France 2 : le journal de 20h interprété en LSF

A l’occasion de la 18e édition de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées du 17 au 23 novembre 2014, France Télévisions propose, pour la première fois, les journaux télévisés de 20h de France 2 interprétés en direct en langue des signes française (LSF) et en sous-titrage synchronisés.

Il faut se réjouir de cette avancée même si elle demeure timide. Enfin, la France, après de nombreux pays comme nos voisins belges (le JT de 19h30) ou suisses (le JT de 19h) se décide à pleinement reconnaître aux sourds le droit à l’information en la rendant accessible (pendant une semaine) à une heure de grande écoute sur une chaîne publique grâce à la présence d’interprètes en langue des signes française.
Il est cependant dommage que France 2 ne soit pas allé au bout de sa démarche et n’ait pas osé placer les interprètes F/LSF sur le plateau à coté de David Pujadas et permettre ainsi qu’ils soient visibles par tous depuis un poste de télévision traditionnel sur le canal hertzien ou la TNT.
En effet, pour les voir, il faudra utiliser son ordinateur car le service ne sera accessible que via internet sur le site Francetv Pluzz : http://pluzz.francetv.fr/france2-langue-des-signes

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Pourtant cette demande pour une présence régulière d’interprètes F/LSF durant un journal télévisé du soir ne date pas d’hier et les promesses (non tenues) ou les belles déclarations sont nombreuses.

Par exemple, à la fin des années 90, le Ministre délégué aux personnes handicapées, Philippe Bas affirmait :
« L’accès à la télévision est la condition même de la participation à la vie sociale. Informer, divertir, offrir à chacun les clés pour trouver sa place dans la société, pour devenir citoyen et s’ouvrir à la culture de son pays, telles sont les missions de la télévision. »
Plus récemment, en Janvier 2014 Marie-Arlette Carlotti, alors Ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, déclarait :
« La reconnaissance de la Langue des Signes Française, prévue par la loi, trouve toute sa place dans le secteur culturel. Nous devons aussi généraliser l’usage de la Langue des Signes Française à la télévision. Sous l’impulsion du CSA, les chaînes privées, et en particulier les chaînes d’information continue, ont fait de gros efforts en la matière. Désormais, il nous faut aller plus loin, en particulier sur les chaînes publiques pour que les téléspectateurs signants puissent suivre un journal télévisé du soir. Nous ne devons plus, en 2014, considérer la Langue des Signes comme une contrainte éditoriale. D’autres pays ne font plus la fine bouche devant cette accessibilité citoyenne. Soyons fiers de notre Langue des Signes Française et montrons là ! »

Or, permettre une information de qualité accessible à tous quelque soit leur niveau de vie, leur handicap, leur localisation géographique… doit être une exigence dans pays démocratique soucieux de ses concitoyens.

Il ne faut pas oublier qu’en ce domaine, la situation vécue par les sourds est bien différente de celle des entendants et, s’ils ne font pas preuve d’un certain acharnement, ils passent immanquablement à côté de l’information. En effet, nous, entendants, sommes inondés par un flot continu d’informations orales / sonores provenant de médias multiples (radio, télévision, Internet, téléphonie) qui nous permettent plus facilement et plus rapidement de nous construire une opinion, tandis que les sourds ont bien conscience d’être largement sous-informés et en constant décalage (donc exclus) par rapport au reste de la société du fait de l’inaccessibilité de certains supports comme la télévision.
Certes, aujourd’hui internet offre une information écrite à tout moment de la journée mais encore faut-il avoir accès à ce moyen de communication. De plus il y a souvent des problèmes de compréhension liés au vocabulaire propre aux informations qu’elles soient nationales ou internationales. Il est parfois difficile pour une personne sourde d’en saisir tous les mots, les subtilités et autres implicites, donc d’avoir accès au sens réel.

L’information délivrée par un journaliste, qu’elle soit écrite ou télévisée, se base sur des idées, des concepts et fait référence à des notions, des événements ou à des personnalités qui peuvent être inconnus d’une majorité de sourds et seule la présence d’interprètes F/LSF permettra à la communauté des sourds signeurs d’avoir un accès en direct à cette information télévisée, d’être ainsi des citoyens autonomes dans une société un peu plus égalitaire.

C’est Arlette Morel, ancienne Présidente de la Fédération Nationale des Sourds de France et initiatrice du premier service d’interprétation Français/LSF à Paris qui a, la première, exprimé les enjeux liés à cette nécessaire interprétation des JT : « l’interprétation en langue des signes permet aux sourds d’avoir accès in vivo à l’information. Autrefois, il y a une vingtaine d’années, en matière de politique, les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Si on leur en donne les moyens, les sourds peuvent être des citoyens responsables et autonomes. Il faut que les sourds aient accès à la culture, à la formation et à l’information. »

C’est pourquoi il faut encourager cette démarche, même imparfaite, de France 2 et espérer qu’elle n’est qu’une première étape.
Car il est certain que l’interprétation en langue des signes du journal télévisé est l’une des clés pour que chaque sourd puisse librement se considérer comme un citoyen à part entière.

