif".

En lisant ces quelques lignes, on se souvenait bien sur que le début de cette campagne avait été calamiteux, que l’accessibilité aux débats politiques pour la communauté sourde et malentendante était inexistante, hormis EELV qui avait systématiquement fait appel à des interprètes en lsf lors des meetings pour départager les candidats à la candidature présidentielle.
Lors des primaires socialistes aucun des débats télévisés (pourtant retransmis sur plusieurs chaînes) n’avait été interprété en langue des signes.
Aucune non plus de la quinzaine des déclarations de candidature à l’élection présidentielle n’a été traduite en lsf.

Pour les personnes sourdes l’accessibilité au débat s’est donc limitée à un sous-titrages (souvent de piètre qualité).
Or, il faut le rappeler, la majorité des sourds de naissance sont en situation d’illettrisme ou ont dû mal à lire les sous-titrages qui défilent trop vite. C’est pourquoi, ils ne comprennent que la langue des signes, leur langue première.
En outre, comme le constate le site Médias Sous-Titrés en s’appuyant sur la récente actualité toulousaine, le bilan du sous-titrages est catastrophique : "fautes d’orthographe, ajouts de lettres qui n’ont rien à faire là, phrases non terminées, propos non sous-titrés, plus de 10 secondes de retard, les équipes de sous-titrage sont dépassées et n’arrivent pas à suivre le direct".
Durant cette pré-campagne, seul l’Élysée proposait fin Janvier, une interprétation en lsf de l’interview du Président de la République pas encore candidat mais malheureusement le lendemain de la diffusion sur les chaînes hertziennes ou de la tnt.

Bref, "le risque de frustration est important. Les handicapés finissent par se désintéresser des enjeux politiques alors qu’ils sont concernés" avertit Jérémie Boroy, délégué général de l’Association Aditus, qui a pour objet la promotion de l’accessibilité et qui compare l’accessibilité de cette campagne électorale à un "parcours du combattant".
Il ajoute : "on pense parfois à installer des ascenseurs et des rampes pour les fauteuils roulants, mais on veille rarement à ce que chacun puisse comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la salle".

D’où un bilan négatif pour cette pré-campagne avec un 0 pointé au PS, une note en dessous de la moyenne pour l’UMP, les autres devant encore faire leurs preuves. Seuls les Verts méritaient des encouragements.

Lundi 19 mars, le président du Conseil constitutionnel, a rendu publique la liste  des candidats autorisés à participer au premier tour de l’élection présidentielle, ouvrant ainsi la campagne officielle. Les dix candidats sont :
– Nicolas Sarkozy (UMP)
– François Hollande (PS)
– Marine Le Pen (FN)
– François Bayrou (MoDem)
– Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche)
– Eva Joly (EELV)
– Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)
– Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)
– Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste)
– Jacques Cheminade se définissant comme "gaulliste de gauche".

C’est l’occasion de faire un nouveau bilan (déconnecté de toute opinion ou préférence politique bien sûr) sur l’accessibilité de cette campagne électorale en faisant particulièrement attention à la présence (ou pas) d’interprètes en langue des signes lors des meetings organisés un peu partout en France, les chaînes de télévisions étant hélas toujours hostiles à la présence d’interprètes coincés à droite en bas de l’écran (nous y reviendrons prochainement en nous intéressant au combat initié par Sophie Vouzelaud).

D’abord, il me faut hélas admettre que je n’ai aucune information concernant les quatre derniers candidats cités mais c’est sans doute mauvais signe et je ne pense pas qu’on ait récemment aperçu un interprète à leur coté (cependant si quelqu’un à des informations inédites, je suis preneur).

Marine Le Pen : pas d’interprète en langue des signes durant ses meetings comme à Palavas-les-Flots le 16 mars 2012.

