Lingwa Tas-Sinjali Maltija (LSM)

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Tandis que je me prélasse sur les plages de cette île, je vous laisse découvrir la langue des signes maltaise (LSM).
Etonnamment, elle se rapproche plus de la langue des signes française (LSF) que britannique (BSL) bien que ce territoire a été colonie anglaise jusqu’en 1964.
Les plus aguerris d’entre vous reconnaîtront aussi quelques signes de la langue des signes suisse romande comme le signe [gouvernement] la main formant une boule sur la tête.

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Et si vous souhaitez approfondir votre connaissance de cette langue signée, voici son alphabet :

alphabet langue signes maltaise LSM

Plus d’infos sur le site de l’Association des Sourds Maltais .

Sens et contresens

Les interprètes en langue des signes (comme dans les autres langues d’ailleurs) traduisent du sens et non du mot à mot ou, dans mon cas, du mot à signe (et inversement).
Ainsi, pour espérer produire une traduction de qualité nous devons respecter les différentes étapes du processus d’interprétation qu’on peut résumer ainsi :

1 – Comprendre le message (en extirper le sens) dans la langue source ;
2 – Le mémoriser puis l’organiser pour le traduire dans la langue cible ;
3 – Le reformuler en langue cible.

Cette nécessaire gymnastique de l’esprit entraîne parfois des malentendus, des quiproquos, l’interprète n’ayant pas compris correctement le sens du discours, les causes en étant multiples (ambiance bruyante, locuteur qui marmonne, absence de contexte, homonymes…) .

Pour illustrer ces propos, voici deux anecdotes survenues à des collègues interprètes F/LSF  telles qu’elles nous sont racontées dans le dernier numéro du Journal de l’Afils (N°84 – mars 2013).

1er exemple :
La scène se déroule dans un Institut pour jeunes enfants handicapés. Depuis quelques minutes mon collègue traduit vers la langue des signes française une réunion de synthèse. Il interprète notamment le référent d’Arthur qui explique : "Arthur adore la balle Néo, ça l’amuse beaucoup. Dès qu’on lui propose la balle Néo, il est fou de joie…".
Bien sur l’interprète, dans sa traduction, signe un enfant  jouant à la balle quand soudain une phrase mentionnant la température de l’eau sème le doute dans son esprit. Il doit alors interrompre l’animateur en lui expliquant qu’il avait confondu la "balnéo…thérapie" avec une balle qui se serait appelée Néo !!!

2ème exemple :
Il s’agit d’une formation professionnelle dans le domaine de l’énergie. C’est la fin de l’après-midi et les interprètes qui se sont relayés toute la journée commencent à fatiguer. L’un des participants témoigne sur son travail et explique que dans son cas, "les concurrents sont kamikazes".
Double difficulté pour l’interprète qui doit non seulement faire passer le sens  de "concurrents acharnés qui n’ont peur de rien", tout en utilisant l’image de terroristes prêts à faire exploser leur avion sur les tours jumelles de New-York. Quand soudain elle réalise, en voyant le regard surpris de son collègue, que les-dits concurrents ne sont pas des fanatiques religieux prêts à tout mais Qualigaz, une simple norme de certification de conformité !

L’interprète, passeur de signes

La langue des signes est soumise aux mêmes problèmes de création lexicale que toute autre langue, et ces problèmes se résolvent d’une manière identique : soit par emprunt à des langues des signes étrangères ou bien à la langue dominante, en l’occurrence le français par l’intermédiaire de la dactylologie, soit par création intrinsèque d’un néologisme ou néosimisme (comme nous l’avons déjà vu avec l’exemple du signe pour [schizophrénie] ).
Comme nous le soulignions, c’est seulement quand les sourds ont acquis un nouveau concept qu’alors ils créent le signe permettant de l’exprimer. En revanche si on crée artificiellement le signifiant (le signe gestuel) en premier, en "forçant la main" des sourds, ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes qui, lui, respectera le génie de la LSF.