Être interprète pour les personnes sourdes-aveugles

La sortie du film « Marie Heurtin » est l’occasion de faire un focus sur une spécialité peu connue du grand public et pratiquée par quelques interprètes F/LSF, l’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles.
En effet ce biopic de Jean-Pierre Améris en plus de nous présenter la vie hors du commun de cette jeune fille auprès des religieuses de Larnay, nous rappelle que ces personnes à la fois atteintes de surdité et de cécité peuvent communiquer notamment grâce à la langue des signes tactile, langue des signes pratiquée au creux des mains, sur le visage, sur le corps, où les doigts des interlocuteurs se touchent, se lient et se délient pour former des phrases, des idées, des concepts…

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 [Les références des nombreuses publications de Sandrine Schwartz
que j’ai utilisées sont placées à la fin de ce billet]

En France on évalue de 4 500 à 6 000 (source CRESAM) le nombre de personnes atteintes de ce handicap rare, la surdicécité (sourd et aveugle). Ces personnes ont naturellement besoin d’accompagnements particuliers par exemple d’interprètes en langue des signes tactiles c’est à dire des interprètes qui traduisent du français oral ou de la langue des signes française (LSF) vers la langue des signes française tactile et réciproquement.

On trouve au sein de cette population de sourds-aveugles une prévalence non négligeable de personne atteinte du Syndrome de Usher.

Pour l’interprète, traduire pour des personnes sourdes-aveugles ne signifie pas simplement de « remplacer » une langue de signes visuelle (la langue des signes française par exemple) par une langue des signes tactile (LST). Cela nécessite des compétences, des techniques, un état d’esprit même qu’il faut acquérir via un enseignement et/ou en suivant sur le terrain d’autres interprètes en LST.
Ainsi, contrairement à l’interprétation classique en langue des signes, où l’on traduit souvent pour plusieurs personnes sourdes, dès que l’on travaille avec des personnes sourdes-aveugles, on n’interprète plus que pour une seule personne. Cette interprétation se pratique généralement assise, en face à face, si possible dans des sièges confortables avec un dossier car ce type de communication est physiquement très éprouvante aussi bien pour la personne sourde-aveugle que pour l’interprète.
La personne sourde-aveugle place ses mains sur les mains de la personne qui signe afin de percevoir les propos de l’orateur par le toucher : la configuration, l’orientation, l’emplacement et le mouvement des signes (voir la vidéo à la fin de l’article). On remarquera que par cette méthode de communication, les expressions du visage (si importante en langue des signes visuelle) ne sont pas perceptibles, sauf si la personne sourde-aveugle a des possibilités visuelles qui le lui permettent.

Autre différence notable, l’interprétation ne se réduit pas à traduire un discours, un message, elle implique des composantes paralinguistiques (transmission des émotions, par exemple) et extralinguistiques (description de l’environnement). Les personnes sourdes-aveugles ayant deux sens de recueil des informations à distance déficients (la vue et l’ouïe), l’interprète a pour mission d’être à la fois les yeux et les oreilles de ces personnes par rapport à leur environnement.

Enfin, dernière différence avec l’interprétation traditionnelle en langue des signes, l’interprète peut aussi être amener à guider les personnes sourdes-aveugles qui ont des difficultés à se déplacer seules. Ces dernières ne pouvant pas toujours se mouvoir par elles-mêmes entre deux moments de traduction (pour se rendre dans une autre salle de réunion, à la cantine…) ou lors des pauses (pour aller aux toilettes, prendre un café, fumer une cigarette…), il est parfois nécessaire de les guider d’où l’appellation de « guide-interprète » qui peut surprendre, cette dénomination remettant en cause, selon certains, son nécessaire devoir de neutralité.

On imagine aisément que la réception en mode tactile demande des efforts importants à la personne sourde-aveugle et prend plus de temps qu’une réception visuelle de la langue des signes.
En outre, l’interprète ne peut transmettre toutes les informations qu’il perçoit visuellement. En interprétation tactile, même si elles sont nécessaires, les informations multidimensionnelles (la description de l’espace) sont souvent limitées. En effet, les yeux et les oreilles sont capables de recevoir des informations bien plus complexes que celles qu’on peut recevoir uniquement par les mains et le toucher. Différents codes ou adaptations ou modulations permettent néanmoins la transmission de telles informations, mais en quantité et en qualité bien moindre. Et surtout les informations doivent être fournies de manière linéaire (une par une), ce qui limite grandement la quantité d’indices transmissibles simultanément au discours.
Cela suppose donc un traitement par l’interprète de l’information disponible. Il doit effectuer une sélection afin de relayer à la fois des aspects pertinents pour la traduction, ainsi que d’autres éléments pouvant intéresser la personne sourde-aveugle (tout en conservant son devoir de neutralité et de fidélité au message bien sur).

