Travailler en Institut

Depuis Janvier 2011 je suis embauché par un Institut pour Jeunes Sourds (IJS) en région parisienne et j’y travaille un jour par semaine au sein du service d’interprète en langue des signes.

Les IJS sont des établissements spécialisés qui accueillent des enfants sourds dans le cadre de leur scolarité. Ils peuvent notamment bénéficier d’un suivi éducatif et/ou social et être logés en internat. L’enseignement dispensé va de la maternelle jusqu’au secondaire et certains élèves sont en classe spécialisée ou en classe d’intégration. Ils sont scolarisés au sein de ces établissements ou dans un établissement voisin (collège, CFA, lycée, etc.). Ils offrent également aux élèves sourds un apprentissage de la vie en collectivité qui doit permettre la réussite scolaire et l’épanouissement de chacun, l’apprentissage de la responsabilité individuelle et collective, la formation de citoyens en vue de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes sourds dans la société.
En région parisienne ils sont situés à Paris (Saint-Jacques), Bourg-la-Reine (IJS 92), Nogent-le- Rotrou (Institut André Beulé), Asnières (Institut Baguer).

L’équipe pédagogique et administrative au sein de ces Instituts est pluridisciplinaires : éducateurs spécialisés, professeurs spécialisés et chargés de l’enseignement professionnel, enseignants de langue des signes, orthophonistes, médecin psychiatre, médecin O.R.L., médecin généraliste, médecin ophtalmologique, infirmière, psychologues, psychomotricienne, audioprothésiste, instructrice en locomotion…
Enfin il y a au sein de chaque Institut un service d’interprètes, certains travaillant à temps plein, d’autres à mi-temps, d’autres encore une journée par semaine.
Il ne faudrait pas croire qu’un interprète en LSF dans un Institut ne traduit que des cours. Une partie de son travail consiste également à interpréter les réunions institutionnelles, les réunions des équipes pédagogiques. Il faut aussi traduire certains entretiens parents / enseignants, les discours des fêtes de fin d’année, les rencontres présentant les activités de l’école (journées portes ouvertes)…

À noter enfin que quelques élèves ont des handicaps associés comme le syndrome d’Usher ce qui nécessite de signer lentement dans un cadre étroit.

Intégrer un institut, c’est d’abord intégrer une équipe ce qui peut être un point positif pour un interprète débutant.
En effet, au début de sa carrière, l’interprète se sent parfois un peu désemparé lors de ses premières vacations surtout s’il les effectue seul en travaillant pour un service.
En participant à la vie d’une équipe d’interprètes, il trouvera auprès de ses collègues conseils et encouragements. Conseils sur un problème d’interprétation, sur un souci déontologique… Encouragements si on a le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur lors d’une vacation.

Le second avantage à rejoindre un Institut, surtout en début de carrière, est de pouvoir s’imprégner du contexte, de comprendre les éléments implicites qui sous-tendent les discours des uns et des autres. En effet, l’une des difficultés majeures, surtout lors d’interprétations de réunions est le manque de connaissances sur l’environnement, le nom (ou signe) de la personne qui parle ou dont on parle, sa fonction, le vocabulaire spécifique au lieu de l’intervention…
Ainsi en travaillent en Institut, on apprend à connaître les élèves, les équipes pédagogiques, on sait qui fait quoi, on connaît un peu l’histoire de chacun. Or, ces éléments, (lorsqu’on intervient ponctuellement ou lorsqu’on est extérieur à ces structures) ne nous sont pas donnés dans la préparation. C’est à nous, tandis qu’on traduit de comprendre que Kevin n’est pas un élève de l’internat mais, par exemple, le surveillant des dortoirs. Or, s’interroger continuellement sur qui est qui durant l’interprétation mobilise en partie notre concentration (cf. théorie des efforts de D. Gile) qui serait plus utile dans la production d’une LSF claire.
Ainsi, l’année dernière tandis que je traduisais une réunion dans un centre d’accueil de personnes sourdes avec des handicaps associés, on évoquait un père qui était très possessif envers sa fille, jusqu’à prendre des douches avec elle. Je faisais donc le signe [fille] [enfant] quand après 10mn, j’ai réalisé que la fille avait 45 ans. C’est ce genre d’erreur qu’on évite en s’inscrivant dans la durée, en connaissant mieux le ou les contextes qui environnent les établissements et leurs occupants.

En revanche, je ne conseillerais pas d’y travailler à temps plein. Une certaine monotonie risquerait de s’installer en s’enfermant dans un même type d’interprétations ou de thème interprétés.
De plus être interprète en langue des signes, c’est aussi « se mettre en danger ». Pas physiquement, bien sûr, mais intellectuellement, professionnellement. Cela signifie affronter une situation inconnue, travailler pour des personnes qu’on n’a jamais rencontrées, s’exposer à un public. Or en travaillant uniquement dans un Institut, on tend à perdre ce gout du risque pourtant inhérent à ce métier et qui est justement l’un des aspects essentiel.

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