Eva Joly : on se souvient que son parti EELV avait été exemplaire lors de ses primaires internes et le début de la campagne s’annonçait bien avec notamment des interprètes présents lors du discours de Roubaix le 11 février.
Hélas pour des raisons financières, ce bel élan a été stoppé et à Strasbourg, il n’y avait plus personne. Seul le dernier meeting à Paris sera traduit en langue des signes nous assure-t-on.
Autre regret, aucune vidéo sur sa page officielle Dailymotion n’est traduite en lsf.

François Bayrou : j’ai sollicité son équipe de campagne mais je n’ai pas obtenu de réponse quant à leur stratégie en matière d’accessibilité. Néanmoins je crois savoir qu’en province il n’y a pas d’interprète comme le montre cette vidéo du discours grenoblois du 19 Mars.
Néanmoins un effort a été accompli pour le grand rassemblement au Zénith de Paris du 25 Mars où toutes les interventions ont été traduites.

cliquez sur la photo pour voir la vidéo

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Jean-Luc Mélenchon : à chaque meeting des interprètes en langue des signes sont présent(e)s et les vidéos sur dailymotion sont également traduites.

cliquez sur la photo pour voir la vidéo

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François Hollande : excepté un ou deux couacs notamment à Rennes ou contrairement à ce qui était annoncé il n’y avait pas d’interprètes en langue des signes ou bien en Corse ou l’équipe imaginait peut-être qu’il existait des interprètes en lsc (langue des signes corse) et a donc "oublié" de faire venir des interprètes diplômés, ses meetings sont intégralement traduits en lsf et on peut les retrouver sur sa page Dailymotion (avec également la présence de sous-titres).
Par ailleurs si vous souhaitez savoir si les prochains discours seront (ou pas) traduits en lsf, je vous conseille de vous rendre sur le site de la Section des Sourds et Malentendants Socialistes. Ils sont généralement bien informés.

cliquez sur la photo pour voir la vidéo

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Nicolas Sarkozy : tous ses meetings sont traduits en langue des signes française même ceux ayant lieu dans des endroits improbables tels qu’à Saint-Just Saint-Rambert et bien sûr on les retrouve sur le site Dailymotion :

cliquez sur l’image pour voir la vidéo

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Notre démocratie s’anime intensément tous les cinq ans, au moment des élections présidentielles puis législatives. À la veille de ces échéances électorales, il est essentiel de rappeler l’importance de rendre pleinement accessibles les campagnes des candidats aux électeurs sourds et malentendants. Ainsi que le stipule la Loi du 11 février 2005 pour l’Égalité des Droits et des Chances, la participation et la citoyenneté ainsi que le principe de l’accès de tous à tout s’imposent à nous tous.
Il est donc de la responsabilité de chacun des candidats et mouvements politiques de s’engager à mener une campagne la plus accessible possible.
Certains rétorquent parfois que le coût de l’interprétation serait en obstacle (environ 1500€ par meeting). Certes la démocratie a un coût financier mais il faut rappeler que l’État français rembourse une partie des dépenses pour chaque candidat obtenant plus de 5% des suffrages exprimés. De plus, si ces exigences sont prises en compte en amont de l’organisation de la campagne, elles entraînent peu d’engagements par rapport au budget global d’un candidat (pour mémoire le meeting de Sarkozy à Villepinte est estimé à 3 millions d’euros, celui de Mélenchon à la Bastille à 80 000€).
Il est aussi essentiel que cet engagement sur l’accessibilité soit  partagé par l’ensemble des acteurs de la vie politique française (qu’on soit d’accord ou pas avec les opinions politiques qu’ils expriment) afin que les électeurs sourds ou malentendants ne soient pas réduits à faire leur choix entre les seuls candidats ayant organisé une campagne accessible et compréhensible pour eux.

Autrefois en matière de politique les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Aujourd’hui, les meetings sont interprétés en lsf, cela représente un réel progrès.
L’interprète en langue des signes, passerelle entre deux communautés, est alors la clé pour que chaque sourd soit librement un citoyen à part entière, responsable et autonome.