L’interprète est donc mis en position délicate de devoir anticiper l’attente de la personne et de faire des choix, situation que l’on ne rencontre pratiquement jamais en interprétation classique pour les personnes sourdes.
Parmi ces nombreuses informations, on peut citer le langage corporel, les expressions faciales, l’intonation de la voix des intervenants sont quelques uns des facteurs émotionnels ayant de l’importance dans la communication et qui doivent être autant que possible retransmis par l’interprète pour que la personne sourde puisse se forger sa propre opinion de la situation et des personnes en présence.
L’interprète doit également décrire la pièce, l’environnement de la réunion ou de l’entretien, identifier et nommer si possible chacun des participants, transmettre, traduire l’ambiance.

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Par ailleurs, par son mode de fonctionnement, l’interprétation pour les personnes sourdes-aveugles induit une proximité physique et psychologique bien plus grande que celle que l’on rencontre lors de l’interprétation classique en langue des signes pour des personnes sourdes : on se touche, on est à quelques centimètres l’un de l’autre.
De plus, lors de l’utilisation de la langue des signes en mode tactile, certains signes doivent s’effectuer sur le corps de l’interprète ou de la personne sourde-aveugle. Cela peut s’avérer délicat, surtout avec des personnes que l’on ne connait pas.
Comme le conseille ma collègue Sandrine Schwartz, « il est donc important de négocier les limites à ne pas dépasser en la matière, et de ne rien imposer, car cela risquerait d’entraîner un sentiment d’insécurité et de malaise lors de la situation d’interprétation. Un compromis peut consister en l’utilisation de zones neutres du corps pour certains signes s’effectuant normalement sur le visage par exemple. De plus, peut se poser le problème du regard des autres dans ce type de pratique, d’où l’importance pour l’interprète et la personne sourde-aveugle de connaître ce qui est acceptable pour chacun. »
C’est pourquoi ce type d’interprétation oblige les interprètes qui souhaitent s’engager dans cette spécialité à s’interroger auparavant sur ses propres limites par rapport au tactile.

Enfin lorsqu’on interprète en langue des signes tactile, il est évidemment fondamental d’avoir une bonne connaissance du fonctionnement de celle-ci afin de pouvoir adapter ses signes à une réception tactile, d’éviter les malentendus ou confusions de sens et d’adopter des stratégies linguistiques permettant une meilleure compréhension comme la répétition de certains signes ou morceaux de phrases, l’utilisation de la dactylologie (par exemple donner la première lettre d’un mot avant d’utiliser le signe pour éviter des malentendus quand la lecture labiale n’est pas possible), utiliser des synonymes (on ajoute un deuxième signe pour renforcer la signification du premier signe afin d’éviter des confusions)…

Etant donnée la complexité de ce type d’intervention, on pourrait légitimement s’attendre à ce qu’un minimum de formation soit proposé aux interprètes de langue des signes.
Or, paradoxalement, en France, aucune formation initiale ni complémentaire n’est prévue, si ce n’est, dans certains cursus universitaires, de brèves interventions d’une journée, assurées par des professionnels du CRESAM de Poitiers accompagnées de personnes sourdes malvoyantes ou aveugles.
Seule solution pour un interprète diplômé désireux d’acquérir ces compétences, se former directement auprès de ses pairs et s’inscrire à des stages de « Guide-Interprète » proposés par le CRESAM.
Pourtant, dans de nombreux pays européens, une telle formation existe depuis longtemps (une vingtaine d’années pour la Scandinavie). En Suède, elle est inclue dans le programme de formation universitaire dès la 1ère année.

De ce fait, en France, les interprètes pour les personnes sourdes-aveugles ont tous des profils et des compétences très variés. On peut les regrouper en 3 catégories (typologie établie par Sandrine Schwartz) :

  1. des guides-interprètes, occupant souvent un autre poste dans des structures accueillant des sourds-aveugles. Ce sont des professionnels aguerris de la surdicécité et des différents modes de communication et qui ont pour avantage de souvent bien connaître les personnes pour lesquelles ils traduisent ;
  2. des interprètes professionnels en langue des signes, qui ont fait le choix et la démarche de se former pour travailler avec des personnes sourdes-aveugles, mais ces derniers sont encore peu nombreux ;
  3. des interprètes sourds LSF/LST qui peuvent copier ou reformuler les signes d’un interprète entendant (ou de locuteurs sourds) en langue des signes tactile.