Ce préambule pour rappeler que les interprètes en langue des signes ne sont pas (ou très rarement) des linguistes malgré leur excellente connaissance de la LSF ni, a fortiori, des membres de la communauté sourde même s’ils y ont des attaches plus ou moins fortes. Il n’est donc pas dans notre rôle d’imaginer, d’inventer des signes. Au contraire, nous devons faire attention à ne pas malmener cette langue, à la respecter et simplement à patienter. Car l’interdiction de la LSF en 1880 suite au Congrès de Milan pour une centaine d’années a eu comme conséquence (entre autres) une carence lexicale dans certains domaines où la LSF commence seulement à avoir accès.
Ainsi, je participais récemment à la Mairie de Paris à une commission sur l’accessibilité de la culture et nous avons dû rappeler qu’hélas la LSF aujourd’hui était encore très pauvre en vocabulaire sur les techniques picturales, les noms des périodes ou des mouvements artistiques…

C’est surtout un problème pour les interprètes qui, en attendant que les sourds créent de nouveaux signes, doivent faire des prouesses de paraphrases et de périphrases.
Par exemple il n’existe pas (à ma connaissance) un signe unique signifiant [euthanasie]. Nous devons donc passer par un "périsigne" comme "interrompre le traitement médical jusqu’à ce que mort s’en suive".
Interpréter correctement demande alors comme compétence supplémentaire de savoir jongler dans sa tête avec les définitions des termes pour qu’à tout moment si le signe relié à un concept n’existe pas on puisse le remplacer par la définition du terme en lien avec le contexte. C’est aussi pour cette raison qu’il faut faire confiance aux véritables professionnels (les interprètes/traducteurs diplômés) habitués à cette gymnastique plutôt qu’à des amateurs qui chercheront systématiquement à plaquer un signe (voire un code comme la première lettre du mot en français) sur un mot ; car la tentation est grande pour les pédagogues entendants qui enseignent directement en LSF, les interfaces ou les médiateurs (ou pire, toutes les personnes qui s’improvisent interprètes) d’inventer des signes. C’est tellement rassurant d’avoir toujours un signe en correspondance avec un mot !

Il faut ici préciser que cette carence lexicale est plus un problème pour l’interprète que pour les sourds eux-mêmes. En effet, les sourds ne sont pas avares de périphrases. De plus les langues des signes possèdent un caractère particulier que n’ont pas les langues vocales : la grande iconicité. Ce phénomène décrit par Christian Cuxac permet de faire passer de très nombreux concepts sans avoir recours au lexique standard (ou normé).

Pour revenir sur le processus de création, je vous propose de prendre l’exemple du signe [psychiatre] dont la genèse nous est racontée par Francis Jeggli dans un article qu’il a rédigé pour la revue Persée : "L’interprétation Français/LSF à l’Université (2003)" :

"Ce processus s’est répété pour d’autres concepts des centaines de fois depuis ces vingt dernières années. Voici un autre exemple de l’évolution d’un signe : il y a près de vingt ans il existait un signe qui pouvait se traduire littéralement par "celui qui voit à travers" pour signifier "psychiatre".

Ce signifiant désignait autant un psychiatre qu’un psychologue ou un psychanalyste. Plus les sourds ont eu accès aux études supérieures (éducateurs spécialisés, aides médicaux psychologique…), plus la stratification conceptuelle s’est affinée. Ainsi est d’abord apparu le signe [psychologue], fait avec les deux mains qui se superposent pour former grosso modo la lettre grecque : "psi".

Puis est apparu le signe [psychiatre] (correspondant cette fois exactement au français "psychiatre") : la main dominante rappelant le "P" de la dactylologie, se posait sur la tempe. Le choix de ce signe peut s’expliquer ainsi : l’emplacement de la tempe réfère à la zone de la psyché (par exemple, les signes [fou], [délirant], [rêve], [illusion], [hallucination], etc., se réalisent tous au niveau de la tempe) ; quant au "P", il provient de l’influence du français. C’est ce que l’on nomme l’initialisation d’un signe : la forme de la main correspond en dactylologie à la première lettre du mot en français.
Enfin, ce signe évolua encore pour se libérer de son influence française et devenir ce qu’il est aujourd’hui [psychiatre], avec la main en forme de "bec de canard", qui dérive de la configuration manuelle du verbe [soigner]. C’est donc là aussi un synthème dont la traduction littérale pourrait être : "… qui soigne la psyché".

Par ces créations linguistiques, on comprend qu’il existe  un danger d’émiettement dialectal du jargon universitaire. En effet certains néologismes ont bien suivi toutes les étapes décrites plus haut mais ne valent que dans une région, alors que d’autres signifiants nouveaux correspondant à une même référence voient aussi le jour à quelques centaines de kilomètres de distance, chaque communauté sourde locale créant ses propres signes."