* Je signale enfin que l’UNISDA a constitué un "Observatoire sur l’accessibilité électorale". Chaque semaine les sites des candidats sont observés à la loupe et jugés selon des critères pré-définis.
Voici les résultats pour la semaine du 19 au 25 mars : http://bit.ly/obsaccess

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14 réflexions sur “Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentielle

  1. Bonjour,
    Alors pour Info au Mans , M Hollande est venu récemment , résultat pas d’interprètes , pas de velotypie rien…
    M Poutou vient le 30 mars et pour l’instant nous ignorons si le meeting sera accessible aux Sourds.
    Par contre M Bayrou est venu à Angers il y a peu et des interprètes étaient bien là.
    Cette campagne est déprimante
    Pierre

  2. Bonjour, c’est vrai qu’Europe Ecologie les Verts à des problèmes de financement. Mais une video traduisant le programme est en cours de réalisation par le groupe "écologie en langue des signes" de Toulouse.
    Je crois qu’il y aura des interprètes au meeting de Bordeaux.

    • Bonsoir,
      Effectivement, il devrait y avoir des interprètes en LSF pour le meeting de Bordeaux ainsi que pour celui de Paris à la mi-avril.
      N’hésitez à m’alerter une fois la vidéo réalisée car cela m’intéresserait de la visionner.
      Stéphan

  3. Pingback: Voici les vidéos LSF des candidats à la Présidentielle (pour tout savoir) | HANDIMOBILITY

  4. Pingback: Retour sur l’accessibilité de la campagne présidentielle « Section des Sourds et Malentendants Socialistes

  5. Bonjour,

    Pour poursuivre la réflexion sur l’accessibilité de la campagne présidentielle : http://www.sourds-socialistes.fr/?p=2975 . Cette article propose un autre regard et signale au passage quelques petites erreurs de l’article.
    J’en profite pour signaler les prochains meeting du PS accessibles :
    – Mont de Marsan
    – St Denis de la Réunion,
    – Rennes,
    – Besançon,
    – Lille,
    – Limoges
    – Toulouse
    Pour les dates : http://www.sourds-socialistes.fr
    Le dispositif d’accessibilité : LSF-Vélotypie-Boucle magnétique-Places PMR
    Bien cordialement,
    Raphael Bouton
    Secrétaire National des sourds et malentendants socialistes

  6. Pingback: Campagne présidentielle pour tous ? | Apprentis Présidents !

  7. Pingback: La campagne présidentielle… sans le son | Apprentis Présidents !

  8. Pingback: Et si on votait… pas ! « Saveur libre

  9. Vérifie tes infos Stéphan. Strasbourg était ok pour Eva Joly je n’ai pas trouvé le 2ème pour venir avec moi. Mais ils payaient une presta non pas d’un service parisien mais d’un service alsacien. Ce n’est pas qu’une question de finance mais de finances de proximité. Combien coute en période de rigueur un ILS plus déplacement alors que sur place il y a la main d’oeuvre ?
    A bon entendeur…schussssssss !

    • OK Anne-Christine,
      Effectivement deux ILS "locaux" couteront toujours moins chers que des interprètes venant d’une autre région (Ile de France ou autre d’ailleurs) et je ne suis pas contre de faire travailler les services de province lorsqu’un meeting se déroule dans leur zone de travail (comme cela a été le cas à Nantes ou à Grenoble).
      Néanmoins je vois une contradiction dans tes propos car d’un coté tu dis que "sur place il y a la main d’oeuvre" et de l’autre tu déplores de ne pas avoir trouvé le 2ème pour venir avec toi.
      Donc à défaut d’accepter la prise en charge du transport pour un interprète il n’y a pas eu d’interprétation en lsf du meeting d’EELV. On peut quand même le regretter.

  10. Pingback: Et si on votait… pas !

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