L’interprète en langue des signes pour les personnes sourdes a pour mission d’être un pont culturel et linguistique entre le monde des entendants et celui des sourds. L’interprète qui travaille auprès de personnes sourdes-aveugles a pour vocation d’être le lien entre un individu et la totalité du monde autours de lui, puisque comme l’affirme Helen KELLER, la célèbre première universitaire sourde-aveugle américaine : « La cécité éloigne la personne des choses qui l’entourent, mais la surdité l’éloigne des gens. »

- Extrait d’une interprétation en langue des signe tactile par Fanny Mantel -

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Il s’agit d’une rapide présentation de ce mode particulier d’interprétation F/LST car je ne suis pas un spécialiste et je ne la pratique pas.
Cependant nous avons la chance en France d’avoir une spécialiste de l’interprétation pour les sourds-aveugles et de la langue des signes tactile (elle en a fait sa thèse en linguistique) : Sandrine Schwartz et c’est grâce à ses écrits que j’ai pu rédiger ce billet.

Voici quelques références parmi ses nombreux écrits :
– Eléments pour une analyse de la langue des signes tactile pratiquée par les personnes sourdes-aveugles
– Spécificités des personnes sourdes-aveugles et de leurs moyens de communication, en particulier la langue des signes tactile. Conséquences sur l’interprétation
- Spécificité de l’interprétation pour les personnes Sourdes ayant un Syndrome de Usher

Egalement 2 reportages à visionner :
« Sans voir ni entendre » un reportage de la télévision suisse-romande avec un extraordinaire passage sur l’interprétation tactile du Minautore de Picasso
- « Les emmurés : vivre sourd et aveugle » un photoreportage dans une maison spécialisée de Vélizy sur Lemonde.fr

Un interprète en langue des signes peut-il faire mourir de rire ?

Derrière cette question triviale qui pourrait prêter à sourire se cache en réalité une interrogation sérieuse qui ne cesse de tourmenter les interprètes/traducteurs, dont ceux vers les langues des signes, à savoir comment traduire des histoires drôles ?

En effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le comble de l’horreur n’est pas quand l’interlocuteur que nous traduisons annonce soudainement : « voici à présent mon power-point sur la lévitation quantique de nanoparticules vue par des neutrons ultrafroids, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de remettre à l’interprète avant cette conférence afin qu’il puisse se préparer. » A cette instant, nous éprouvons juste un léger frisson qui nous parcourt la colonne vertébrale.

Non ce qui effraie le plus un interprète c’est d’entendre cette affirmation : « je vais vous raconter une histoire drôle » (ou variante « voici une devinette qui devrait vous faire rire »).

D’où cette question légitime : pourquoi est-il si compliqué de traduire une histoire drôle ?

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La première explication, la plus évidente est que ces histoires drôles font souvent appel à des jeux de mots qui ne fonctionnent, ne sont amusants que dans une seule langue avec une difficulté particulière pour les interprètes en langue des signes qui partent d’une langue vocale pour traduire vers une langue visuelle.
Imaginez de devoir traduire en LSF (sans préparation) cette blague :
« On m’a demandé de cueillir les cerises avec la queue ! Je comprends pas pourquoi car c’est déjà super dur avec les mains ! »
ou cette devinette :
« Que dit un russe au tribunal ? Je ne parlerai qu’en présence de ma vodka ! »

Autre exemple, qui s’est déroulé il y a quelques semaines lors des conférences de ParisWeb sur le thème de l’Internet, du numérique et de l’accessibilité (logiquement traduites en LSF).
Les participants adorent truffer leurs présentations de blagues « potaches », de jeux de mots incompréhensibles comme le signalait un post sur Twitter (via @notabene )

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Non seulement il faut comprendre ce calembour mais ensuite il faut le traduire !

Deuxième explication, ces blagues impliquent d’avoir des références culturelles communes. Ainsi, une histoire drôle racontée en langue des signes n’aura aucun effet comique traduite en français oral car les « images », l’aspect visuel de la langue mais aussi les références sous-jacentes n’apparaîtront pas, l’interprète n’ayant pas le temps de donner des éléments de contexte, de s’adapter culturellement.
Un exemple avec ce dessin représentant une histoire drôle que les sourds adorent raconter en LSF :

OreillePour que cette histoire commence à être compréhensible par une personne entendante n’ayant aucune connaissance de la culture sourde et de la problématique liée à l’appareillage versus langue des signes il faudrait au moins lui fournir l’équivalent de ce texte : « Sourds et entendants un handicap partagé ».
Ou encore comment faire rire une salle quand on doit traduire vers une langue orale cette histoire qui se raconte en langue des signes (et qui a beaucoup de succès dans la communauté sourde) :
« On élit Miss France sourde. Il y a 4 finalistes. Mais surprise à l’issue du concours c’est la moins belle qui est élue. Pourquoi ? 
Réponse : obligés de se couvrir le bas du corps pour masquer leur érection, les juges sont dans l’incapacité de voter pour la plus belle. » Hum !