C’est là que les interprètes vers la langue des signes française endossent (malgré eux pour certains) un rôle linguistique : en travaillant sur des zones géographiques étendues, en traduisant les journaux télévisés ou sur internet les dépêches de l’AFP comme le fait Websourd, en intervenant via la visio-interprétation, ils participent pleinement à la diffusion des nouveaux signes  les faisant parcourir des centaines de kilomètres en quelques secondes ou quelques minutes grâce aux nouvelles technologies.
Cette fonction (cachée) de passeur de signes est donc fondamentale : en recensant les signes existants pour exprimer telle ou telle idée ou concept pour ne conserver que le ou les plus courants ou à leur yeux les plus signifiants, ils préservent l’unité nationale de la LSF et permettent au communautés sourdes isolées de s’approprier les nouveaux signes créés par d’autres sourds.

Des films X bientôt traduits en LSF ?

Les problématiques liées à l’accessibilité se nichent parfois dans des endroits inattendus.

C’est ainsi qu’un réalisateur de films pornos, Ben Leton, auparavant acteur pour les Studios Dorcel a décidé de rendre accessible aux sourds et malentendants les DVD qu’il produit avec sa nouvelle société, FishTime Production.

films X

Il explique son projet dans une interview publiée par le magazine Porn’Hot Movies :

"Dès mon plus jeune âge j’ai été confronté à la surdité, mon frère cadet étant sourd. On parle toujours d’accessibilité pour les grands événements, les interviews présidentielles, les journaux télévisés mais jamais pour les plaisirs privés. D’ailleurs le débat actuel sur les assistantes sexuelles montre bien la gêne qu’on éprouve avec ces sujets. Mais pourquoi le plaisir des autres, la jouissance ne devrait pas être accessible ? Il y aurait donc des films dit "intellos" accessibles et des films pornos dont on devrait avoir honte et surtout ne pas les montrer aux sourds ?
Je ne suis pas d’accord et c’est pourquoi, étant aujourd’hui producteur de films X j’ai voulu que mon frère et avec lui tous les sourds puissent voir et comprendre ces films.

Au départ on avait simplement imaginé les sous-titrer mais cela ne convenait pas. En effet souvent l’action se passe en bas de l’écran et les phrases qui s’affichaient gênaient la vision. De plus, écrire de longs "haaaaa hoooooo huuuu ouiiiiiiiii" est redondant avec l’image et les visages des acteurs. Inutile d’écrire leurs cris quand ils jouissent, cela se voit à l’écran !

Avec mon frère, qui me conseille sur cette opération, on a donc pensé faire comme dans les films en noir et blanc du début du XXème et les fameux panneaux qui expliquaient l’action.
Mais en utilisant les technologies d’aujourd’hui.

Par exemple une personne sourde regarde "Amour quéquettes et fantaisies". Si elle est perdue dans l’histoire, qu’elle ne comprend pas pourquoi Gary trompe Emily avec Pétula elle peut alors mettre en pause et sélectionner dans le menu "interprète LSF" qui aussitôt apparait et traduit la scène à venir ou passée. De plus des sous-titres "allégés" c’est à dire débarrassés des onomatopée seront également disponibles dans le menu du DVD."

Intéressant projet dont j’attends avec impatience de voir le résultat final (n’ayant malheureusement pas été contacté pour assurer l’interprétation des différentes scènes d’action).

D’après cet article, les premiers DVD seront disponibles fin juin et téléchargeables directement sur le site de FishTime Production.

5 formations pour devenir interprète en langue des signes

Régulièrement, dans les commentaires postés par les lectrices ou lecteurs de ce blog, on me reproche de dénigrer les interfaces, voire d’être insultant à leur égard.

Il est vrai que je suis mal à l’aise avec cette activité qui n’est encadrée par aucun diplôme, ni aucune formation. On y voit donc tout et souvent n’importe quoi.
Néanmoins, si des personnes veulent apprendre la langue des signes pour ensuite aider accompagner des personnes sourdes dans leurs démarches administratives, les guider dans les méandres des procédures judiciaires, leur expliquer le fonctionnement de Pôle Emploi, pourquoi pas ?
En revanche, il est malhonnête de s’auto-proclamer interprète en langue des signes uniquement parce qu’on pratique cette langue et d’endosser ce rôle d’interprète comme le font parfois des interfaces.