Enfin, plus simplement, le sens de l’humour dans telle ou telle population ou communauté linguistique est différent, les histoires belges des Français n’amusent personne sauf eux-mêmes, l’Anglais développe son fameux « English humour » que peu d’entre nous comprennent, tout le monde s’interroge sur l’intérêt des blagues allemandes…

Voilà pourquoi bien souvent les interprètes sont démunis pour faire passer l’humour, la drôlerie de la situation sensée plier la salle en deux. Le pire étant quand une partie des spectateurs comprenant la langue de départ hurlent de rire tandis que ceux qui suivent l’interprète restent de marbre. Avec, cerise sur le gâteau pour l’interprète en langue des signes d’être placé sur la scène à coté du locuteur et donc d’être visible par tous.

Aussi en traduisant la phrase « je vais vous raconter une histoire drôle » l’interprète sait déjà qu’il ne tiendra pas cette promesse (le rendu de l’histoire qu’il va traduire ne fera rire personne) tandis que la salle se réjouit déjà à l’idée de rigoler.

Bilan : l’interprète n’a pas respecté le contrat moral que qu’il avait conclu avec les deux parties, il perd alors en un instant toute sa crédibilité :

  • vis à vis de l’intervenant très déçu que personne ne rigole à cette histoire qui pourtant à tant fait rire l’oncle Albert au repas de Noël ;
  • vis à vis de ses spectateurs (ou de son auditoire) qui cherchent encore à comprendre ce qu’il a bien pu vouloir essayer de traduire aussi maladroitement.

Alors que faire, quelle attitude adopter pour limiter les dégâts ?
D’abord ne pas rigoler en entendant (et comprenant) la blague car si ensuite elle n’est pas traduite vers la langue cible tous les participants seront extrêmement jaloux, ils auront l’impression de s’être fait larguer avant la fin de la fête, d’avoir été invités à un cocktail sans avoir pu atteindre le buffet.

Autre piste de réflexion, revenir aux fondamentaux de notre profession : nous ne traduisons pas des mots mais du sens et de « l’intention ». Aussi quand nous entendons cette phrase fatidique « ça me rappelle une histoire drôle » nous devons nous demander pourquoi ce directeur général a-t-il décidé de nous expliquer : « en Allemagne quand tu manges un Kinder tu vas en prison pour cannibalisme ! » (en plus vous devez jongler avec la langue allemande) ou pour quels motifs demande-t-il à son auditoire : « vous savez pourquoi les anges sont sourds ? Parce que Jésus Christ ! » (double bide assuré pour l’interprète devant un public de sourds).

Première réponse qui vient à l’esprit : « pour faire rire la salle. »
D’où la question qui en découle : « pourquoi veut-il faire rire la salle ? » (c’est rarement pour mettre en avant ses talents de comédien).

Plusieurs hypothèses s’offrent à nous :

  • pour briser la glace dans les premières minutes de la réunion (c’est très anglo-saxon comme façon d’agir) ;
  • pour établir un lien, une complicité culturelle entre l’orateur et les participants ;
  • pour démystifier, désacraliser un sujet sensible et mettre tout le monde à l’aise et ne rebuter personne. Un médecin pourrait ainsi débuter son discours sur les déremboursements de la Sécurité Sociale par un drolissime « Toubib or not toubib là est la question » ;
  • pour montrer l’absurdité d’une situation.

Bref, pour unifier un groupe, pour resserrer les liens, lui faire comprendre qu’ils ont les mêmes références (qu’ils se ressemblent). C’est sans doute là que se situe l’enjeu majeur pour l’interprète qui doit bâtir en quelques millièmes de secondes un pont entre ces deux cultures qui ne se connaissent pas.

Comment ?

Certains pourraient décider de s’entrainer chaque soir à traduire une blague Carambar :
« Quelles est la femelle du hamster ? Hamster-dame (Amsterdam) »
« Quel est le sport préféré des insectes ? Le cricket »
« Pourquoi les pêcheurs sont-ils maigres ? Car ils surveillent leur ligne ».

Mais outre que vous mettrez en danger votre hygiène bucco-dentaire, vous risquez d’altérer votre santé mentale sans un résultat probant.