C’est pourquoi si vous souhaitez exercer la profession d’interprète Français/Langue des Signes Française, vous devez posséder l’un des diplômes requis.
En effet, avoir un bon niveau en langue des signes est une condition nécessaire mais pas suffisante pour devenir interprète. Pour exercer ce métier il faut suivre une formation de cinq années après le bac où en plus de parfaire votre expression en LSF et en français (qui sont les deux langues de travail), vous apprendrez à connaitre, comprendre et appliquer le code éthique (secret professionnel, fidélité, neutralité), vous étudierez  différentes stratégies d’interprétation (par exemple à vous décaler du discours original) , vous découvrirez ce que signifie déverbaliser, vous vous familiariserez avec la théorie des efforts…
De plus, de longues périodes de stage pratique auprès d’interprètes diplômés vous permettront d’acquérir les bases de ce métier.

Aujourd’hui en France 5 universités délivrent un diplôme d’interprète F/LSF reconnu pas l’AFILS (Association Française des Interprètes Traducteurs en Langue des Signes).

Dans un mois débuteront les inscriptions alors si vous êtes tentés par ce métier, consultez les sites internet de ces universités et n’hésitez pas à les contacter pour d’autres informations.
Généralement pour postuler à l’examen d’entrée, on vous demande en plus de solides compétences en français et LSF, de posséder une licence, quelque soit sa spécialité.

carte formations

Université Paris 3 (ESIT) :
Centre Universitaire Dauphine (2ème étage)
Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 75016 PARIS
Tel : 01 44 05 42 14
Lien vers le site Internet

Université Vincennes Saint-Denis (Paris 8) : 
2 rue de la Liberté 93526 SAINT-DENIS
Bât A, salle 144
Tel : 01 49 40 64 18
Lien vers le site Internet

Université de Toulouse Le Mirail (CETIM) :
Bâtiment 31- bureau LA 16
5 allées Antonio Machado 31058 TOULOUSE Cedex 9
Tel : 05 61 50 37 63
Lien vers le site Internet

Université Charles de Gaulle (Lille 3) :
UMR STL–bâtiment B
B.P. 60149 59653 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX
Tel : 03 20 41 68 87 ou 03 20 41 69 36
Lien vers le site Internet

Université de Rouen : 
rue Lavoisier
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tel : 0235146000
Lien vers le site Internet

Merci à Antony pour la carte

Pater noster – Padre nostro – notre Père

L’annonce, la semaine dernière, de l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio sur le trône de Saint-Pierre a donné lieu à une jolie controverse sur la mauvaise qualité de l’interprétation de l’italien vers le français des  prières "Notre Père" et "Je vous Salue Marie" que François 1er récitait du haut de son balcon.
Sur TF1, la traduction fut hésitante, les phrases bizarrement construites si on se réfère au texte traditionnel de la première, l’interprète délivrant une traduction littérale et non la version habituelle en français de la prière comme le montre cette vidéo :

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C’est ainsi que sur le forum du site de TF1, on pouvait lire des messages critiques postés par les internautes déboussolés : "j’ai tenté de suivre hier sur votre chaîne les premières images et surtout les premiers mots du Pape François. Le Pape avait choisi de s’exprimer en italien et à juste titre vous disposiez d’une traductrice. Les hésitations à répétitions et les absences de traduction ont rendu incompréhensibles les propos du Pape. La tentative de traduction littérale des deux prières connues par plus d’un milliard de personnes sur Terre a été le sommet. Ce n’était pas digne de l’événement."

Plus étonnant est le débat qu’a ouvert le site internet "Arrêt sur Image" en se demandant si "la traductrice se devait de connaître le Notre Père, alors que TF1 est une chaîne généraliste et laïque ?" Et d’ajouter : "traduire le Notre père en le récitant, est-ce de la culture ou de la religion ?"

Avant d’essayer de répondre à cette question, il faut d’abord rappeler que tous les interprètes/traducteurs doivent posséder une connaissance approfondie (sociale, culturelle, politique…) des deux communautés pour lesquelles il travaille, sourds et entendants pour les interprètes en langue des signes. C’est par exemple connaître les productions artistiques des deux communautés (pièces de théâtre, poèmes…) les événements historiques,, les personnages célèbres, les discours emblématiques… pour être capable de traduire au plus juste un locuteur qui y ferait allusion.
Ainsi que le souligne Daniel Gile"certains termes et expressions, notamment les termes culturels sont indissociables d’un fait historique, d’un environnement social, d’une affectivité propre à une communauté linguistique, qui ont des incidences textuelles à travers des nuances dans des emplois et des sens." 