Comme autre option on peut s’inspirer de comédiens pratiquant des one-man-show et qui connaissent parfois la désillusion de voir leur sketch n’amuser personne et qui, pour rattraper leur boulette font une blague sur la situation elle-même : « comment ça vous ne rigolez pas ? A Ploucland où j’étais hier, ils ont compris et ils ont tous rigolé. Pourtant à Ploucland, ce sont pas des flèches, ils sont un peu limités. »

Pour l’interprète, cela reviendrait à expliquer que l’interlocuteur a fait une blague hilarante sur la pêche à la morue en Atlantique Nord tout en mimant (ou imitant) le poisson qui se fait attraper. Cela fera sans doute rire les spectateurs, cela brisera la glace ce qui était le but initial. On reste ainsi fidèle à l’intention du locuteur même si la chute n’est pas comprise. Idem si vous subissez la version de la blague de la mouche qui pète (faites la mouche qui pète, succès garanti).

Si le but est d’établir un lien culturel, de démystifier un sujet, de rassurer l’auditoire, de réduire les tensions, l’orateur utilisera généralement une anecdote amusante, un point de vue original avec une conclusion surprenante. Dans ce cas il suffira peut-être d’expliquer l’histoire en quelques mots comme « l’orateur vient de comparer la politique de François Hollande au déluge qui a frappé Noé dans les temps bibliques et selon lui le seul résultat sera de relancer l’industrie du parapluie » ou « la directrice a expliqué que malgré ses dents qui rayaient le parquet elle n’envisageait pas de castrer les hommes de son service qui ne rempliraient pas les objectifs annuels » sans chercher exagérément à provoquer une (improbable) crise de rire.
Certes ce n’est pas parfait comme solution mais au moins le sens est traduit en conservant l’intention de l’orateur même si la forme en pâti un peu. Et chacun aura compris en rigolant (grâce à l’interprète) qu’il devra faire attention à son entre-jambes.

Quant à ses collègues interprètes assis au fond de la salle et attendant leur relais ils essuieront sans doute une goutte de sueur sur leur front en se réjouissant dans toutes les langues du monde de ne pas avoir été sur scène à ce moment.

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7 raisons pour lesquelles interprète F/LSF est le plus beau métier du monde

1/ Etre interprète F/LSF c’est avoir la chance, durant ses études en Master 2, d’être entouré par des professeurs bienveillants et soucieux de révéler le meilleur de vous-même :

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2/ Etre interprète F/LSF c’est avoir le privilège de travailler avec des collègues sympathiques, à votre écoute, toujours prêts à vous aider et à vous encourager :

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3/ Etre interprète F/LSF c’est avoir le plaisir d’être accueilli avec gentillesse et respect quand vous arrivez pour traduire un entretien :

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4/ Etre interprète F/LSF c’est avoir l’opportunité de traduire des cours, des conférences qui permettent d’acquérir une culture générale phénoménale :

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5/ Etre interprète F/LSF c’est avoir la possibilité de briser la barrière de la langue pour permettre aux sourds et aux entendants de communiquer entre eux :

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6/ Etre interprète F/LSF c’est avoir le bonheur, après avoir traduit une réunion, de rentrer chez soi heureux, avec le sentiment d’avoir été utile :

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7/ Etre interprète F/LSF c’est avoir tout simplement la certitude qu’on a choisi un métier qu’on aimera durant toute sa vie professionnelle :

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Et il y a tant d’autres raisons…

L’AIIC et les interprètes en langue des signes

Comme je vous le signalais dans un billet précédent, Double Sens, la nouvelle revue scientifique autour de l’interprétation, de la traduction et des langues des signes a pour thème de son 1er numéro : « Les interprètes en langue des signes, des interprètes comme les autres ? ». Pour vous donner l’envie de vous procurer et de lire ce 1er exemplaire je vous propose quelques extraits de l’article que j’y ai rédigé sur les relations entre l’AIIC (Association Internationale des Interprètes de Conférence) et les interprètes en langue des signes, ces derniers ayant été admis à en devenir membre en 2012.

logo 03 C’est vers la fin de la Première Guerre mondiale que l’interprétation de conférence est née. Alors que pendant des siècles le français (après le latin) avait été la langue diplomatique internationale, lors des négociations autour du Traité de Versailles (1919) les hommes d’État britanniques, et surtout américains, ne maîtrisant pas cette langue, ont exigé qu’il y ait deux langues officielles, le français et l’anglais. D’où la présence d’interprètes afin qu’ils transmettent la parole, la pensée, pour redire dans l’autre langue officielle les interventions des délégués, en s’exprimant à la première personne. Cette activité, se produisant dans le cadre structuré d’une réunion, fut appelée interprétation de conférence. Elle fut d’abord consécutive, notamment à la Société des nations, puis simultanée au procès de Nuremberg : avec plus de deux langues officielles, la consécutive devenait difficilement supportable. L’interprétation simultanée faisant appel à un plus grand nombre d’interprètes, le besoin d’organiser le métier se fit alors sentir.

Après des initiatives locales, à Genève et à Londres notamment, un petit groupe mené par Constantin Andronikof créa, le 11 novembre 1953 à Paris, l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC). Il s’agissait de créer une association mondiale qui définirait les conditions éthiques et matérielles de l’exercice de la profession d’interprète de conférence et regrouperait aussi bien des free-lances, que des permanents, des salariés, des intermittents… chacun adhérant individuellement à l’organisation centrale. Aujourd’hui l’AIIC est la seule organisation mondiale d’interprètes de conférence, elle rassemble plus de 3000 professionnels établis dans plus de 100 pays. Elle a pour but de représenter l’ensemble de la profession et d’agir au nom de tous les interprètes de conférence. elle assure la promotion de la profession d’interprète de conférence dans l’intérêt à la fois des utilisateurs et des professionnels en fixant des normes, en encourageant de bonnes pratiques de formation, et en faisant respecter un code de déontologie.

Pourtant bien que l’AIIC reconnaisse que les langues sont au cœur de la communication internationale et que la possibilité de dire exactement ce que l’on souhaite dans sa langue maternelle – et de comprendre parfaitement ce que disent les autres – est un droit fondamental, cette association a longtemps refusé que les interprètes en langue des signes puissent y adhérer. En effet, les membres de l’association considéraient les interprètes en langue des signes comme des interprètes « communautaires » travaillant pour une minorité linguistique au sein d’un pays et effectuant des prestations uniquement de type liaison (entretien) ou réunion notamment dans le domaine médical, scolaire ou judiciaire. S’ils participaient à des conférences, là encore elles n’étaient que nationales. Ils n’avaient donc pas ou peu de contacts avec les interprètes de langues vocales, ceux-ci travaillant principalement dans des organismes internationaux ou lors de réunions multi-langues, ils leur manquaient la dimension « internationale » inhérente à cette profession d’interprète de conférence.

Néanmoins, soucieux de mieux connaître les particularismes de cette profession, il a été créé en janvier 2009 au sein de l’association une commission intitulée « Sign Language Network ». Son objet était simplement d’établir puis de maintenir un dialogue avec les interprètes en langues des signes, fournir des informations aux membres de l’AIIC sur les langues des signes et sur les conditions de travail de ces interprètes (formations requises, statuts…). Il s’agissait aussi de créer des liens avec les organisations internationales d’interprètes en langue des signes tel que WASLI (association mondiale des interprètes en langue des signes) ou l’ESFLI (forum européen des interprètes en langue des signes) dont l’AIIC devint membre associé en 2010.

Coopération étroite entre l’AIIC, l’ESFLI et WASLI, participations communes des interprètes de conférence de langues vocales et de langues des signes sur des forums, des réunions internationales, etc., présence accrue de ces derniers dans les médias audiovisuels… Les conditions étaient alors réunies pour qu’ils puissent enfin adhérer à l’AIIC et être reconnus comme interprètes de conférence à part entière.

Cela fut acté le 12 janvier 2012, quand l’association internationale des interprètes de conférence décida lors de son assemblée générale à Buenos Aires que : « L’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) pourra désormais compter des interprètes en langues des signes parmi ses membres. Une coopération étroite et des discussions fructueuses entre l’AIIC et les deux associations représentant les interprètes en langues des signes : l’Association mondiale (WASLI) et le Forum européen (EFSLI) ont permis d’arriver à ce résultat positif pour les deux catégories professionnelles. La décision d’ouvrir les portes de l’AIIC aux interprètes de conférence en langues des signes fut adoptée par une large majorité lors de la dernière Assemblée générale de Buenos Aires et place désormais ces langues sur un pied d’égalité avec les langues orales utilisées dans les conférences internationales. »

Concrètement cela signifie que les interprètes peuvent adhérer à l’AIIC. Pour cela il faut être interprète de conférence et répondre aux critères d’admission.

Cette nouvelle reconnaissance a valu en France à l’AFILS (association française des interprètes et traducteurs en langue des signes) d’être invitée aux célébrations des 60 ans de l’AIIC qui se sont déroulées à Paris, dans les locaux de l’Unesco en décembre 2013. Dans son discours de bienvenue aux membres de l’association, la présidente Linda Fitchett qualifia les interprètes en langue des signes « d’artistes qui parlent avec leurs mains, leur visage et leur corps entier ». Ce fut aussi pour elle l’occasion de rappeler que toute personne a le droit de participer à la vie politique, publique, sociale et culturelle de son pays y compris les personnes handicapées et que toutes les instances, publiques ou privées, ont le devoir de veiller à ce que les services d’interprétation en langues vocales ou visuelles garantissent un niveau de qualité optimum afin de permettre à tous l’accès à l’information dans sa propre langue. Elle en a conclu que travailler ensemble permettrait « d’améliorer toute la profession ».