Or, alors que l’interprète fait d’habitude le choix de ne traduire que le sens, souvent au détriment de la forme (surtout quand il travaille dans l’urgence, en interprétation simultanée) dans ces situations ou la référence culturelle est prégnante (comme lors de cérémonies rituelles) et où la forme elle-même devient porteuse de sens il se doit de la respecter intégralement, l’objectif premier étant, bien sur, que le message soit compris. C’est seulement ainsi qu’il sera réellement fidèle au discours et à l’intention du locuteur.
En modifiant la forme de phrases que certains téléspectateurs ont apprises par coeur lors de cours de catéchisme, l’interprète a rendu ces phrases incompréhensibles non parce que le sens était faux ou peu clair mais parce qu’elles n’étaient plus reconnues.

Sans vouloir accabler ma collègue qui officiait ce soir là durant la grande messe du 20h (nous ne connaissons ni le contexte de son intervention, ni ses conditions de travail) sa mésaventure nous rappelle en outre qu’il faut posséder une culture générale de qualité quand on veut exercer le métier d’interprète quelles que soient les langues de travail.
En l’occurrence, on peut imaginer qu’un interprète intervenant lors de l’élection d’un pape va, à un moment ou un autre, se trouver à devoir traduire des textes "normés" (comme les prières). D’où la nécessité d’avoir une bonne culture religieuse dans les deux langues pour pouvoir traduire justement en respectant et le fond et la forme non seulement ces textes mais aussi le vocabulaire spécifique comme camerlingue, protodiacre…

D’ailleurs, comme le stipule l’article 2 du deuxième titre du code éthique de l’Afils (Association Française des Interprètes en Langue des Signes) : "l’interprète s’engage, dans la mesure du possible, à se former dans le but de répondre aux besoins des usagers."

Cela signifie, pour poursuivre sur le thème du religieux, que si un interprète est amené à traduire en LSF (par exemple) un mariage ou un enterrement suivant le rite catholique il fera auparavant des recherches pour savoir si des sourds ou d’autres interprètes ont déjà proposé des traductions des textes ou des prières qui seront lus ou, si ce n’est pas le cas, il réfléchira à des stratégies d’interprétation pour tel ou tel terme ou expression.
Il pourra par exemple se reporter au DVD "L’Evangile de Luc traduit en LSF" dont je vous ai déjà parlé lors d’un précédent billet.
Idem s’il traduit un événement en lien avec la religion musulmane, il pourra certainement trouver des informations précieuses en consultant le site "Donne Moi un Signe."
Mais cela nécessite donc d’avoir du temps pour la préparation afin de garantir une traduction de qualité ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Par conséquent, se demander si, en exigeant d’un interprète traduisant une cérémonie au Vatican qu’il connaisse la version française du "Notre Père", ce serait renoncer à l’exigence de laïcité de l’espace publique (la télévision en l’occurrence) est absurde.
En tant qu’interprète, quand je traduis un événement catholique je me dois de connaître les principales prières non pour des motifs religieux (je laisse mon éventuelle foi de coté quand je travaille car je suis neutre) mais simplement car mon travail pour être compris de tous, doit respecter les références socio-culturelles de chacun.
C’est comme cela que l’interprète est le médiateur entre deux langues, mais aussi entre deux cultures, le pont entre deux communautés.

À lire également : cet intéressant point de vue sur le blog "Les Piles Intermédiaires" .

Journal de l’AFILS n°83

Après quelques vicissitudes, le numéro 83 du Journal de l’AFILS (Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes) est enfin disponible.

À noter, dans ce numéro, la présence d’un dossier très complet sur les SCOP, structure juridique fréquemment choisie par les services d’interprètes F/LSF et un article passionnant sur "le décalage en interprétation vers la langue des signes".

Si vous souhaitez commander un numéro (celui-ci ou un plus ancien) ou vous abonner, il vous suffit d’aller sur le site de l’Afils où vous trouverez un bon de commande : http://bit.ly/journalafils .

Ce numéro est aussi le dernier qui est publié sous la houlette de l’actuel comité de rédaction composé de Thibaut Dalle, Estelle Eckert-Poutot, Isabelle Guicherd, Fabienne Jacquy et Sabine Montier.
Après plusieurs années d’investissement personnel pour garantir une diffusion régulière de cette publication, certains de ses membres veulent prendre le large et voguer vers de nouveaux horizons.
Alors bon vent à eux, et bienvenus à ceux qui reprennent la barre !

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