Cependant, au delà de leurs différences et de leurs singularités, comme l’a exprimé Meei-huey Wang, membre du conseil AIIC France, lors de son discours pour les 60 ans de l’AIIC, en s’inspirant des écrits humanistes de Pic de la Mirandole (1463-1494), ce qui nous unit c’est le mot « interprète » et son préfixe « inter » qui renvoie au statut intermédiaire de l’homme (ni Dieu, ni animal) grâce auquel celui-ci « […] invente le lien entre le connu et l’inconnu du monde, le compréhensible et l’incompréhensible, l’intelligible et l’inintelligible : l’interprète pénètre et éclaire les choses, il s’en fait littéralement l’interprète car il procède à l’interpretatio soit étymologiquement à la révélation des choses cachées, dans un effacement qui est la condition nécessaire et tragique du succès de sa tâche. »

© Double Sens

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Sur le site le l’AIIC, vous pouvez lire une interview de Maya de Wit, première interprète en langue des signes adhérente de l’association : « AIIC’s first sign-language member: Maya de Wit »

Attention aux « Mains Baladeuses »

Ceux qui me connaissent savent que je n’apprécie guère (c’est un euphémisme) toutes ces démonstrations de « chant-signes » qui fleurissent sur internet et notamment sur YouTube (un exemple parmi des milliers avec cette « Dame à la Licorne et au Lion ») : c’est laid, bête, m’as-tu-vu, incompréhensible. Heureusement au milieu de cet océan de ratages absolus flottent quelques îlots de qualité. Je vous avais déjà parlé de Katia Abbou et de son groupe Frolo. Aujourd’hui je vous présente « Les Mains Baladeuses » qui font un travail joyeux, sympa, vivant, festif ! maxresdefault Ces mains baladeuses et talentueuses appartiennent à un groupe d’interprètes diplômés F/LSF qui se sont connus sur les bancs de l’université à Lille : Marine, Fanny, Marina, Laurène, Océane, Lucie, Guillaume. Dans le cadre de leur scolarité ils ont proposé, comme exercice pratique, de traduire, adapter, jouer des chansons qu’ils aimaient. Devant le succès de ces premières productions ils ont décidé de poursuivre l’aventure et le résultat est toujours excellent, inventif, artistique comme vous pouvez le voir sur l’un de leurs derniers clips ultra-dynamique : « Le Jerk ». https://www.youtube.com/watch?v=gLqPmNy-_6A D’ailleurs je ne suis pas le seul à les apprécier. L’été dernier ils étaient invités au festival « Au Foin de La Rue » à Saint Denis de Gastines où ils sont montés sur scène avec les Ogres de Barback : https://www.youtube.com/watch?v=a2pjaJOtz3M Si je vous en parle aujourd’hui c’est qu’ils seront présents à la Journée Mondiale des Sourds qui se déroulera à Paris samedi 27 septembre. Sur la place Colette, à partir de 11h (avant le départ de la grande marche) ils vous présenteront quelques chansons mises en signes de leurs mains agiles. J’y serais bien sûr et comme j’aime beaucoup le morceau j’espère qu’on aura le plaisir de l’écouter et de le voir « Voyage en Italie » (c’est un message personnel aux artistes). 10347722_845784685455532_1406095634326348705_n Je vous encourage aussi à les suivre via leur page Facebook : Les Mains Baladeuses Et pour visionner d’autres vidéos du groupe Les mains baladeuses, voici leur chaine YouTube.

Double Sens

Une nouvelle revue scientifique autour de l’interprétation, de la traduction et des langues des signes vient de voir le jour sous la direction de Sandrine Burgat et Florence Encrevé.
Il s’agit de Double Sens, éditée par l’AFILS, dont le 1er numéro (auquel j’ai participé) s’intitule :
« Les interprètes en langue des signes, des interprètes comme les autres ? Premier volume – Théories et techniques ».

Au sommaire vous trouverez les articles suivants :

- Peut-on parler d’une spécificité de l’interprétation français/LSF ? Quelques théories de l’interprétation analysées à la lueur des particularités sémiotiques et culturelles de la LSF, par Sandrine Burgat
– Le décalage au service de l’économie en interprétation de conférence du français vers la langue des signes française (LSF), par Lauranne Chasez
– Les interprètes en langue des signes française dans les textes législatifs et réglementaires, par Pierre Guitteny
– Les interprètes en langue des signes et l’AIIC, par Stéphan Barrère

Ainsi que des comptes-rendus de lectures d’ouvrages et articles portant sur la langue des signes et/ou le métier d’interprète.

Le prochain numéro, à paraître en décembre, portera sur « les formations et les représentations ».

Ci-dessous la couverture du 1er numéro et le bulletin d’abonnement.

Double Sens couverture numéro 1 juin 2014

Double Sens bulletin d'abonnement